Un mercredi, Debo et moi, on s’est fait un « Tête à tête », cet espace « djeun’s » ouvert il y a deux ans par le Conseil général de Seine-Saint-Denis dans le centre commercial de Rosny 2. L’espace en question se situe entre Pizza dell’Arte et le magasin de prêt-à-porter Esprit au 2e étage. Ce qui nous a tout de suite surprises, hormis la déco’ design et les couleurs flashy du lieu, c’est le vide et le silence qui y règnent. En effet, mis à part les animateurs et un jeune homme dans le fond qui s’enfuie juste après avoir demandé des préservatifs, l’endroit est désert. On nous explique que c’est « la mauvaise période, avec l’été tout le monde est parti ».

« Habituellement, on reçoit près de 150 personnes par jour, explique Alexandra, une animatrice de l’espace. Il y a généralement deux groupes de 25 qui viennent avec leurs écoles ou avec des associations et puis le reste, ce sont des habitués ou des gens qui entrent par curiosité. Ceux qui viennent à cette période sont des personnes qui ont vraiment besoin de parler, de poser des questions. » Comme il n’y a personne, celle-ci nous fait visiter les lieux. On y trouve plusieurs bornes où on peut regarder des vidéos avec des spots publicitaires sur le Sida, la drogue ou l’alcool, des interviews de professionnels qui répondent à des questions que peuvent se poser les jeunes. On peut d’ailleurs laisser des questions plus personnelles, on obtient ensuite une réponse des animateurs deux semaines plus tard dans ces mêmes bornes.

Le plus de l’espace, c’est bien sûr l’anonymat, Alexandra insiste bien sur le fait que « c’est un espace libre, gratuit et confidentiel. D’ailleurs, le fait qu’il soit à Rosny fait aussi partie du respect de la confidentialité. Il a failli ouvrir à Bobigny 2 mais c’est beaucoup plus local alors qu’à Rosny 2, il y a des gens qui viennent de toute la Seine-Saint-Denis et d’ailleurs », poursuit-elle. Caroline, une autre animatrice, ajoute qu’« on ne leur demande jamais leur nom, ils ne le donnent que s’ils le veulent ».

Qui sont ces jeunes ? Quels âges ont-ils ? « Entre 13 et 25 ans, mais il n’y a pas que des jeunes qui viennent nous poser des questions, précise Caroline. On a aussi des parents qui s’inquiètent, ou qui veulent comprendre certaines choses chez leur enfant. Mais c’est vrai que la majorité des personnes qui entrent dans l’espace, sont des jeunes, autant de garçons que de filles ». Caroline défend le fait qu’il y a « une petite différence entre les filles et les garçons. Les filles nous posent généralement des questions bien précises, elles viennent pour quelque chose en particulier ». Tandis que pour « les garçons, c’est différent, parfois ils entrent uniquement pour les capotes, sinon ils s’installent et on instaure une discussion. »

Il ne nous manque plus qu’une seule chose : le témoignage de jeunes et de moins jeunes sur l’espace. Nous revenons le vendredi suivant mais les animateurs ont fermé la « boutique », ils mettent en place une exposition et un parcours sur l’alcool. Une animatrice vient nous voir et nous explique que « cet été, le thème c’est l’alcool. Juste avant, c’était le cannabis, à la rentrée ce sera la contraception et en décembre le Sida. Ensuite on a d’autres projets, on voudrait travailler sur l’anorexie, la violence… s’ouvrir sur d’autres thèmes ».

Tenant absolument à nos témoignages, nous revenons le mercredi suivant. Après une bonne heure d’attente, nous rencontrons pas moins de 10 personnes entre 13 et 44 ans. Abdelkader, 13 ans, est venu de Bondy avec ses amis Momo et David,14 ans. Sourire aux lèvres, il dit que « l’espace est magnifique. Je viens ici pour apprendre comment faire pour la première fois. Je parle aux animateurs et ils répondent bien à mes questions ».

Se trouve aussi un groupe de jeunes garçons (17-18 ans) du Blanc-Mesnil. Cet après-midi-là, ils occupent la salle des animations (on peut la réserver sur simple appel et c’est gratuit. A l’intérieur, des animateurs y parlent du thème que vous avez choisi et vous pouvez poser toutes les questions qui vous tracassent). On les attend sagement pendant deux bonnes heures. Enfin, ils sortent. Leurs impressions : « Il faut encourager tous les petits de nos quartiers à venir ici parce qu’ici c’est la vérité, ce n’est pas comme à la télé », déclare Torst à sa sortie. Sektor, Nalto et Dasto sont du même avis et disent avec enthousiasme être maintenant beaucoup plus informés qu’ils ne l’étaient avant.

Claire, 20 ans et Françoise, sa mère, 44 ans n’habitent pas en Seine-Saint-Denis, mais elles passaient par là alors elles sont rentrées. Ce qui a décidé la jeune fille à rentrer ce sont surtout « les posters, j’ai les mêmes dans ma chambre », s’exclame-elle, amusée. « C’est sympa, c’est très agréable comme endroit ! Et puis l’exposition est très bien. Si un jour on repasse à Rosny 2, on viendra surement par ici. »

L’espace ne laisse donc pas les gens indifférents puisqu’ils reviennent souvent après une première visite. De plus, les animateurs continuent à répondre aux questions des jeunes et de leurs parents pendant les grandes vacances. On peut autrement profiter de plusieurs expositions très instructives pendant l’année, et vous pourrez y circuler en toute tranquillité, ce qui n’est pas le cas dans les boutiques voisines.

Zineb Mirad et Ndembo Boueya

Zineb Mirad

Articles liés

  • Le blues des petites mains du monde de la nuit

    Après 16 mois de fermeture administrative, les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier. Mais alors que l’épidémie repart, l'étau se ressert déjà pour bon nombre de professionnels partagés entre la colère des derniers mois sans activité, et le doute concernant le futur. Nous avons rencontré quelques petites mains du milieu, qui racontent la précarité des derniers mois.

    Par Lucas Dru
    Le 22/07/2021
  • « On avait envie de ramener les vacances en bas de leurs bâtiments »

    Avec la crise sanitaire, pour de nombreux jeunes des quartiers populaires, l’été se passe souvent à la maison. Pour faire face à un été compliqué, des associations proposent (heureusement) des alternatives pour les plus jeunes. Reportage.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 16/07/2021
  • Le fast food social de l’Après M, 13 organisé à Marseille

    Dans les quartiers Nord marseillais, l’Après-M est en pleine phase de transition : de la débrouille à la structuration, mais toujours dans une quête d'indépendance. En pleine discussion avec la mairie phocéenne qui a annoncé son rachat, le 9 juillet prochain l’Après-M connaîtra la nature de sa propriété et de ses propriétaires. En attendant, l’auto-organisation locale reste toujours la marque de fabrique de la structure qui continue de fournir de l’aide alimentaire. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 08/07/2021