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Innocents, levez-vous !

C'est chaud, Garde à vue Vendredi 11 janvier 2013

Par Lansala Delcielo

Le 25 novembre 2007, deux adolescents circulant en mini-moto sont renversés et tués par une voiture de police à Villiers-le-Bel dans le Val d’Oise. S’en suivent deux jours d’émeutes entre les jeunes et les forces de police entraînant des dizaines d’arrestations, dont celle de Mara Kanté, accusé de tentative d’homicide sur des policiers. Dans le contexte des émeutes, souvent accompagnées de leur champ lexical : délinquants, racailles, casseurs…, difficile de démontrer son innocence.

C’est pourtant ce qu’a fait Mara Kanté qui a été acquitté en octobre dernier après avoir passé 29 mois derrière les barreaux. Aujourd’hui, ce jeune de 25 ans, qui était destiné à une carrière prometteuse dans le football, revient avec un livre qui témoigne de son combat pour prouver son innocence : « Préjugé(s) coupable(s). Villiers-le-Bel, une vie après les émeutes », coécrit avec la journaliste Aurélie Foulon.

Comment définiriez-vous votre histoire ?

Mara Kanté : C’est toujours difficile de qualifier toute cette histoire car elle a pris une grande ampleur. Elle ne se limite pas uniquement à moi. Il y a de plus en plus de personnes victimes d’injustices. Ce constat mène à une profonde réflexion ! J’ai vécu une grande iniquité dont les mots d’ordre sont : « Préjugé coupable, cicatrice judiciaire et prison pour rien » !

Quelle est la véritable raison de cette erreur judiciaire ?

Il n’y a pas une seule véritable raison, mais plusieurs ! Comme le titre de mon bouquin l’indique « préjugé(s) coupable(s) », il y a le suffixe : pré ! C’est-à-dire juger avant même de connaître la personne. Il y a aussi le contexte politique de l’époque, avec la droite à la tête du pouvoir. Ils ne nous ont vraiment pas raté ! Nicolas Sarkozy s’est beaucoup exprimé sur notre affaire, c’est ce qui a mis le feu aux poudres. Le message qu’il voulait faire passer : « On ne tire pas impunément sur les forces de sécurité ! » Il fallait donc que des têtes tombent pour donner l’exemple !

Avant de purger votre peine, que pensiez-vous des forces de l’ordre et de la justice ?

Pour moi, il s’agit de gens vivant dans un autre monde. Ils ne savent pas ce que nous vivons, mais ils nous cataloguent. Ils nous méprisent tout simplement, après il y a des bons comme des mauvais, c’est partout pareil !

Aujourd’hui, votre regard a-t-il changé ?

Non. Tout ce qui m’est arrivé vient confirmer certaines choses que je pensais ! Avant, je me disais qu’il n’était pas possible d’aller en prison pour rien. Maintenant je sais que c’est possible ! J’ai appris à mes dépens qu’il existe une certaine manipulation au niveau de la justice et des politiques. C’est une équation hyper complexe !

Comment affronte-t-on la prison quand on est innocent ?

Soit tu le prends avec philosophie ou soit tu es réfractaire ! Tu t’enfermes dans quelque chose de vindicatif. Ce qui te pousse inévitablement à être en marge et contre la société. Il y a une troisième option, c’est le suicide ! Prendre des médicaments, devenir un légume. Ce stade survient quand on ne maîtrise plus rien. On tombe dans ce cercle vicieux surtout si l’on n’est pas bien entouré !

On dit que la prison est l’école du crime, qu’en pensez-vous ?

C’est exactement ce qui se reflète en détention, dans la cour de promenade. Personnellement, je suis arrivé en réclusion avec un casier vierge et aucun antécédent judiciaire. Lorsque j’ai été incarcéré, j’ai été mis en isolement. Par la suite, j’ai été dans une prison où la plupart des détenus vivaient de l’économie parallèle : « des braqueurs, des escrocs, des vendeurs de drogues… ».

