Privilégier les boissons chaudes aux boissons froides, boire du jus de citron, consommer de l’ail… Les « bons conseils » anti-coronavirus foisonnent sur les réseaux (okay ceux de nos parents surtout, disons les termes).

  Ce genre de « bon conseil » (faux) car     sinon tout serait plus simple

J’ai beau expliquer à ma mère que non, rien ne prouve que la chaleur soit néfaste au virus, elle ne veut rien entendre. Lorsqu’elle me demande mes sources et que je cite l’AFP, son scepticisme reste de marbre : les infos envoyées sur WhatsApp par une connaissance qu’elle voit 3 fois l’an sont apparemment plus fiables que l’Agence France-Presse, bon. Mais le pire dans cette histoire, c’est que ma mère est loin d’être la seule (désolée Maman, j’espère que tu ne tomberas jamais sur cet article). La question que je me pose alors est la suivante : pourquoi choisit-on d’écouter des recommandations non sourcées quand des organismes compétents délivrent des informations accessibles à tous ? Est-ce l’inconnu qui rend les gens irrationnels ? Y a-t-il une telle méfiance vis-à-vis des autorités qu’on refuse de les écouter même en période de crise ?

Quelqu’un qui connaît quelqu’un…

A en croire les messages du type « l’oncle du beau-père de mon boucher qui travaille au ministère a dit qu’il faut multiplier par 30 les nombres de victimes transmis par les médias », la réponse est oui. Ou alors le classique « ami au gouvernement » comme en témoigne cette image qui circulait sur Snapchat :

Petite news inédite dont on sait aujourd’hui qu’elle est n’est pas tout à fait vraie

Grosso modo, les gens envoient des audios de 2 minutes 45 pour dire : « on ne vous dit pas tout, méfiez-vous ! ». Si le gouvernement avait pris des mesures avant que tragédie n’advienne, peut-être réagirions-nous de manière plus logique.

Mais, entre nous, j’ai aussi l’impression que cette pandémie – de par sa nouveauté et son importance – nous donne envie de baigner dans une sorte de mystère.

De tout temps et en tout lieu, les crises sanitaires ont certainement provoqué ce genre de réactions. Puisqu’on ne connaît pas et que c’est impressionnant, on se refile des remèdes non pas parce qu’ils sont efficaces – si boire du jus de citron soignait le virus, on le saurait – mais parce qu’ils sont tout aussi mystérieux que la maladie. Ils sont vus comme confidentiels, rares et d’une certaine manière, dissidents. On en revient à l’idée que les autorités ne peuvent rien faire pour nous et – pis encore – nous cachent des choses, nous manipulent : « on veut te faire croire que X pour te manipuler mais t’inquiète, moi contrairement à eux je veux ton bien, donc voici mon remède et seul lui peut t’aider ».

Psychose et excitation malsaine

Je pense très sincèrement qu’il y a une psychose. Comme en témoigne l’information selon laquelle, « des petites bombes vont être lâchées pour tuer le virus ». Vue sur Snapchat.

Mais il y a aussi une sorte d’excitation malsaine autour de cette pandémie. Or ce n’est pas le moment de croire aux pouvoirs magiques de l’eau chaude, de l’ail ou de la cocaïne (oui, vous avez bien lu). Si on est face à un tel problème sanitaire, il faut au contraire faire preuve de discernement et de prudence. En temps normal, personne ne croirait que la chaleur éradique un virus, ce n’est pas le moment d’être crédule. Bref, au lieu d’augmenter le chauffage à fond, commencez par arrêter de vous réunir au parc Montsouris et de boire du rosé sur les bords du canal St Martin. Et puis supprimez WhatsApp. Et peut-être même Snap. Et restez chez vous mais sachez qu’on ne va pas vous rémunérer pour cela. Oui je parle de ça :

Non ce n’est pas une mesure annoncée par le président

Enfin, puisse le sort vous être favorable.

Sylsphée BERTILI

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