18h30. Devant la Bellevilloise, une salle de spectacle dans le XXe arrondissement parisien, la foule se presse. Tous viennent assister à la deuxième édition des Y’a Bon Awards, lancée par les Indivisibles en 2009. Programme de la soirée Récompenser des propos racistes tenus par des élus, journalistes, philosophes et autres personnalités publiques. Et cette année, la soirée promettait d’être riche. Car en 2010, les dérapages n’ont pas manqué.

L’ouverture de la cérémonie prévue à 19h30 est un peu retardée. La file s’allonge. A l’entrée, Myriam fondatrice de Hidjab and the city, un webzine féminin, accueille les personnalités. Egalement, adhérente des Indivisibles, ce soir elle donne un coup de main. « Bonsoir, je vous laisse suivre cette file », indique-t-elle. A cet instant, Bruno Solo, acteur, passe en coup de vent. « Je vais me foutre de la gueule des racistes », lâche t-il, un brin provocateur.

Dans la salle, près de 500 personnes ont fait le déplacement, avec la volonté d’épingler les contrevenants. Mais aussi de rire. Beaucoup de jeunes anonymes mais aussi des personnalités. Au premier rang, on aperçoit Lilian Thuram. L’humour est la marque de fabrique de l’opération. « Je ne vous cache pas que certains résultats risquent de nous coûter certaines subventions », lance Rokhaia Diallo, présidente des Indivisibles. Mieux vaut dédramatiser… L’occasion pour la jeune militante de lancer un appel au don. « Tous à vos portefeuille. »

Et de poursuivre, « un petit cadeau – le trophée qu’Eric Raoult n’est pas venu chercher l’an dernier – attend même le plus gros donateur ! » La soirée démarre sur les chapeaux de roue. Après un an de veille, les Indivisibles n’ont eu aucun mal à trouver de la matière. Mais pas question pour eux d’adopter une posture victimaire. Ce soir, il est surtout question de dénoncer en riant. Pari réussi, la salle  s’est délectée de bout en bout de la soirée.  « J’ai pleuré de rire », lance Samira, employée dans la finance. « Et en même temps, c’est du racisme pur et dur », poursuit-elle.

A l’animation, Blanche, humoriste révélée par le Jamel Comedy Club et Aïssa Maïga, actrice donnent le rythme. Elles feront d’ailleurs une entrée remarquée sur « That’s the way  I like it », un morceau bien connu des amateurs de funk. « On avait peur que les Y’a Bon disparaissent », ironise Blanche. « Mais certains se sont déchaînés grâce au débat sur l’identité nationale », réplique Aïssa. Salve d’applaudissements.

Huit catégories, plusieurs nominés, le tout ponctué de sketchs, d’anciennes publicités, seront le fil conducteur de la soirée. Ainsi Jacques Séguéla a obtenu le Y’a Bon Awards dans la catégorie « Le bruit et l’odeur » pour ses propos sur les Africains. En lice également, Jean-Claude Dassier, président de l’OM, pour son « Je ne serai ni un président à l’africaine, ni à la libanaise. » L’occasion pour le remettant du trophée, Yassine Belattar, d’interroger la salle : « Y a-t-il des Libanais dans la salle ?!! »  « Oui ! », scande une jeune fille assise au quatrième rang. « Bravo, c’est une nouvelle cible ! » rétorque-t-il. Autre candidat, Vincent Moscato, ancien international de rugby, entendu sur RMC à propos des Chinois. « Vous savez pourquoi c’est ma préférée ? », interroge Thomas, acolyte de Yassine. « Parce qu’elle sent les vacances. C’est le racisme d’apéro, manque plus que les olives ! »

Lauréat « Origines contrôlées », Nicolas Sarkozy. Le président de la République est épinglé pour ses propos lors de la remise de la Légion d’honneur à Dany Boon, en novembre dernier. Après avoir rappelé ses origines sociales et familiales, Sarkozy lâche un « Ça commençait mal ». Dans les rangs, on entend des « c’est abusé » ou encore « je ne l’avais pas entendue, celle-là ! ». Parmi les concurrents, Manuel Valls pour son cultissime « Tu me mets plus de Blancs » lâché à son conseiller dans une brocante à Evry, ou encore Jean-Pierre Elkabbach : « Ce sont des jeunes Français de quelles origines ? »

Le Y’a Bon Awards spécial Antilles est allé à Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L’Express. Son propos ? « Aux Français des tropiques qui veulent travailler à l’antillaise et consommer à la métropolitaine, rappelons qu’il faut labourer la terre arable pour qu’elle lève d’autres moissons que celles du songe et que, hors de la France, les Antilles seraient au mieux une usine à touristes américains, au pire un paradis fiscal rongé par la mafia, ou un Haïti bis ravagé par des tontons macoutes moins débonnaires qu’Yves Jégo. » Ali Soumaré, élu au conseil régional Ile-de-France, remettra le trophée.

Mise en scène comme un combat de boxe, le trophée des Zeric est allé à Zemmour, journaliste connu pour ses propos sur les jeunes Français musulmans, la burqua et autres. Il réussit à évincer un autre Eric… Eric Raoult, maire du Raincy, lui aussi habitué des frasques à caractère raciste.

Dans la catégorie Les Zenvahisseurs, les députés du Val-d’Oise, Claude Bodin et Yannick Paternotte remportent le trophée. Tous deux partis en croisade contre l’organisation du concert de Maghreb United…

Nouveauté de l’édition 2010, la catégorie « Touche pas à mon pote raciste ». Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la Ville paie là son soutien sans faille à Hortefeux dans l’affaire « Quand il y en a un ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. » Hortefeux, quant à lui, s’est vu remettre un trophée « Pour l’ensemble de son oeuvre». Cités dans cette catégorie, Nora Berra, secrétaire d’Etat aux Aînés ou Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman.

Face à un public tantôt hilare, tantôt consterné, les remettants se sont succédés à la tribune pour honorer les lauréats, au passage tous absents. Si le public est largement composé de jeunes Français concernés par le sujet, le travail des Indivisibles entend dépasser les milieux dits des minorités. « A voir la composition du jury, on voit bien que les gens se sentent de plus en plus concernés », affirme Rokhaya Diallo. « Quand je vois Bruno Solo ou Hervé Pierre, de la Comédie Française, s’impliquer à nos côtés, on comprend que le racisme concerne tout le monde.» Après tout, noir, arabe ou blanc, « le racisme est avant tout une insulte à notre citoyenneté ! ».

Nadia Moulaï

Vidéo : Aladine Zaiane

Nadia Moulaï

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