« Ça s’est passé vers une heure du matin, j’ai entendu les pompiers et des gens qui couraient », raconte un habitant du 3e arrondissement de Paris. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un groupe d’individus a mis le feu à des scooters en deux endroits dans ce quartier aisé. L’un, rue des Coutures Saint-Gervais, à côté du Musée Picasso, dont les rez-de-chaussée sont occupés par de nombreux galeristes. L’autre, rue Pastourelle, à proximité de l’hôtel particulier où avait élu domicile la « Star ac’ », l’ancien divertissement phare de TF1. Le quartier, situé dans le Marais, est réputé pour son calme, du moins la nuit, et son cadre de vie.

« L’immeuble a bien morflé », lance un badaud passant rue des Coutures-Saint-Gervais, choqué par la vision d’une dizaine de scooters calcinés, dont il ne reste que les carcasses collées au bitume par la chaleur de l’incendie. La façade de l’immeuble au pied des scooters détruits par les incendiaires est noire charbon. Parant au plus pressé, des habitants nettoient leurs fenêtres recouvertes de suie.

« Ça a été rapide, les flammes sont montées très vite », témoigne la gérante d’une galerie. Les flammes ont léché les vitrines et les murs qui, hier après-midi, avaient un aspect craquelé. Les pompiers ont répandu sur le sinistre une matière qui ressemble à de la terre rouge afin d’étouffer le feu.

Rue Pastourelle, des ouvriers équipés de mètres prennent des mesures des fenêtres de l’immeuble touché par les flammes. Des personnes en costume, elles, établissent des devis pour estimer le coût des dégâts, à l’intention des assurances. « Personne n’a chômé, dit l’une des résidentes de l’immeuble. La police est venue quatre fois cette nuit. » A côté d’elle, la gardienne de l’immeuble, qui semble informée de l’enquête, lance a une assemblée qui contemple ce spectacle de désolation : « La police en a déjà chopé un (des incendiaires). » Elle ne dira pas plus…

Ici comme rue des Coutures-Saint-Gervais, distantes de deux cents mètres seulement, des scooters ont fondu comme des bougies. La façade de l’immeuble s’en sort toutefois un peu mieux que celle donnant sur le Musée Picasso : « Il n’y a pas eu d’appel d’air, vous comprenez ? » explique un habitant du lieu. Il continue : « C’était vers minuit et demi. Des individus avec des capuches. Ils se sont pris directement aux deux-roues sur le parking. »

Deux hommes, toujours rue Pastourelle, ont une discussion animée sur l’utilité ou non des caméras de surveillance, dont le quartier à cet endroit est apparemment dépourvu. « C’est très dangereux. Vous imaginez, ça aurait pu causer des dégâts mortels, une voiture a vite fait d’exploser. En plus, c’est à côté de la cache d’électricité… », relève l’un d’eux sans terminer sa phrase, comme s’il s’imaginait un enchaînement fatal.

L’habitant de l’immeuble intervient de façon à être entendu par les personnes présentes sur les lieux : « Ça y est, on nous attaque ! Nous ne sommes plus le 75-3, mais dans 9-3 ! » Il sort une cigarette de son paquet, l’allume et poursuit : « La cache d’essence du scooter n’est pas aussi bien protégée que la cache d’essence d’une voiture. C’est facile de l’ouvrir et de balancer une flamme dedans. Regardez l’état de la porte d’entrée, elle a tenu le coup. C’est une porte à l’ancienne. » A propos des policiers, il ajoute : « Ils ont fait un bon boulot, rapide, efficace. »

Une dame âgée qui tient un petit chien en laisse, s’approche, elle n’est au courant de rien. Elle veut savoir. L’habitant ne se fait pas prier pour lui répondre. Après lui avoir tout raconté de nouveau, il fait part de cette considération : « La mixité sociale n’est pas bonne. La preuve, elle n’apporte que jalousie. Je brûle ton bien parce que tu n’es qu’un bobo égoïste. Il n’y a pas d’autres explications de mon point de vue. Nous sommes trop laxistes. Déjà qu’il y a eu un incident de la même sorte en mai dernier. Ils ont essayé d’ouvrir la porte du parking de l’immeuble pour rendre visite aux voitures. Heureusement pour nous, la porte ne fonctionnait pas. »

« J’espère que l’assurance va rembourser vite. Oh là là, ma moto, c’était mon outil de travail. Je vais me coltiner les transports pour minimum trois semaines », désespère un homme dont le deux-roues est parti en flammes.

Malik Youssef

Malik Youssef

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