Un bureau de poste en Seine-Saint-Denis a été rénové. La rumeur dit que ce serait pour des raisons de sécurité. Proche d’une grande cité, le bureau en question, qui abrite une Banque postale, a souvent été l’objet de plusieurs braquages. La direction, craignant visiblement  d’autres hold-up, a pensé à un nouveau concept pour l’établissement : un bureau sans argent. L’office postal s’est donc refait une beauté : les espaces sont beaucoup plus clairs et accueillant qu’auparavant. On y trouve des stands ci et là (qu’on appelle des « ilots »). Et aussi, un employé chargé de diriger les clients en fonction de leurs demandes et opérations à réaliser.

Béatrice, 42 ans, fonctionnaire depuis 20 ans à la Poste, explique : « C’est une très bonne idée, aussi bien pour les employés que pour les clients, qui a été prise. C’est un bureau où nous n’avons ni guichets ni sortie d’argent. » Un espace qui protège les employés ? « Oui justement, ils sont très protégés. Et quand les clients veulent faire des versements ou des retraits, ils doivent impérativement passer par un distributeur. » Ce nouveau dispositif est censé éviter les tentatives de braquages, et leurs conséquences : employés sous le choc, dépressions, suicides…

Des employés du bureau de poste ancienne manière qui ont subi des braquages, à main armée parfois, Béatrice en connait. Sa sœur, par exemple, postière aussi, qui en a été victime à trois reprises. « Elle a connu la peur, elle était traumatisée, elle a fait une dépression pendant un an et demi ! »

Ces mesures de sécurité mises à part, le nouveau design de cette banque postale du 93 a pour but de « rendre les clients plus autonomes, et puis nous ça nous permet de faire de l’accueil ou de la vente de produits, autre chose que de l’assistanat en somme ». Mehdi, 29 ans, qui travaille depuis peu à la Banque postale, juge la rénovation utile dans la mesure où cela permet aux employés de diriger les clients vers ce qu’ils appellent les « automates ». « C’est plus efficace pour nous, pour les clients, poursuit Béatrice. Comme les contacts avec ces derniers sont désormais la norme, sans la barrière qu’étaient les anciens guichets vitrés, les tensions se sont apaisées. Le client est pris en charge dès l’entrée du bureau et se sent « reconnu ». »

A propos de sécurité, Mehdi dit connaître également des personnes qui ont été victimes de braquages, « je croise les doigts pour que cela ne m’arrive pas ». « Les attaques sont choses fréquentes, surtout ici dans le 93. Tant qu’on en reste au niveau des menaces verbales pour soutirer un peu d’argent, j’ai envie de dire ça va, mais c’est différent quand c’est des coups de cross. »

Silvia Sélima Angenor

Silvia Sélima Angenor

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