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Samedi 27 octobre, milieu de matinée. C’est dans un gris automnal que nous arrivons à Clichy-sous-Bois, sur le lieu de rassemblement en hommage à Zyed Benna et Bouna Traoré. Deux adolescents morts il y a deux ans dans un transformateur EDF, alors que la police les « pourchassait », selon les avocats des familles touchées par le drame. La foule, de tous âges, est massive, juchée sur la petite colline en face du collège Robert Doisneau, un bâtiment tout blanc, où se déroule la cérémonie. Quel silence, sur le parvis ! Avec autant de monde ! C’est sous les mots « Liberté, Egalité, Fraternité », en évidence sur la façade du collège, que se recueillent les familles et les potes de toute une ville.

Les proches lisent des textes. Difficilement. A cause de l’émotion. Ils remercient celles et ceux qui les ont soutenus. Le père de Zyed fond en larmes. Il ne peut aller au bout de son discours. La brume légère qui sort de la bouche de l’assistance s’épaissit avec l’émotion. Certains retiennent leurs larmes, d’autres les lâchent. Une longue prière est chantée en arabe. Des yeux se ferment, des mains serrent d’autres mains. Pour se sentir plus fort.

Un rosier est planté par les familles des victimes, près de la stèle dédiée aux deux jeunes disparus. Le silence est pesant, on n’entend qu’une voix de bébé. Le maire, les représentants d’associations comme AC Le Feu ou Au-delà des mots, se succèdent au micro avec pour seul mot d’ordre commun à tous, le calme, l’« apaisement » comme le dit l’avocat Jean-Pierre Mignard. La cérémonie se termine sur quelques mots de Guy Bedos, non pas là pour « peopoliser » l’hommage à Zyed et Bouna, affirme-t-il, mais en « fervent défenseur des droits de l’homme », en « citoyen parmi d’autres ». Sa popularité, cependant, attire comme des mouches toutes les caméras de télévision présentes sur place, des cameras que fuient la plupart des jeunes, sans donner plus de raisons. Le rapport des jeunes des cités, en particulier à Clichy-sous-Bois, avec les télés reste tendu. Les premiers s’estiment manipulés par les secondes. Surtout, ils n’apprécient ce qu’ils ressentent comme une intrusion dans ce moment de recueillement.

Une conférence de presse suit l’hommage solennel. Les avocats Mignard et Tordjman, ainsi que les familles des victimes disent être « atterrés par la lenteur de l’enquête » et ajoutent que « le deuil sera dur à supporter tant que l’affaire ne sera pas résolue ». « Pourquoi, quand des policiers sont incriminés, la justice n’avance pas ? », se demande le père de Zyed face aux journalistes. Maître Mignard, qui défend par ailleurs les intérêts de Ségolène Royal et François Hollande, déplore « une affaire qui traîne » pour des « catégories de Français pour lesquelles on peut dire tout et n’importe quoi, ce qui contribue à les maintenir dans une condition inférieure ».

L’avocat met un point final à son allocution par un appel au président de la République, à son « sens du droit et à son humanité », afin qu’il prononce les « paroles qui conviennent dans cette affaire », à savoir que Zyed et Bouna sont innocents des torts que la police leur a imputés sitôt après le drame du 27 octobre 2005. Le prochain rendez-vous judiciaire aura lieu le 22 novembre. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a repoussé son délibéré avant-hier pour examiner une nouvelle fois le dossier.

Yoann Defaix

Yoann Defaix –

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