« Le rugby ? Tu t’intéresses au rugby, toi ? » Voilà le genre de phrase auquel j’ai droit quand j’admets apprécier ce sport. Chez moi, à Bondy, les matchs de rugby n’étaient pas vraiment présents sur l’écran de télévision. Il a fallu un déménagement dans le Sud-ouest. La ville Rose : Toulouse est l’un des bastions du sport ovale. Le rugby était de rigueur le week-end, c’était aussi naturel que d’aller chercher sa baguette chez le boulanger. Alors, forcément, on y prend vite goût. Cela ne s’explique pas, la beauté du geste est remarquable.

Mais allez essayer de faire comprendre ça à des jeunes en banlieue qui n’ont pour la plupart connu que le football ! Le fait qu’une fille aime le rugby n’était pas forcement perçu à sa juste valeur : « Ouais, t’aimes le rugby pour les dieux du stade… » Heureusement, la coupe du monde de 2007 m’a facilité la tâche dans mes explications devenues presque futiles au fil du temps. J’en suis bien heureuse. Aujourd’hui de retour à Bondy, voir le Stade de France, à Saint-Denis, toujours plus rempli à chaque match me replonge dans une ambiance du Sud-ouest.

Samedi 8 Janvier, 9h30… Levée aux aurores pour un samedi. C’est pour la bonne cause. Le Stade français reçoit le Stade toulousain. Sur le chemin pas trop de supporters à l’horizon. 12 heures : arrivée à la Plaine-Stade-de-France. Dès la descente du RER B, les chants parisiens résonnent, cependant tout est encore assez calme. MacDo : quartier général d’avant-match. Les Parisiens mangent à côté des Toulousains dans un chambrage bon enfant. Les enfants d’une famille supportrice du Stade français abordant les couleurs du club rigolent avec des « adversaires » maquillés en rouge et noir. Patrick, maillot du Stade toulousain sur les épaules, béret sur la tête, Big Mac à la main, la trentaine facile, vient s’asseoir à notre table pour prendre la température. Ne portant aucune couleur, mes amis, novices en la matière, parlent à voie basse tandis que je hisse fièrement celles de Toulouse.

Aux abords du stade, Julia, 18 ans, va découvrir pour la première fois l’ambiance d’un match de rugby : « Je suis impatiente, je sens que je ne vais pas m’ennuyer, on m’a dit qu’on appelait ça un classico, les supporters seront donc bien à l’honneur. » Karim, 19 ans, fervent supporter de l’OM, dit même : « Une amie me parlait régulièrement des matchs de rugby qu’elle allait voir au Stade de France et pour pas cher, j’ai donc voulu me faire ma propre idée sur le sujet, j’espère ne pas être déçu. »

14h30 : ouverture des portes, les petits fans de rugby sont impatients de rentrer pour « voir le pestacle », comprendre le spectacle. Après une fouille, les spectateurs gagnent les tribunes et vers 15 heures le stade commence à se garnir. Les drapeaux parisiens virevoltent dans le stade, se mêlant fraternellement aux rouges et noirs toulousains.

A 15h30, le show débute par l’incontournable passage des pom-poms girls sur le terrain habillées aux couleurs locales pour l’occasion, suivi d’un karaoké sur des chansons pour tous les âges comme « Capitaine Flamme » ou encore « Les rois mages » de Sheila. Le spectacle dure une petite heure et se termine provisoirement avec l’arrivée du ballon placé sous le signe de l’étoile du Berger, en raison de l’épiphanie… Petits et grands ont ainsi eu grand plaisir à se divertir avant un match de 80 minutes.

16h30 : coup d’envoi, des « Allez Paris ! » résonnent. C’est parti pour 80 minutes de bonheur. Un début de match bien calme jusqu’aux premiers points marqués, la température monte dans les tribunes, les gens se lèvent, tapent dans les mains, rigolent, boivent (avec modération). Et ceci pendant 40 minutes jusqu’à la mi-temps. Instant de détente, pause-pipi.

Le match reprend calmement, les Toulousains se font attendre sur le terrain, certains supporters parisiens font des remarques déplacées, calmés instantanément par un supporter toulousain. Tout au long de la seconde période, les gens se lancent des pics tout en admirant le jeu des deux équipes. Les essais s’enchaînent côté parisien et les supporters toulousains se font petits mais ils resteront jusqu’au feu d’artifice d’après-match. 18h20 : des bâches sont posées au sol et c’est parti pour un féerie de dix minutes. Une foule joyeuse quitte le stade. Les gens se ruent vers le RER et le métro pour reprendre le chemin de la maison pendant que d’autres se préparent à une troisième mi-temps bien méritée… Le Stade de France se fixe un objectif à chaque match : le spectacle c’est avant-pendant-après. Le contrat a encore une fois été rempli. Score final : le Stade français assomme le Stade toulousain 31 à 3 !

Jessica Fiscal

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