De la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’aux années 1970, près de 100 000 personnes peuplaient les bidonvilles. A Nanterre (92) ou Noisy-le-Grand (93), les travailleurs immigrés, majoritairement algériens, ont construit un avenir meilleur pour leurs enfants. Mémoire et histoire 3/3.

Petite enquête… Je me balade sur le campus de Nanterre (92) et j’interroge. Je décide de m’adresser à un groupe de jeunes filles de mon âge : « Salut les filles. Savez-vous ce qu’il y avait avant votre université, vers la fin des années 1950 ? » L’une d’elle rétorqua : « J’habite à Achères (78), Nanterre pour moi c’est que la fac, je ne m’intéresse pas au reste. » Une autre continue : « Je ne me suis jamais posée la question, donne-nous un indice ! » Je leur parle alors de terrain vague, de travailleurs immigrés, pour enfin entendre le mot « bidonville ».

Puis, je me dirige vers un autre groupe plus informé. « Il y avait des bidonvilles, je le sais, j’ai grandi à Argenteuil (95), et nous aussi on en avait. Mon père me raconte beaucoup cette époque, c’est même certains travailleurs qui ont aidé à la construction de notre faculté ! ». Suite à mes questions auprès des jeunes du campus, j’ai pu remarquer que les bidonvilles de Nanterre sont méconnus par les jeunes. Seuls ceux se sentant concernés par l’histoire ou qui ont un entourage concerné par la question savent que sur leur campus, il y avait un bidonville.

Puis, à Bondy je demande à une amie si elle connait l’histoire des bidonvilles de Nanterre. « Oui, répond-elle, il y avait des gens qui vivaient dans des baraques là-bas ? » l’air hésitant. Pourquoi ? Pourquoi n’informe-t-on pas de ce passé, des bidonvilles qui étaient si nombreux en France ? Cherche-t-on à les faire oublier ?

Sur le plan national, on ne communique pas sur l’histoire des bidonvilles, comme si elle était illégitime. A chaque nouvelle génération, c’est un bout de la mémoire qui s’en va. Pourtant, les bidonvilles font partie de l’histoire de notre pays, ce ne sont pas des « histoires communautaires » sans impacts sur la France d’aujourd’hui. Si l’on veut connaître notre pays, nous devons connaitre les avancées comme la lutte pour les droits de l’homme, mais aussi les échecs, parmi eux : les bidonvilles.

Localement, les villes concernées par l’histoire des bidonvilles, telle que Nanterre, sont impliquées sur la question. Des expositions, des moments de rencontres, des livres publiés avec l’aide de la municipalité ont vu le jour. Dans le milieu associatif, on retrouve aussi des structures telles que Nahda qui aident encore aujourd’hui les travailleurs dans leurs démarches en faisant perdurer le lien social avec les anciens. Les familles aussi, cherchent à préserver la mémoire de leurs proches : « Mon père a trop souffert dans les bidonvilles, je n’accepterais pas que mes enfants ne sachent pas d’où ils viennent ».

Donc, il y a au niveau national une envie de montrer autre chose de la France, une tendance à faire oublier la mémoire des bidonvilles. Tandis que localement, les acteurs des quartiers se battent pour préserver l’histoire, les personnes qui ont des ressources sur un certain passé inconsciemment renié. Ce combat entre le national et le local va-t-il être un frein à la mémoire des bidonvilles dans les années à venir ?

Sonia Bektou

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