« Lundi, tirez-vous tous, parce que je vais mettre le feu à l’hôtel ». Ce soir, Tony est furieux. Il s’est adressé à moi et à un locataire permanent. Il a la haine. Il hésite entre mette le feu à l’hôtel ou à sa femme.

Pourquoi? Il raconte qu’il s’est fait faucher son portable par un gitan de l’hôtel. L’homme qui avait une chambre au deuxième, l’étage des résidents permanents, a demandé à l’épouse de Tony de lui prêter son téléphone portable. Il ne l’a pas rapporté et est parti avec ses enfants. Une femme de ménage m’a parlé de ce gitan. Il a déjà disparu sans payer. « Sa chambre est toujours dans un état épouvantable. Il crache par terre, il y a des bouteilles d’alcool partout, tout est sale », m’a-t-elle dit.

Sa femme est en prison et il est seul avec les enfants. Tony bouillonne. Le portable valait 400 euros. Il fait mine de tirer sur une personne: « S’il vient ici, je le descends, ses gosses vont aller à la DASS. Les flics pourront me mettre derrière les barreaux, ça m’est égal ». Tony sait que c’est un autre gitan qui a payé la chambre du voleur. Mais voilà, ce gitan dit qu’il ne sait pas où se trouvent le père et ses enfants. Je croise Tony un peu plus tard. Il est allé reparler au gitan. L’autre a craché le morceau. Le portable a déjà été revendu mais il va trouver une solution. Il n’a pas le choix. Tony lui a parlé des mecs qu’il avait déjà arrosés d’essence. Il a une semaine pour lui rendre l’argent. A voir la détermination dans les yeux de Tony, je n’aimerais pas être à la place de son débiteur.

Par Sabine Pirolt

Sabine Pirolt

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