La petite couronne parisienne n’a pas été épargnée par la neige. À la gare de Colombes (92) ce matin, le sentiment de dépendance aux transports parisien frustre quelques usagers souhaitant se rendre à la gare Saint-Lazare.

Des visages emmitouflés dans de grosses écharpes se lèvent vers le panneau d’affiche : « Train supprimé » en rouge. À la gare de Colombes, certains affichent un air énervé, d’autres résolu, quand d’autres encore tuent le temps comme ils le peuvent : lecture de l’article page 2 d’Aujourd’hui en France, dont le titre « La galère » résume bien la situation ; coups de fil au bureau ou aux proches, lecture d’un roman… La ville qui court sans arrêt après le temps est bien obligée de prendre son mal en patience aujourd’hui.

Gilles Lepleux, 51 ans, teinturier, se rend à la gare pour la seconde fois de la matinée. « Je suis venu à 7h15, mais tous les trains étaient supprimés ». Gilles est donc rentré chez lui pour ne pas attendre dans le froid, et revenu plus tard, dans l’espoir que la situation se soit améliorée. D’habitude, il se rend à Paris en deux roues. « Pour une fois que je prends le train, il faut que ce soit quand le réseau est perturbé ! » s’exclame-t-il, le visage las, mais le ton dérisoire.

À côté, Christelle et Emmanuelle gardent elles aussi leur calme. « On attend un train depuis 40 minutes environ. » Avec un train tous les quarts d’heures, les suppressions régulières entraînent vite une attente très longue. « Mais dès notre arrivée, le prochain train a été annoncé et maintenu », précise Christelle qui se dirige bientôt vers le quai, avec la masse de manteaux chauds.

Mais peu d’usagers gardent le sourire. Michèle est accompagnée de ses deux enfants, âgés de 10 et 13 ans. Cette assistante maternelle regrette que le problème n’ait pas été anticipé. « La neige était annoncée, nous savions que Paris allait être touché, et pourtant, rien n’a été mis en place pour faciliter la vie des usagers. La DDE (Direction départementale de l’équipement, ndlr) n’a pas fait son travail ».

« La France en retard »

Au-dessus de la foule résonne une voix : « En raison des perturbations météorologiques, prévoyez des retards de train ainsi que des modifications de dessertes. Merci de votre compréhension ». Mais peu comprennent. Les perturbations réveillent en les rancunes des usagers envers le syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif). « Les problèmes de transport sont patents quand il y a de la neige, mais c’est le cas toute l’année ! » s’exclame Monique, d’un ton toutefois plus résigné que révolté.

« Les trains ne sont pas conçus pour accueillir autant de monde. » Aux heures de pointe, ou par temps neigeux, le réseau d’Ile-de-France doit « s’adapter» selon Monique. « Moi je suis retraitée, ça va, mais je pense aux gens qui travaillent. » Pour Michel, 57 ans, l’incapacité des agents à anticiper les conséquences des intempéries est symptomatique d’un problème plus profond en France : « La France est en retard. On est incapable de faire face à quelques flocons de neige, mais on n’est pas non plus capable d’être compétitifs et nos usines ferment. La neige met au jour notre incroyable manque de vitalité ! »

Il rappelle la canicule de 2003 et le « manque de personnel », pour prendre en charge les personnes en difficulté. Michel a vécu quelques années en Amérique centrale, alors évidemment, il ne peut s’empêcher de confronter la capacité de cette région ou d’autres comme « la Suède » ou « l’Amérique du Nord », qui font face aux aléas du climat à « l’inertie » de la France. Une situation relayée par les médias qui ne fait qu’empirer « l’image négative du pays » selon Michel. « Que doit-on penser de nous à l’étranger ? » s’inquiète-t-il.

 

Aurélie Bacheley (Master journalisme UCP)

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