Tu côtoies des gens qui peuvent t’apprendre en un rien de temps à monter un business. Il faut dire que toutes les conditions étaient réunies pour sombrer dans cette spirale. Pour ma part, le mental a pris le dessus, avec la force que m’a procurée mon entourage. C’est certes un engrenage, mais on n’est pas obligé de tomber dans ces travers. On a toujours le choix !!

Des détenus vivent leurs détentions à l’aide de la musique ou du dessin, comment êtes-vous venu à l’écriture ?

C’est simplement suite à tout ce que j’avais vu ou entendu dans les médias. Ça m’énervait car je ne me reconnaissais pas là-dedans ! Je trouvais que les noirs de France n’étaient pas assez représentés. J’en vois très peu à télé. On parle de banlieue, mais c’est toujours les personnes qui n’y connaissent rien ou très peu, qui traitent la question. Il fallait que je pose noir sur blanc mon vécu et le raconter à qui voulait bien l’entendre. Un jour, j’ai pris ma plume et j’ai noirci ma feuille. J’en ai fait un journal intime. Je l’ai incorporé par la suite dans mon bouquin.

À la base, cela devait être une simple interview que je devais faire avec la journaliste Aurélie Foulon, à ma sortie. Nous sommes restés en bons termes car c’était l’une des seules journalistes à prendre de mes nouvelles. Et puis, je me suis rendu compte que mon histoire avait matière à être exploitée. Un jour, je l’ai appelée pour avoir quelques pistes à suivre afin d’écrire un livre. C’est dans cette dynamique que nous avons été amenés à écrire ensemble. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice. Aurélie, c’était le style journalistique, l’investigation dans le récit. Moi, je livrais plutôt mon témoignage sans détour, écrit avec le cœur.

« Préjugé(s) coupable(s) » est-il le fruit d’une blessure ou d’une reconstruction ?

C’est le mélange d’une blessure, d’une reconstruction, d’une cicatrice judiciaire et de quelque chose d’inachevé. Dans un arbre, il n’a pas qu’un seul fruit qui pousse ! Donc « Préjugé(s) coupable(s) » est le fruit de toutes ces choses !

Vous aviez un rêve avant la prison, qu’en est-il aujourd’hui ?

J’ai toujours des rêves ! Celui qui reste le plus important, c’est de réussir ma vie. En ce moment j’ai repris l’école de la deuxième chance, pour me remettre sur les rails ! C’est l’occasion de passer des diplômes pour devenir éducateur. Parallèlement, je me suis lancé dans le social, pour faire connaître mon histoire.

Je fais un peu le tour de France dans les quartiers pour parler de la prison, de la justice, de la banlieue. Je pense que le débat avancera mieux si les acteurs vivant sur les lieux se prononçaient davantage. Si mon histoire peut aider à faire changer les choses, j’en serais ravi. J’ai écrit un scénario qui relate mon histoire et je suis à la recherche d’un producteur pour porter le projet. Détermination, discipline et travail, ce sont trois mots pour aller de l’avant. Il faut toujours y croire car la vie est un combat.

Lansala Delcielo

Les réactions des internautes

  1. Vendredi 18 janvier 2013 20:59 gnafronmarcel

    il n avait qu a rester terre chez lui
  2. Dimanche 13 janvier 2013 20:32 dodo

    un innocent bien sûr! voir sur youtube "2 flics se font jeter d'une cité" arrêtez de nous bourrer le moux!
  3. Dimanche 13 janvier 2013 11:27 Samson

