Initialement prévu au mois d’octobre, repoussé ensuite au mois de décembre 2007, le président Sarkozy avait mis les pieds dans le plat lors de sa conférence de presse début janvier, en promettant un plan pour début février. Nous y voilà. Ces reports successifs ne sont pas des signes prometteurs. Il y a un monde entre les slogans d’une campagne électorale et la réalité quotidienne.

Le jeu de fléchettes entre Christine Boutin, ministre de la ville et du logement, avec sa secrétaire d’état Fadela Amara, sur l’utilité de ce plan a brouillé les pistes. Cela dénote une certaine fébrilité dans le projet lui-même et son élaboration. L’enjeu pour Nicolas Sarkozy est de recoller les morceaux sans effrayer une partie non négligeable de son électorat.

Depuis plus de 20 ans, les banlieues voient arriver en gros sabots, des politiques avec une maîtrise de la grammaire médiatique, qui annoncent le grand soir en deux temps trois mouvements. Cette fois, ce sont les banlieues qui se déplacent à l’Elysée. La dernière fois, c’est François Mitterrand qui recevait les jeunes de la marche pour l’égalité et contre le racisme, avec à leur tête, un certain Toumi Djaïdja. On connaît la suite : un véritable festin de couleuvres pour ces militants de la première heure et un boulevard pour des tas d’opportunistes. Toute cette dynamique donnera naissance quelques années plus tard à la création du ministère de la ville.

Si on leur en donne l’occasion aujourd’hui à l’Elysée, des acteurs engagés sur ces questions parleront. Ils diront à quel point les banlieues ont soif de politique, d’engagement citoyen, de solutions à imaginer, d’audace à mettre en œuvre, de culture à revivifier, de modes à inventer. Ils diront que l’action politique doit, aujourd’hui, investir les thématiques urbaines et faire de la place aux acteurs qui portent ces questions. Ils demanderont au monde économique de se pencher sérieusement sur le potentiel de croissance existant dans les quartiers parce que la banlieue est aujourd’hui un réservoir sous exploité. Certains demanderont au président de faire voter les crédits correspondants aux besoins maintes fois répertoriés sur le terrain.

Et si un sage prenait la parole, il demanderait à Nicolas Sarkozy de reconquérir les habitants des banlieues. Parce que la politique n’a de sens que dans l’attention portée aux personnes les plus éloignées du centre. Ce centre où tout se décide, où brillent les lumières, où les amoureux marchent bras dessus bras dessous. Cet endroit désiré par tous les gamins des quartiers et qui leur semble si loin, si méprisant, tellement étranger. Ce sage, il lui glisserait dans l’oreille que les quartiers sont en attente d’un souffle, d’un déclic, d’une impulsion.

Et pourquoi pas d’un mot ? Une sorte de « racaille » à l’envers, positif et mobilisateur. Un mot qui déclencherait un engouement dans tous les quartiers de France. Après cela, la France vivrait pendant des semaines une sorte de surenchère de propositions d’actions, d’idées et de créativité. Les médias ne sauraient plus où donner du micro et de la caméra. Nous serions très loin de l’état d’urgence et de la cacophonie. Il faudra bien cela pour réactiver l’estime de soi et l’appartenance au destin français de chaque habitant de nos quartiers. 

Le tout est de savoir si les banlieues viennent à l’Elysée pour parler ou pour écouter un discours cousu de fil blanc destiné à remplir les dépêches d’agence.   

Nordine Nabili

Nordine Nabili

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