Depuis que l’on m’en a parlé, le mot « banlieue » trotte dans ma tête et ne me quitte plus. Certainement parce que le journaliste suisse m’a affirmé que je venais d’une de ces banlieues. Je sais très bien que je ne viens pas d’un milieu vraiment favorisé, mais je ne m’étais jamais considérée pour autant comme « banlieusarde ». J’habite dans une ville de taille très moyenne, sans vraiment de problèmes majeurs. Mais dans les agglomérations qui m’entourent, au moins deux villes sont dites « à problème ». D’où peut-être la dénomination de « banlieue », ou autrement dit « lieu à problèmes », comme je l’entends.

Je me suis alors demandée ce que pouvait bien être une « banlieue ». D’après Hachette encyclopédie, c’est « l’ensemble des agglomérations autour d’une grande ville ». Ah bon ? Pourtant la première grande ville est Metz, à plus d’une vingtaine de kilomètres de chez moi… Et pourtant, je serais tout de même une banlieusarde. Et puis il peut aussi y avoir des localités très riches et aisées dans les alentours d’une grande ville. Il faut croire que cela est plus complexe.

C’est seulement en me tournant vers l’éthymologie du mot que j’ai commencé à y voir un peu plus clair : la banlieue désignait le territoire situé dans un rayon d’une lieue autour de la ville, et qui était soumis au « ban », c’est-à-dire à la juridiction de cette ville. Le ban est aussi une condamnation à l’exil, au bannissement des lieux qui sont aujourd’hui les centre-villes. La banlieue désigne donc depuis toujours un lieu où les plus défavorisés sont concentrés, livrés à eux-mêmes, de sorte qu’ils n’interfèrent pas dans les affaires de l’Etat.

Il doit donc y avoir des « banlieues » atypiques, comme la mienne. Elle n’a pas grand-chose du premier exemple. Il est vrai que parfois en sortant du lycée, on voit quelques voitures rouler à des vitesses surprenantes (dans une zone limitée à 30 km/h), il est vrai que l’on peut apercevoir des petits sachets passer discrètement de mains en mains, il est vrai qu’il y a des caméras de surveillance à l’entrée du lycée… Voilà qui ressemble plutôt à l’idée que l’on se fait de la banlieue, mais à plus faible échelle, tout de même.

On peut aussi voir la chose différemment, et remplacer « banlieue » par « province ». Dans ce cas-là, oui, je viens d’une « banlieue », oui, le contraste entre Parisiens et provinciaux se fait ressentir. Dernier exemple en date ? Une lettre d’une grande école à Paris mentionnant « des stages de week-ends pour les étudiants de la région parisienne ». Donc tout de suite, on peut déjà oublier. C’est un autre monde, qu’on ne côtoie pas, et qui ne se laisse pas facilement côtoyer… Voilà qui met en évidence le bouleversement créé par Sciences Po en ouvrant ses portes à ces « banlieusards ». Cette mesure, souvent critiquée pour « discrimination positive », permet tout de même à des élèves de milieux défavorisés d’avoir des projets plus ambitieux que la simple fac du coin.

Je ne suis pas une vraie « banlieusarde », une « banlieusarde » comme on pourrait l’entendre, je ne dépends pas d’une grande ville… Je fais partie d’un ensemble d’agglomérations à problèmes, qui se traduit par une sorte d’exclusion de la société, et qui peut donc finalement tout de même être appelé « banlieue ».

 

 

 

Céline Jacky (Lycée Saint-Exupéry)

Céline Jacky

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