    Au lieu de proposer à la 'jeunesse " française un multiculturalisme à tout va ,mieux vaut lui donner d'abord une bonne instruction française.Qu'elle sache bien parler sa langue et son écriture . Qu'elle sache l"histoire parcourue par ceux qui ont construit ce beau pays de France .Qu'elle sache d'où vient cet héritage fabuleux que des esprits nauséabonds voudraient détourner au profit d'étrangers . On n'a jamais rien donné aux français . Tout a été gagné de haute lutte contre les adversités . Notre histoire est pleine de malheurs mais nous n'avons jamais désespéré .Le pays doit se reconstruire tout seul .La main d'oeuvre venue d'ailleurs est nocive quand elle est pléthorique .Avant de démarrer à nouveau ,nettoyons nos écuries .C'est un devoir salutaire . NB: 6000 français vivent au Mali . Mais ,des dizaines de milliers de maliens sont ,eux en France . Le Mali étant un des plus grands émetteurs de migrants vers la France . Cette population d'expatriés ne sembles pas vouloir s"engager pour délivrer leur pays de la main mise des islamistes . C'est le président Hollande qui s'en charge .Oubliant qu'en France meme de nombreuses zones d'insécurité menacent la paix civile .Le président sort de son immobilisme pour endosser la tenue d'agent des pompes funèbres . Tout comme un certain Sarkozy , vous le verrez dans la semaine saluer la dépouille de nos soldats tués ,remettre des légions d'honneur à titre posthume aux parents ,aux veuves et aux orphelins .Le destin de la France doit se jouer en priorité en France . Le multiculturalisme est un hochet pour les nantis , les hyper intellos et les bobos
  4. Samedi 12 janvier 2013 16:33 Guermante

    Bon courage à ce jeune homme. J'espère que la vie lui sera positive désormais.
  5. Samedi 12 janvier 2013 16:10 copte

    le multiculturalisme c'est formidable si une culture n'essaie pas d'en éliminer une autre. D'autre part le mélange permanent entraîne l'affadissement de chacune des cultures....
  6. Samedi 12 janvier 2013 10:23 jps

    S'étonner d'être pré-jugé coupable quand on se met en permanence en position d'être préjugé. La société met facilement dans des cases et la case dans laquelle sont rangés les jeunes des cités n'est pas la plus brillante. Mais cette case, ils l'ont choisie ou elle leur a été imposé par la cité. Ils l'ont choisie par la différence affichée, la volonté de ne pas s'intégrer à la communauté nationale et à recréer des communautés ethniques et religieuses, ils l'ont choisie par leur look différent, par leur langage et leur vocabulaire, par leur agressivité en bande, par toutes les grandes et petites incivilités dont sont victimes ceux qui les croisent. Ils l'ont choisie en voulant ne pas être français. Je suis de tout coeur avec ce jeune homme qui a fait de la prison en étant innocent, je n'aurais pas supporté cette injustice. Mais le titre de son livre accuse une fois de plus, toute la société et ne semble pas vouloir analyser le pourquoi de ces préjugés.
    • Samedi 12 janvier 2013 13:08 Bondynoise

      " Ils l’ont choisie par la différence affichée, la volonté de ne pas s’intégrer à la communauté nationale et à recréer des communautés ethniques et religieuses, ils l’ont choisie par leur look différent, par leur langage et leur vocabulaire, par leur agressivité en bande, par toutes les grandes et petites incivilités dont sont victimes ceux qui les croisent. Ils l’ont choisie en voulant ne pas être français." C'est le même discours que tient le maire de Montfermeil. Il sait de quoi il parle, il est confronté à de graves problèmes dans sa commune. Le multiculturalisme ? Il consiste, dans certains quartiers, à faire accepter les règles de vie de l'autre qui sont en désaccord avec la démocratie. Ceux qui disent le contraire nient la réalité. Je remets le lien. http://www.francesoir.fr/actualite/societe/xavier-lemoine-republique-court-catastrophe-148488.html
    • Samedi 12 janvier 2013 10:48 Samson

      les meilleurs accusateurs de la France restent tout de meme l'élite gauchière et bobo .Les banlieues n'ont qu'à enfourcher la leçon de détestation qui leur est donnée chaque jour .
      • Samedi 12 janvier 2013 11:01 jps

