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Face aux questions de société, j’essaie généralement d’être rationnel et de ne pas trop m’emballer devant les témoignages de discriminations. Non que je ne veuille pas croire que cela se produise dans la France des Droits de l’Homme et du citoyen, mais mon esprit cartésien préfère l’objectivité des études statistiques au subjectif des expériences personnelles. Ceci étant la réalité finissant toujours par vous rattraper, c’est avec un certain effarement que j’ai lu les résultats d’une étude récente du Bureau International du Travail : 80% des recrutements de jeunes salariés en France se font sur la base d’une discrimination raciale. Plus exactement le BIT a procédé à un « testing » à grande échelle auprès d’un grand nombre d’entreprises, présentant des profils identiques de citoyens Français n’ayant pour les différencier que la consonance de leur nom et leur couleur de peau. Et dans près de 80% des cas, à compétence égale, les candidats maghrébins ou noirs ont été recalés.

On peut tourner la question, dans tous les sens, mais 80% constitue un nombre incroyablement élevé. Si l’on ne peut systématiquement qualifier les recruteurs de racistes, il est par contre évident que ceux-ci adoptent des comportements racistes dans leur « screening » qu’ils soient conscients ou inconscients. Ce nombre dramatiquement élevé laisse supposer que le comportement est profondément ancré dans notre population et que l’évolution des mentalités est extrêmement lente. Que dire ensuite du sentiment de rejet que certaines personnes ressentent ? Que dire de l’absence de modèles de réussite sociale qui pourraient induire une nouvelle forme de « normalité » ? Est-il possible que le fossé soit si grand que la présence médiatique de Noirs et de Maghrébins ne soit perçue que comme le triste alibi d’une France de l’inégalité ?

Mais à vrai dire, mon principal étonnement a été l’absence de publicité faite autour de cette étude. Nous sommes en pleine campagne électorale, une telle information n’est pas importante aux yeux de nos candidats ? Ce n’est pas assez médiatique ? Le sujet du « Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale » a occupé la Une ces derniers jours mais franchement, il me semble que l’heure est moins aux symboles qu’aux actions concrètes face à une situation particulièrement inquiétante. On a parlé de CV anonymes, de discrimination positive, mais tout cela ressemble à des ronds dans l’eau face au refus de la France d’admettre sa réalité : dans l’esprit de beaucoup d’entre nous, tous les citoyens français ne naissent pas libres et égaux en droits. Et qu’on ne me parle pas de culpabiliser une frange de la population ou de nous rappeler l’ère coloniale. Il s’agit de notre avenir et des valeurs sur lesquelles nous construisons notre pays. Il s’agit de notre constitution et de l’article Premier de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. Il s’agit de notre Identité Nationale !

Cédric Roussel.

Cédric Roussel

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