Une péniche, la Tour Eiffel à l’horizon, non, nous ne sommes pas à une soirée mondaine mais bien à une fête de Noël solidaire. Familles avec enfants, couples, retraités, mères célibataires, ils sont une centaine. Au vu du décor et de l’ambiance rien n’indique que les familles présentes sont isolées ou pauvres. Dans l’air, de l’émerveillement, de la joie et beaucoup de sourires. Pamela* a 34 ans, nouvellement auxiliaire de vie et mère d’un enfant de 8 ans. Isolée, elle vit à Ezanville (Val d’Oise) et c’est par le biais d’une amie bénévole qu’elle a connu le Secours Catholique. « Depuis que je vais au Secours Catholique, je me sens moins isolée. Ce soir je me sens bien, avec mon fils. On partage un bon repas et l’ambiance est très chaleureuse ».

De la chaleur, de l’attention c’est ce que doivent transmettre les bénévoles qui sont venus apporter leur aide et leur soutien à ces familles, pas toutes de confession chrétienne, qui sont seules en cette soirée du 24 décembre. Les bénévoles préparent cet événement depuis un an. Maria* est l’une d’entre eux. Elle encadre aujourd’hui 10 personnes. La cinquantaine, elle a longtemps été bénéficiaire du Secours Catholique avant d’en devenir bénévole. Son équipe est partie d’Ezanville. Un car a été spécialement affrété pour l’occasion. A sa table, nous retrouvons un couple avec un bébé d’un an et demi, l’air heureux. A coté, une dame seule d’apparence austère mais qui, au son de la musique lancée par le DJ, sourit et se met à danser en quelques minutes. Entre les plats gastronomiques confectionnés par le cuisinier, la vue face à la Tour Eiffel et la musique, les gens sont en joie.

C’est une fête pour tout le monde en France alors il faut que tout le monde soit en fête 

Un petit air de campagne électorale flotte aussi dans l’air à l’apparition d’Adrien Taquet secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance et Benjamin Griveaux, député LREM et candidat à la mairie de Paris. Ils sont suivis par une horde de journalistes lors de leur visite qui durera une vingtaine de minutes. Le secrétaire d’Etat en profite pour saluer le travail des bénévoles du Secours Catholique et les élans de solidarité qui peuvent prendre forme dans le pays avant de rappeler qu’« il ne faut pas culpabiliser et avoir honte de demander de l’aide ».

La honte : un sentiment à combattre

Ce sentiment de honte, Maria le connaît, elle le voit chez les bénéficiaires. Comme ce couple avec un bébé qui n’accepte de parler qu’à Maria et pas aux journalistes, « j’ai trop honte et la famille va voir » glisse-t-elle à Maria. Mais elle et son époux se sentent bien car leur petite fille sourit, s’agite dans tous les sens. « L’important, c’est qu’ils se sentent bien, qu’importe leur religion. C’est une fête pour tout le monde en France alors il faut que tout le monde soit en fête » sourit aussi Maria.

Elle se rappelle que pendant des années sa fille avait honte de cette situation lorsqu’elle-même était bénéficiaire du Secours Catholique. Avant de voir par elle-même la misère gagner du terrain et de comprendre la nécessité de ce genre d’aide. « La honte doit être surpassée pour éviter l’isolement. En tant que bénévole, je ne peux que comprendre l’isolement auquel ces personnes font face. Mais lorsqu’on leur tend la main, en les rassurant, en leur disant qu’ils ne sont pas seuls, ils sont apaisés et nous font confiance. Ils s‘accordent alors le droit de profiter de ce genre de moment alors qu’ils n’en n’ont pas les moyens. C’est un progrès que de vouloir sortir de son isolement » explique-t-elle.

Autour, les bénévoles s’affairent : ils servent, rangent, sont aux petits soins avec les familles. On découvre un stand de boissons et un espace de jeux et coloriage pour les enfants. Le DJ aux platines tout sourire, passe les chansons que les bénéficiaires souhaitent. Les bénévoles se relaient pour occuper les enfants pendant que les parents vont danser. Ils gardent le sourire coiffés de leurs bonnets de Père Noël. Les journalistes continuent à tourner autour des tables pour recueillir les témoignages des bénéficiaires mais peu veulent parler. Du coté des bénévoles, seule une personne a pu être interviewée, trop occupés à s’affairer. La même chose lorsque les politiques sont venus. Seule une famille de bénéficiaires a accepté de se laisser filmer avec eux. On comprend qu’ils ne souhaitent pas qu’on leur force la main. Il suffit de discuter, de mettre en confiance, comme avec ce couple et son enfant : elle a accepté de dévoiler son histoire uniquement en parlant avec Maria. Ils sont isolés, sans famille, elle est femme au foyer et il est aide-cuisinier. Ils ont la trentaine et vivent dans un HLM à Ezanville. Leur fille est souvent malade car leur appartement est mal isolé, ils habitent au rez-de-chaussée. Mais ce soir, ils essaient de ne pas y penser, le couple s’amuse avec leur enfant, ils dansent tous les trois.

Durant les quatre heures et demi qu’a duré ce repas de Noël solidaire, les personnes présentes n’étaient plus isolées ou sans ressources. Elles étaient simplement des personnes fêtant Noël, comme tout le monde. Le Père Noël a distribué des cadeaux, les adultes ont dansé. De quoi réchauffer l’atmosphère et les cœurs.

Samantha SOURIA

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