        Les grands thèmes de l'élite gauchière et bobo comme vous dites n'ont jamais été la détestation de la banlieue mais au contraire la gauche bien pensante a toujours eu des oeillières en ce qui concerne les communautés, elle n'a jamais voulu voir les dangers du multiculturalisme pour la cohésion sociale. Elle a joué le rôle de la bourgeoise pratiquant la charité, dans le roman du 19ème siècle en distribuant des subsides ne voulant pas voir que l'absence d'autorité à l'école et surtout dans la famille ne pouvait que générer des délinquances. Heureusement celà n'est valable que pour une minorité, je crois et j'espère que la grande majorité des jeunes "issus de l'immigration" sont parfaitement bien intégrés. Il suffit de voir dans les reportages télévisés les noms des avocats, médecins, chefs d'entreprise interviewés.
  7. Vendredi 11 janvier 2013 12:16 blanche colombe

    je lis cette phrase qui me choque "Je trouvais que les noirs de France n’étaient pas assez représentés. J’en vois très peu à télé. " c'est une phrase "raciste " au possible ,quel est le cheminement mental qui a fait croire que l''on ne peut être représenté que par son semblable ? il faut absolument sortir ces idées nauséabondes car cela voudrait dire qu'il faudrait faire des quotas et donc de la ségrégation quant aux noirs ,je précise à ce jeune homme que lorsque j'avais son age ,il n'y en avait pas ou très peu en France métropolitaine regardez les photos de mai 68 ,vous y verrez peu de noirs et de maghrébins je suis d'une génération qui a vu arriver les personnes "colorées" en France et les gens de ma génération occupent encore les postes dirigeants parce qu'ils étaient les seuls à pouvoir les occuper cela sera différent pour la génération de mes enfants je compare dans le même lycée mes photos de classe et les leurs et je vois la différence des visages ,elle saute aux yeux ,les français de ma génération ont accueilli des noirs et des maghrébins alors un peu de respect pour ma génération qui n'a pas fait de" racisme" elle , puisqu'elle a laissé vos parents venir en France et y vivre !
    • Samedi 12 janvier 2013 16:07 Bondynoise

      "Je compare dans le même lycée mes photos de classe et les leurs et je vois la différence des visages ,elle saute aux yeux ,les français de ma génération ont accueilli des noirs et des maghrébins." A présent, une photo de classe d'une école de Bondy serait différente. Les Noirs, les Maghrébins, les Asiatiques sont plus nombreux. Le conseil municipal de Bondy est représentatif de la population. http://www.ville-bondy.fr/mairie/conseil-municipal/les-conseillers-municipaux/
      • Samedi 12 janvier 2013 16:38 blanche colombe

        merci pour ces photos qui devraient faire réfléchir tous ceux qui disent que la France est un pays raciste et xénophobe voilà la preuve ! j'attends tout de suite la remarque --;d'accord !mais dans les conseils d'administration des grandes entreprises ,il n'y en a pas c'est évident mais ce n'est pas à cause du racisme et de la xénophobie ,c'est simplement parce que l'ascenseur social est en panne et il est en panne pour tous les enfants des classes populaires ,blancs franco français y compris c'est d'ailleurs pour cela que la discrimination positive serait néfaste --d'accord !mais le taux de chômage des enfants d'immigrés est plus élevé dans les banlieues sans doute ,mais peut être que les enfants des franco-français qui ne trouvent pas de boulot sur place ,partent ailleurs ,ils sont plus mobiles
  8. Vendredi 11 janvier 2013 11:12 commandant minos

    Noella, l'article ne dit pas que les jeunes à moto ont été tués par la police, mais tués par le choc avec la voiture de police. Les interprétations n'engagent que le lecteur. Mais sur le fond, on peut regretter qu'on oublie que des policiers ont été victimes de tentatives de meurtres, ont été tabassés, que des voitures, des locaux ont été incendiés à la suite de la conduite imbécile de deux gamins que notre société laxiste et lâche est incapable de gérer.
  9. Vendredi 11 janvier 2013 09:39 Euhhh

    Mara Kanté chez Zemmour et Naulleau. http://www.youtube.com/watch?v=4n2eYIWhIHA
  10. Vendredi 11 janvier 2013 09:00 commandant minos

    Mara est un démon tentateur dans la tradition bouddhiste. Le Mara présenté ici a lui résisté à la tentation.
  11. Vendredi 11 janvier 2013 08:58 commandant minos

    Pas un mot sur les émeutiers ... Est-ce que Mara leur en veut ?
  12. Vendredi 11 janvier 2013 08:06 Rufus

    Oui....oui.... on a bien compris. C'est tous des méchants !!!!