Oh la la, c’est fou ce que le langage évolue vite dans nos banlieues. Chaque génération, chaque coin a ses mots propres. Quand je vais en province, mes interlocuteurs ont parfois du mal à me saisir. Quelque chose m’énerve ? Je dis j’ai le seum et là, tout le monde est largué. Et encore, je ne vous parle pas de verlan, non, c’est juste du jargon. Un jargon bien ancré dans nos têtes, que j’entends pratiquement tous les jours, chez les petits comme chez les grands.

Des exemples : graille/manger ; despi/rapide (là, c’est le verlan de speed) ; boloss/crétin ; bicrave/vendre ou encore thunes/bif/argent. Il y aussi les mots importés, du Maghreb, tel le célèbre kif, pour aime, ou khoya/khey, qui veut dire frère. Ou du Mali, comme yafye, qu’on prononce yafoye et qui signifie y’a rien (très populaire dans le 75 au passage).

Ces expressions-là, on les retrouve un peu partout dans nos villes. A leur manière, ils sont universels. Mais il en est d’autres spécifiques de certains endroits. Dans l’Essonne, on dit baye qui veut dire en général truc, voire affaire. Par djeez/diez, on entend généralement  business. Il y a un mot dont j’ai vraiment du mal à me passer, même si je commence à décrocher : yomb ! C’est très utile quand t’es dégouté, fatigué, soulé, énervé… Le train est annulé ? Tin chuis yomb !

Dans le Val-d’Oise aussi ils ont leur langage bien à eux. Par exemple tangore/ailleurs. Dans les Hauts-de-Seine, ils disent goyo pour jolie (comme une fille ou une voiture). La Seine-Saint-Denis a thar pour grave, et dans le Val-de-Marne fleurit le légendaire gros, très utile pour terminer une phrase : ça va gros ?, mais cette interjection s’est propagée depuis à tout le pays.

Un samedi que j’étais à Châtelet, j’ai demandé à un jeune homme s’il y avait des expressions particulières dans son coin. « Ah non ! Moi je suis pas dans ce délire-là, je parle normalement ! » Pas même un petit mot ?, ai-je insisté. « Non, vraiment, je sais pas, peut-être des fois yomb mais ça, c’est normal… » Normal. Bah oui, c’est tellement banal qu’il ne s’est pas rendu compte qu’il employait des mots du jargon. Un dernier avant de sortir : dans la Drôme, pour loin, certains disent chaille !

Prosith Kong

Prosith Kong

Articles liés

  • Guadeloupe : « On est obligé d’arriver à des extrêmes dramatiques »

    Depuis la mi-novembre, la Guadeloupe est traversée par un mouvement social profond, allumé par une grève des pompiers et soignants face à l'obligation vaccinale de ces derniers. Un mouvement de grève générale qui s'est suivi par des révoltes urbaines, et qui illustre un malaise profond de la société guadeloupéenne et de sa jeunesse face à l'État français. Témoignages.

    Par Fanny Chollet
    Le 26/11/2021
  • Exilés : « La France et l’U.E vous ont laissés vous noyer »

    27 exilés ont perdu la vie le 24 novembre dernier, alors qu'ils tentaient de traverser la Manche, pour rejoindre le Royaume-Uni depuis Calais. Une nouvelle hécatombe, qui devraient mettre la France et l'Union Européenne face à leurs responsabilités. C'est l’électrochoc que voudrait voir Félix Mubenga, devasté et en colère devant des drames qui se répètent. Comme nous tous. Edito.

    Par Félix Mubenga
    Le 25/11/2021
  • « J’augmente mon budget essence et baisse mon budget nourriture »

    Alors que la hausse des prix du carburant continue de s'approcher des records du mois d'octobre dernier, dans les quartiers on prend son mal en patience face aux chiffres de la pompe. Étudiants, travailleurs, mères célibataires, toutes et tous ressentent un poids supplémentaire sur leur budget, alors que le chèque énergie du gouvernement n'est attendu par personne. Témoignages.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 22/11/2021