Ils ne se connaissaient absolument pas. Ils n’ont pas le même âge, ne font pas le même métier et ne résident pas dans le même secteur. Pourtant, un point commun les unis : le handicap. Fadila Debbouza est institutrice à Drancy et maman de Nassim, atteint du syndrome de Dravet, scolarisé en institut médico-éducatif. Audrey Amadieu est AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap) depuis 15 ans à Bondy. Yvan Wouandji, que vous connaissez bien puisque nous lui avions déjà consacré un portrait, est non-voyant depuis l’âge de 10 ans, champion de cécifoot et ambassadeur des JO 2024. Tous les trois sont les invités de notre podcast éducation #VieScolaire, consacré ce mois-ci au handicap à l’école.

« Les parents doivent vivre le handicap de leur enfant et compenser le manque de logistique de l’école »

D’après le Comité interministériel du handicap, réuni le 20 septembre 2017, 380 000 élèves seraient concernés par le handicap en France. Concrètement, comment s’organise leur accueil à l’école ? C’est ce que nous avons tenté de comprendre. L’avis de nos invités est unanime : la prise en charge des élèves en situation de handicap laisse largement à désirer. « C’est extrêmement difficile pour nous, en tant que famille », confie Fadila Debbouza. Que ce soit dans son rôle de maman ou d’institutrice, elle raconte que le matin l’enfant peut être renvoyé chez lui en raison de l’absence de son AESH. Fadila en sait quelque chose puisqu’elle a été contrainte d’adapter sa vie professionnelle. « J’ai dû me mettre en temps partiel », confie-t-elle. Les parents, les mères ont la double peine. Ils doivent vivre le handicap de leur enfant et compenser le manque de logistique de l’école ». 

AESH : manque de formation et précarité salariale

L’AESH, ex-AVS, c’est cette personne qui accompagne l’élève en situation de handicap dans sa scolarité : en fonction du handicap, l’AESH aide l’élève à prendre ses notes, l’accompagne dans la compréhension du cours, la réalisation des activités, des exercices, le surveille, gère ses éventuelles crises. Audrey Amadieu est AESH à Bondy depuis 15 ans. Pourquoi a-t-elle choisi ce métier ? « Mon frère est handicapé. Il n’a pas eu cette aide-là il y a 30 ans. Je voulais montrer aux enfants et aux parents, qu’il y avait quelqu’un pour eux maintenant ». Avant de faire ce métier, Audrey était intérimaire. Pour devenir AESH, pas de formation, pas de concours. Cette maman a tout simplement déposé son CV et sa lettre de motivation à l’inspection académique de son secteur. Elle a reçu une réponse trois semaines plus tard. « J’ai eu un entretien avec trois personnes qui ont évalué mes motivations, m’ont posent des questions pour savoir si j’avais peur du handicap. 48 heures plus tard, j’avais une réponse ». En 2003, Audrey reçoit donc une réponse positive pour être, à l’époque, EVS : emploi vie scolaire. Depuis, elle a déménagé à Meaux. Elle travaille toujours à Bondy, malgré les 30km qui séparent les deux villes. « La mutation n’existe pas dans notre métier ». Elle gagne environ 800 euros par mois. Pour joindre les deux bouts, Audrey cumule plusieurs emplois, tous en lien avec l’éducation. « Je suis également animatrice de cantine le midi. Il y a deux ans je faisais aussi le TAP (temps d’activités périscolaires) et la garderie du soir. Je partais à 7 heures du matin et rentrais à 19h30 le soir ».

Les limites de la scolarité en milieu ordinaire

Yvan a commencé sa scolarité en milieu ordinaire. A 10 ans, lorsqu’il perd la vue, il intègre alors l’Institut national des jeunes aveugles. Au lycée, il décide d’en sortir pour réintégrer le milieu ordinaire. « Je voulais me prouver à moi-même que je pouvais réussir à côté d’élèves valides », explique-t-il. Cela n’a pas été évident. Yvan se souvient de professeurs pas formés à accueillir des élèves handicapés, certains oubliaient par exemple de lui numériser ses documents ou reprochaient à certains de ses camarades lui lisent le tableau, par exemple. « Un manque très clair de formation et de sensibilisation », selon lui.

Lilia, 14 ans, a répondu à notre micro à nos questions sur le regard des autres élèves. La jeune fille est atteinte d’une maladie au foie. Sa scolarité a été perturbée par des séjours à l’hôpital. Si la jeune fille se montre très sociable, elle raconte avoir été victime de harcèlement à l’école, notamment à l’école primaire. « La primaire c’était la torture ». A cause de sa maladie, Lilia avait le teint et les yeux jaunes. Cette différence physique lui a valu bien des remarques. « On me disait ‘tu es une sorcière, tu vas nous contaminer, ne nous touche pas, ne joue pas avec nous, reste dans le préau. Toi, t’es bien juste à rester chez toi, tu ne vas jamais aller loin ». Quant à Azzedine Marouf, reporter au Bondy Blog, il s’est interrogé sur l’orientation post-bac des élèves en situation de handicap.

Fadila, Audrey et Yvan ne se connaissaient pas. Et pourtant, pendant 51 minutes, ils ont échangé sur cette thématique importante pour l’inclusion sociale. Ils ont énuméré ce qui n’allait pas, ce qu’il faudrait faire proposant des solutions pour régler des problématiques du quotidien, des solutions parfois très concrètes et simples à mettre en place. Pour Fadila Debbouza, la formation du personnel doit se faire dès le plus jeune âge au niveau de l’école maternelle. Selon elle, la socialisation des enfants en situation de handicap doit se poursuivre y compris en centre de loisirs pour ne pas créer d’interruption pendant les vacances car les parents, qui travaillent, en ont besoin. Pour Audrey, le salaire des AESH doit être clairement réévalué.

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