Même le dernier des arioûls (âne bâté en berbère) connaît deux dates en sortant de l’école primaire : Marignan 1515, première victoire dans les guerres d’Italie du tout jeune roi François I, et Poitiers 732, à mon avis personnel un terrible quiproquo. 12 000 Arabo-Berbères chevauchant pacifiquement vers l’ancienne Gaulle pour faire un peu de tourisme et goûter les spécialités locales, n’emportant avec eux que leur couteaux et leur plat à fromages, que les chroniqueurs de l’époque ont confondu avec des cimetères et des boucliers.

L’impatience presque enfantine de ces cavaliers à se jeter sur les gîtes et autres maisons d’hôtes du Poitou a été perçue par ces idiots du gouvernement franc comme une possible menace. Notamment un maire de palais qui a tout de suite paniqué, ce petit fonctionnaire, cadre C de la fonction publique et futur grand-père de Charlemagne n’ayant pas compris tout de suite le potentiel touristique qu’on pouvait tirer de cette belle transhumance.

Ce Charles Martel, il a fait du travail d’Arabe en plus, les Maures sont restés dans certains coins de Provence au moins jusqu’au Xe siècle, alors je ne vois pas pourquoi on en fait tout un plat de ce Poitiers 732 ; ni ce lieu, ni cette date, ni ce barbare n’auraient jamais dû exister !!!, dit-il avec un rire fou.

D’ailleurs on n’en fait pas qu’un plat, on en fait aussi une Bière ! La 732 Charles Martel ! Produite et vendue à Poitiers, cette ville impie. Je me la suis procurée par une amie qui était de passage dans cette cité du désastre, j’y serais bien allé histoire de pleurer un bon coup, mais je me suis interdit à moi et toute ma descendance d’y mettre les pieds, ça ainsi qu’épouser une Boche ou une Anglaise.

Au dos de la bouteille on peut lire ceci : « C’est vraisemblablement en octobre 732 à Moussais qu’au terme de la légendaire bataille dite de Poitiers, Charles Martel repoussa au-delà des plaines du Poitou les troupes Arabo-Berbères venues du sud. Ce sont ces mêmes plaines qui aujourd’hui produisent les orges nécessaires à la fabrication de la 732 …»

Une bière pour célébrer une victoire sur des troupes musulmanes… Avouez que c’est tordu quand même. C’est au moins aussi vicieux qu’un gardien de nuit noir. Bon, inutile de pleurer sur le lait renversé, quel goût elle a, cette bière ? Contrairement à ce que pourrait laisser penser la lecture de ce petit billet d’humeur, je ne me suis pas saoulé avec, j’ai préféré la faire goûter à un ami issu de souche gallo-romano-germaine, son verdict : « Elle est bonne, elle a le goût de la victoire », dit-il content de lui. Mécréant !

Au passage, je dis ça comme ça, au cas où certains auraient des idées de djihad mal placé, la brasserie qui produit la 732 ne fait pas une fixette sur les bicots, ça c’est mon boulot, elle produit aussi la 507 et la 1356 ainsi que beaucoup d’autres, célébrant des batailles célèbres qui se sont déroulés dans le Poitou.

Je singe odieusement le rancunier d’un autre âge, mais finalement allier l’Histoire et les plaisirs du godet, je trouve ça sympa comme idée. A quand un « Gazouz 1962 » ou une « Choucroute mai 1940 » ?

Idir Hocini

Idir Hocini

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