Mehdi* a 26 ans, il est algérien. Romain* a 20 ans, il est français. En couple, ils construisent leur histoire entre différence d’âge et de culture, tabous familiaux et clichés sociétaux sur les homosexuels.

« Je le sais depuis mes 16 ans, je sortais avec une fille, mais ça ne marchait pas trop sans que je comprenne pourquoi. Puis, j’ai eu un coup de foudre pour un gars », explique Romain quand il raconte son fameux « coming out ». Un cap à franchir plus ou moins important en fonction des personnalités. Beaucoup d’homosexuels ne le vivent pas, car leur orientation sexuelle est connue et acceptée depuis toujours. Dans le cas de Romain, c’est depuis cet événement libérateur qu’il est sûr de sa préférence pour les garçons. Trois ans plus tard, le 28 avril 2015, il fait la rencontre de Mehdi, ingénieur algérien. Depuis, ils ne se sont plus quittés. Si leur différence d’âge et de culture peut étonner, elle est pour les deux hommes une force. « Nous sommes convaincus que les couples multiculturels sont les plus intéressants. Même si nous avons certaines conceptions de la vie qui diffèrent, nous apprenons beaucoup l’un de l’autre », expliquent-ils à l’unisson.

« Mes parents ont mis un peu de temps à accepter Mehdi, c’est triste à dire, mais il y avait une méfiance de ma mère au départ. Tout s’est finalement arrangé » explique l’étudiant en double cursus. Rencontrer la famille de l’être aimé s’apparente à une étape épineuse pour beaucoup de couples. Leurs amis sont étonnés de leur couple. Ils se divisent entre ceux qui trouvent que la différence est un atout et ceux qui ne comprennent pas du tout leur attirance mutuelle. « S’ils le savaient, ils ne me renieraient pas, mais se sentiraient mal », regrette Mehdi quand on évoque la question de ses parents. Vivant en Algérie, ils ignorent tout de l’homosexualité de leur fils. Ce dernier est arrivé en France il y a quelques années pour poursuivre ses études. Son diplôme en poche, il est resté à Paris. « Je veux leur épargner ces inquiétudes-là, c’est mieux pour eux. » Alors, l’ingénieur vit pleinement ici et fait une séparation ferme avec son autre monde. « En Algérie, la plupart des homos qui s’assument sont efféminés, et comme cela se voit, c’est mal perçu, des mots fusent », affirme Mehdi qui, selon son ami, fait « hétéro ». Le premier tempère son propos en avouant qu’il n’a jamais assisté à des condamnations. Il ajoute que c’est autant un problème religieux que culturel, que « c’est dommage, parce que cela force les gens à se cacher ». Romain, de son côté, ne vit pas très bien le fait que la famille de Mehdi ne connaisse pas son existence. « J’en connais les raisons, je les comprends et les respecte. Après, une petite partie de moi me dit que c’est un peu triste de ne pas pouvoir pleinement être intégré dans le monde de la personne que l’on aime. Mais c’est comme ça, je ne les connaîtrai pas, et je fais avec », se raisonne le plus jeune du couple.

Si Mehdi ne s’implique pas pour la cause homosexuelle, mais en apprécie le combat, Romain, lui, est carrément sceptique. « Je ne suis pas du tout sensible à cette cause, je pense que chacun doit vivre comme il le veut, mais j’ai vraiment énormément de mal avec ce qui s’apparente à une communauté fermée, un entre-soi, qui refuse aussi l’altérité, malgré tout. » En attendant, la majorité hétérosexuelle se pose de nombreuses questions sur l’homosexuel. Certaines sont légitimes, d’autres gênantes. Demander à un homo s’il est « actif ou passif » peut sembler étonnant et pourtant cette interrogation revient si souvent qu’elle ne dérange plus. D’autres, comme demander à un gay s’il a le Sida, sont plus immatures, mais non moins présentes. « Pourquoi en avoir marre ? Nous nous doutons bien que cela peut étonner les gens, qu’ils puissent être intrigués, car ça reste quelque chose qui sort de la norme sociale. » À partir de ce constat, le couple se dit que répondre aux incompréhensions, c’est aussi permettre aux gens de voir qu’ils sont les mêmes qu’eux, qu’ils partagent les mêmes doutes, les mêmes joies. « Les mentalités avancent en France. Dans les pays marqués par une culture liée à la religion, quelle qu’elle soit, moins. Mais, c’est une conséquence logique… » relativise le couple.

En revanche, lorsqu’il s’agit de parler de la persistance des stéréotypes dans l’inconscient général, le discours des amoureux se fait moins tendre. « Nous haïssons les clichés décrivant l’homosexuel comme étant une personne volage, hyper efféminée, qui n’est jamais sérieuse ni constante. Cela nous met en rogne. Il y a autant de personnalités que d’individus et l’orientation sexuelle ne doit rien définir de précis ! » Malgré cela, ils admettent qu’il est possible de reconnaître un homosexuel, que dire « tu fais homo » ou « pédé » n’est pas toujours de l’homophobie. L’homophobe serait celui qui considère l’homosexualité comme étant une maladie, un pêché. « Ma mère m’a confié qu’elle aurait préféré que je sois hétéro, pour que je n’aie pas à subir brimades et regard social », avoue Romain.

Les deux garçons, bien que satisfaits de leur situation, s’accordent à avouer qu’en 2016, il est toujours plus facile d’être hétéro. « Il nous arrive de nous cacher en fonction des lieux, des contextes. Bien sûr, nous aimerions nous afficher tout le temps pleinement, mais nous savons que pour l’instant, il faut parfois savoir être discrets ». Jusqu’à quand ?

Oumar Diawara

*Les prénoms ont été modifiés

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