Les risques de pluies et le froid n’auront donc pas freiné leurs ardeurs. Les coureuses et coureurs de la Sine Qua Non Run étaient bien là en nombre, ce samedi 19 octobre, pour partager leurs foulées au Parc de la Villette. Dans le parc et le long du canal de l’Ourcq, chacun pouvait choisir son parcours et sa distance, entre 6 et 10 kilomètres. Plus tôt dans la journée se sont tenues deux tables rondes dans le village-départ crée pour l’occasion, dans lesquelles des hommes et des femmes sont venues partager leur expérience de victimes et de témoin d’agressions ou de harcèlement. La seconde table ronde organisée plus tard dans l’après-midi portait sur l’émancipation des femmes par le sport.

Dans le même temps, plusieurs stands avaient été installés pour des ateliers participatif ainsi que des actions de mobilisation menées par plusieurs associations dont « Handsaway » qui proposait au public de se plonger dans la peau d’une victime de harcèlement de rue par le biais d’un casque virtuel. L’association « Pépite sexiste » était là aussi, qui lutte contre les publicités sexistes en les signalant directement auprès des entreprises sur les réseaux sociaux. Peu avant 18 heures, les premiers coureurs se sont réunis devant la scène où la coach Lucile Woodward échauffaient les valeureux participants qui s’apprêtaient à parcourir 6 kilomètres, le tout sur de la musique électro à en rendre sourd plus d’un, les coureurs peu disciplinés dansaient d’ailleurs plus qu’ils s’échauffaient.

Cela reflète l’état d’esprit de cette course où l’essentiel n’était pas de faire tomber les records comme l’explique Mathilde Castres, la présidente et fondatrice de l’association « Tu vis ! Tu dis ! » : « J’ai été victime d’agression sexuelle dans le monde du travail et quand j’ai commencé à en parler autour de moi, j’ai vu que pleins de gens étaient concernés par ce sujet-là. Mais il ne se passait rien, puisqu’on considérait que c’était la norme. » Elle poursuit : « J’ai voulu mobiliser l’ensemble de la société pour briser cette omerta et je l’ai fait en utilisant le sport ». Mathilde estime également que les choses sont en train de bouger sur le plan politique : « Je pense que le mouvement #Metoo a permis aux personnes de libérer la parole, on est dans une prise de conscience et maintenant ça devient un sujet sur lequel on peut travailler. »

Pour les femmes, il n’est plus possible de pouvoir courir librement dans la rue

De nombreux hommes qui s’estimaient concernés par la question des violences faîtes aux femmes ont pris part à la course, soit en leur nom propre ou par le biais de leur comité d’entreprise. Reza, un Australien venu en vacances dans la capitale, est dans le premier cas : « J’adore courir, cela me maintient en bonne santé, je pratique le run tous les jours ! Mais aujourd’hui je sais que le run ne sera pas comme les autres puisque je vais courir pour la cause de l’égalité hommes-femmes », dit-il avec le sourire. « Ça a toujours été un sujet qui me tenait à cœur et pour lequel de nombreuses femmes se battent depuis des années, tout le monde devrait être en mesure de les respecter car au final nous sommes tous humains. »

Peu avant le départ du 10km, ce fut au tour de la championne de boxe Sarah Ourahmoune de venir sur la scène d’échauffement afin d’expliquer brièvement les raisons pour lesquelles elle a tenu à être marraine de cette édition devant un public admiratif. En cause le nombre beaucoup trop élevé de féminicides depuis le début de l’année et l’angoisse de nombreuses femmes de courir seule le soir de peur de se faire agresser, comme elle l’explique au BB : « Aujourd’hui avec une médaille olympique, c’est sûr qu’il est plus facile de se faire entendre et c’est aussi mon rôle d’alerter sur ce problème » explique-t-elle.

« Il y également le fait que pour les femmes il n’est plus possible de pouvoir courir librement dans la rue, raconte-t-elle, amère. Il y a quelques années, je faisais mes footings le soir dans le cadre de ma préparation de boxeuse et je n’avais aucun problème. Mais maintenant je ne peux plus, j’ai fait de mauvaises rencontres et je n’ai plus le courage de courir seule donc j’ai besoin de solliciter mon mari. » Néanmoins, la native de Sèvres est heureuse et fière de prendre part à une initiative comme celle-ci, elle estime par ailleurs que le sport est le meilleur vecteur d’émancipation et de rémission pour les femmes victimes de violence : « Le sport crée en nous cette faculté de nous dépasser et d’aller au bout de nous-mêmes. Il contribue à la fierté de soi, de gagner en confiance, cela permet également des rencontres et je le vois dans mon club. Le sport peut changer des vies, il a changé la mienne puisque ma rencontre avec la boxe m’a totalement transformée. »

Samedi, femmes et hommes de divers horizons se sont donc réunis afin d’afficher leur soutien aux violences et agressions dont peut aussi bien être victime une employée qu’une championne de boxe médaillée. Le mot d’ordre de l’évènement étant d’encourager les victimes à parler et témoigner de leur expérience traumatisantes, une initiative que nous autres ne pouvons qu’encourager.

Félix MUBENGA

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