Il est 18 heures, le cours d’anthropologie se termine. Direction le métro, la ligne 13 et ses galères habituelles. À l’entrée de la gare, un panneau annonce des perturbations sur le RER E. Cette fois personne sur les voies, pas de colis suspect ou de malaises dans un wagon, mais « la découverte d’un obus de la seconde guerre mondiale« . Oui, oui la découverte d’un « obus ». Obus, un terme qui n’est aujourd’hui employé que par les profs d’histoire-géo. Optons donc pour le moyen de transport promu par nos amis écologistes: le tramway.

J’arrive à atteindre la place stratégique du T1, celle qui se trouve juste derrière la cabine du chauffeur. Cette place c’est un peu le bonbon magique dans Candy Crush, un as dans un jeu de carte, enfin bon les connaisseurs comprendrons. Pour passer les 33 minutes de trajet, je consulte mes mails, me connecte sur les réseaux sociaux.

RerEMon frère m’envoie un SMS: « Tu es où? Trafic interrompu sur le E, le T1 est blindé« . Sur Twitter, les gens semblent bien énervés. Le mardi soir c’est le jour de la conférence de rédaction du Bondy Blog et dans ma situation, la meilleure solution pour y parvenir est de prendre le bus 303 à Bobigny Pablo Picasso qui m’amènera pas très loin des locaux.

Comme d’habitude, sortir du tram à cet arrêt relève d’une sacrée expérience. Il faut gérer le timing entre l’accès aux portes, le moment où elles commencent à se fermer et quand il faut se battre avec. Hier soir, à 18h30 donc il y avait vraiment beaucoup de monde, plus de monde que d’habitude. Les gens sont tellement agressifs. Les fameux « si tout le monde pousse c’est ridicule » se font entendre.

Automatiquement, je me dirige vers l’arrêt du 303, la musique à fond dans les oreilles. Je presse le pas, je ne suis pas du tout dans les temps: la réunion doit commencer dans moins de 30 minutes. Je suis ralentie par la foule, l’arrêt est encore loin et pourtant tout le monde est arrêté, un attroupement s’est formé autour du bus 303.

Par le plus grand des hasards je rencontre une amie qui semble autant dépassée par la situation que moi. Elle m’explique que deux minutes avant que j’arrive, une altercation a eu lieu entre deux usagers pour une histoire de « j’étais devant toi« . Des hommes portant un brassard orange « sécurité » sont présents, ils sont accompagnés des agents de la RATP sûreté. Ils tentent de calmer les tensions. Un des deux hommes finira par obtenir une amende.

On comprend vite qu’il faut laisser tomber l’idée du 303. Reprendre le tramway? Le quai est noir de monde, même pas la peine d’essayer. On essaye avec le 146 : impossible de monter. Les gens sont collés aux portes vitrées. J’entends une dame dire au téléphone : « laisse tomber je rentre à pied, c’est la fin du monde ici » effectivement on y croirait. Dernier espoir : le 134. Miracle on y trouve même une place assise. Direction Bondy.

Sarah Ichou

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