Cette après midi aura lieu le jugement du Jeune Hamza Lahlou incarcéré depuis plus de quatre mois et qui risque plusieurs mois de prison pour des faits qu’il a toujours nié. Ouria Djelouli, membre de son comité de soutien nous raconte les faits. Passer l’après midi à la terrasse d’un café sous le soleil de la cité phocéenne c’est un cliché. Une Marseillaise en retard aussi, plutôt infondé pour le coup puisqu’Ouria Djellouli est pile à l’heure. Dossier de presse à la main, cette jeune étudiante en droit est venue me rejoindre pour me parler d’une affaire qui exacerbe les passions au quartier de la Rouguière, situé à l’est de Marseille ; celle du jeune Hamza Lahlou, incarcéré depuis 4 mois à la prison des Beaumettes. Tout a commencé en 1996 quand la communauté musulmane du quartier multiplie les demandes pour disposer d’une salle de prière. Une ancienne superette abandonnée en bas des tours ferait un local idéal. Pendant dix ans, une association locale va jouer le jeu pour essayer d’en disposer. Toutes les conditions que demande l’administration sont remplies mais au fur et à mesure, la liste de celle-ci s’allonge. En vain, puisqu’ à la veille du ramadan 2006, le quartier n’avait toujours pas sa salle de prière. Ne tenant plus, certains membres de l’association, la joue Don Quichotte et forcent le local abandonné. Quelques semaines plus tard, la police débarque pour rendre la superette à son abandon. « De la folie, confie Ouria, c’est une armée qui a débarqué. De bon matin, il n’y a que des vieux qui prient, on les a virés. C’était assez violent, surtout vu le nombre de CRS, c’était très impressionnant ». Certains jeunes de cette cité, réputée tranquille, ont alors craqué : deux contenaires ont pris feu le premier soir. Malgré les tentatives des associations pour calmer le jeu, sept voitures brûlent la deuxième nuit, ainsi que la porte de la chapelle du quartier. « Pourtant, les bonnes soeurs ont toujours soutenu les revendications pour la salle de prière», déplore mon interlocutrice à l’accent si chantant.

Parmi les jeunes arrêtés un seul avoue, le jeune Hamza Lahlou, néophyte des interrogatoires. C’est donc le seul qui sera inquiété. Le graffiti dans le local et une poubelle brûlée voilà les délits qu’il confesse. « L’honnêteté ne paie pas ! Comme il fallait un bouc émissaire, Hamza a été mis en mandat de dépôt ». Il a alors 23 ans, détient un précieux casier vierge et prépare un BTS. « C’est le coupable qu’il leur fallait. Un père imam (très modéré, précise-t-elle) intelligent, actif dans plein d’associations, il a tout de suite était classé comme meneur. Il a fait une fois le con, mais ça ne méritait pas une peine aussi lourde». Du coup le comité de soutien de Hamza Lahlou fut vite crée pour tenter de le faire libérer. Une de ses premières actions fut d’organiser une galette des rois devant la chapelle : « pour montrer que ce n’est pas une guerre de religion. Le curé affirma à plusieurs reprises que Hamza n’a pas fait le coup, d’ailleurs il fait partie du comité de soutien ».

Pourtant, les charges retenues contre Hamza sont assez lourdes : dégradation d’un lieu de culte et destruction de véhicules. Il risque quelques années de prison alors que ce qu’il a avoué (incendie d’une poubelle) est passible d’une peine beaucoup moins lourde. Des témoins affirment avoir vu Hamza très loin des véhicules au moment où ceux-ci ont commencé à brûler, des témoignages qui ne pourront être utilisés que le jour du procès. « Ses profs, les habitants du quartiers, tout le monde sait que c’est un super gars, innocent des charges retenues contre lui. Le quartier est sous pression. Certains disent qu’on est trop gentil et qu’il faut changer de méthode», conclue Ouria abattant net cet autre cliché d’un Marseille épargné par les émeutes. Du coup, pas de mosquée et pas de Hamza. Le jugement se déroule aujourd’hui.

Idir Hocini

Idir Hocini

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