Gautier Béranger, adjoint du secrétaire général du ministère de l’immigration, en charge de la communication interne, a-t-il insulté Pierre-Damien Kitenge de « sale Noir », le samedi 26 avril, au Carrefour de Bercy 2 ? Pierre-Damien Kitenge a-t-il subi des pressions de la part de Carrefour ou de la société de sécurité qui l’emploie, la SNGST ? Pour l’instant, la plainte pour insulte raciste suit son cours. De son côté, le Bondy Blog a pu avoir connaissance du contenu de l’une des attestations fournies par Gautier Béranger, qui se défend d’avoir dit « sale Noir ». Cette attestation soulève quelques questions sur l’attitude de sa direction.

Carrefour est visiblement embarrassé par l’affirmation selon laquelle il y aurait eu des pressions exercées contre Pierre-Damien Kitenge. La direction du magasin ne souhaite pas communiquer sur ce sujet et renvoie systématiquement au service « relations presse » du groupe : « C’est une affaire privée qui ne concerne pas Carrefour. A aucun moment, la direction n‘a exercé de pressions. Le directeur [du magasin] était en congé à ce moment-là lorsqu‘il y a eu cet incident. Lundi (28 avril) lorsqu‘il est rentré, il a appris l’histoire et a demandé à rencontrer les personnes impliquées », déclarait France Plasse le 2 mai.

Cette version des faits est en partie confirmée par l’avocat de Gautier Béranger, maître Mathieu Davy, que j’ai contacté par téléphone le 6 mai. Il affirme que son client a été approché « mardi matin par la direction de Carrefour qui souhaitait le voir ». Gautier Béranger lui-même aurait rencontré des employés du magasin à ce moment et « se serait fait remettre les attestations des témoins le mercredi, lors de sa rencontre avec le directeur ». Etrange : pourquoi un directeur d’un grand magasin demande-t-il à rencontrer les différentes parties dans une plainte à caractère « privée » qui doit suivre son cours. Encore plus étrange : ces deux attestations plutôt favorables à la version du défenseur, fournies par deux employés de Carrefour à leur direction. L’un, J, est caissier, l’autre, B, est chef de la sécurité.

Dans le cadre de cette affaire, j’ai donc contacté d’autres personnes qui ont souhaité garder l’anonymat. L’une m’a informé du contenue d’une des deux attestations. La lettre écrite par J affirmerait ainsi que ce dernier n’a pas entendu d’insulte raciste sans pour autant préciser s’il est possible qu’elles aient été proférées avant ou après sa présence à proximité des deux hommes. Si la lettre n’enlève pas tout doute sur la possibilité que des insultes aient été proférées, elle soulève une question : pourquoi cette attestation est-elle adressée au directeur Frantz Crohet plutôt qu’à celui qui fait figure d’accusé, Gautier Béranger ?

Axel Ardes

Axel Ardes

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