Je m’appelle Eva, je suis née le 8 avril 1994 à Villemomble (93), j’ai donc 16 ans. Je sais que personne n’est intéressé par mon état-civil, mais je suis obligée de vous raconter ma vie en quelques lignes. Je commence donc par l’essentiel. C’est pour rendre service à ma copine Sarah. Elle est en galère parce qu’elle voulait écrire une fiction pour un blog. Pas un Skyblog où les filles se prennent en photos en pensant qu’elles ressemblent à Shakira, mais un blog sérieux, je ne sais plus comment il s’appelle, je crois que c’est Bondy… quelque chose. Elle me l’a pourtant rappelé il n’y a pas si longtemps, mais j’ai la mémoire courte, en même temps je suis blonde… Olala j’exagère. Je n’aime pas qu’on me traite de « blonde », or voilà je me discrimine moi-même !

Elle n’avait aucune idée en tête, je lui parlai de ma dernière aventure dans le tramway alors qu’elle se tordait les méninges pour trouver un personnage. Elle a remarqué que j’avais toujours pleins d’histoires à raconter et que j’étais moi-même un personnage de fiction. Je ne sais pas si je suis censée bien le prendre. Du coup je me retrouve sur Word pour rendre service à ma veille pote de primaire, en train de raconter ma vie.

On va commencer par le physique : je suis une blonde, je l’ai déjà dit, grande, claire de peau, et surtout la plus fashion du quartier ! Je ne suis pas narcissique, juste réaliste. Quand je vois des filles au lycée, je me demande si elles vivent bien dans la capitale de la mode (enfin la banlieue de la capitale de la mode…). Moi par exemple, je prépare mes affaires la veille, voire l’avant-veille. Pas mes affaires scolaires, non, mes vêtements. Eh oui, imaginez qu’un matin je ne me lève pas deux heures avant, comme je le fais habituellement ! Je n’ai aucune idée de comment je ferais ! Je pense que je n’irais pas en cours…

Oui deux heures son nécessaires pour me préparer le matin, même si mon lycée n’est à dix minutes de chez moi. Mais j’ai un tas de choses à faire le matin : il faut que je passe sous la douche, que je me fasse mon brushing, mes ongles, me maquiller (compter une bonne demi-heure) et que je m’habille en vérifiant que tout soit coordonné. Il ne manquerait plus que je mette un sweat rose fuchsia avec des baskets roses bonbons !

Sarah de son côté, préfère dormir une heure de plus, elle trouve que je me prends la tête pour rien… Le principal d’après elle, est de ne pas se ramener avec une botte noire et l’autre blanche. Elle a des raisonnements qui me dépassent parfois, même si elle garde un style correct. Elle ne ferait pas partie de mon cercle d’amis, je ne traîne pas avec des losers, moi ! Pas plus tard qu’hier je suis arrivée en cours les cheveux tout décoiffés et les pieds trempés jusqu’aux os. Rien n’allait avec ma veste bleue turquoise, mises à part ces baskets bleues en toile. Mais tout le monde a pu le remarquer, depuis trois jours c’est la pluie et le crachin en continu en région parisienne. Prenez une énorme flaque d’eau, ajoutez à cela un gros bus qui passait dans le coin et vous obtenez une bonne douche gratuite pour Eva.

Tout le travail fait en amont, c’est-à-dire le maquillage, le brushing, l’étude des vêtements, est parti, évaporé. J’avais envie de pleurer mais heureusement j’ai réussi à contrôler mes émotions parce que je n’ai plus de Mascara waterproof, donc j’utilise celui de ma mère, basique à souhait, mais bon, il fait l’affaire. Il n’aurait manqué que cela au tableau : une trainée de mascara sur mes joues en plus des fringues qui me collaient à la peau, mes baskets foutues et mes cheveux qui ne ressemblaient plus à rien. Le film d’horreur ça va 5 minutes ! J’ai essayé de réparer le désastre en passant par les toilettes mais je n’avais pas tout mon matos sur moi. « Ah pour une fois t’es un peu plus naturelle, il t’es arrivé quoi pour que le quart de ton maquillage se soit volatilisé ? » me lance Sarah pendant la récré. Qu’est-ce qu’elle peut être peste quand elle veut, celle-là ! C’était la phrase de trop. Je me suis énervée comme jamais, en plein milieu de la cour.

Quant aux cours, c’est variable. Il y a des périodes où je cartonne et d’autres où c’est la catastrophe ! Je suis plus littéraire que scientifique. C’est propre à chacun mais je ne vois pas l’intérêt d’apprendre les racines carrées, les cytoplasmes et les nucléons. J’imagine que beaucoup aime ça. Il faut de tout pour faire un monde et encore heureux parce que sans ces gens : pas d’anti-cernes, de crèmes de jour et de fonds de teint. Ah le fond de teint, un produit révolutionnaire pour les filles (ou les gars) ! Sarah trouve que je me tartine trop le visage avec et que je l’applique mal, elle me dit souvent : « Ton nez est moitié orange, moitié blanc, c’est moche » ou encore « attache tes cheveux, tes oreilles sont trop pâles par rapport à ton visage ! » Non mais franchement elle me prend pour qui ? C’est facile pour elle de parler, elle n’en met pas.

Au secours je viens de recevoir un texto, j’ai un contrôle de maths demain : j’ai du pain sur la planche. J’espère que cette vipère de Sarah sera satisfaite du résultat, trop exigeante cette fille, oh et puis contente ou pas, c’est comme ça. Déjà que j’ai accepté de lui faire son « roman »…

Sarah Ichou

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