Birmanie : le cauchemar des musulmans

BONDYMONDE dimanche 15 septembre 2013

Par Hugo Nazarenko-Sas

TOUT AZIMUT 2/4. Minoritaire dans un pays bouddhiste, les fidèles d’Allah, à l’instar des Rohingya, ont longtemps été privé de droits et continuent à faire l’objet de persécutions. Les conflits interethniques et inter-religieux sont fréquents et se soldent dans le sang et la quasi indifférence du gouvernement en place.

Il est midi à Yangon. Entre deux averses, le soleil frappe de ses rayons la plus grande ville de Birmanie. Un homme d’âge mûr, élégant et bien vêtu, m’aborde : « Take care of Muslims ». Le voilà, m’expliquant que les musulmans en Birmanie sont l’incarnation même du diable. Toujours prêts à escroquer, avides et avares. Puis, me désignant un homme à califourchon sur son vélo, portant une longue barbe teinte au henné : « lui par exemple, il ne faut absolument pas lui faire confiance ». Paroles crues. Pigment du paysage birman actuel. Les musulmans au centre du tableau, pris pour cible.

carreBirmanie121 mars dernier. Meiktila, dans le nord du pays. Un marché. Une dispute éclate entre un vendeur d’or musulman et ses clients bouddhistes. Simple fait divers qui allume les flammes de l’enfer. Trois jours d’émeutes et la ville s’embrase. Le bilan officiel – pour beaucoup sous-estimé – rend les comptes : 44 morts, 27 mosquées et 14 madrasa, les écoles islamiques, incendiées. À feu et à sang.

Deux mois plus tard, le 21 mai, sept musulmans sont condamnés. Dans le même temps, sur les trente-huit bouddhistes qui ont été poursuivis, seuls deux d’entre eux ont écopé de peines de prison. Jusqu’alors, on savait les Rohingya, ethnie musulmane vivant dans le nord du pays, opprimés et privés de nationalité. Les plus persécutés au monde selon l’ONU. Tous les musulmans sont dans l’œil du viseur désormais. La haine se propage et prospère.

Retour a Meiktila. Le moine extrémiste Wirahatu fonde le mouvement « 969 », chiffres porteurs de paix dans le bouddhisme. L’homme aime lui même à s’appeler le « Ousama Ben Laden birman ». Le décor est planté. Sa doctrine tourne autour de deux idées : nationalisme fort et racisme forcené. Il appelle au boycott des magasins tenus par des musulmans. Le message est bien reçu, semble-t-il. Dans la plupart des villes traversées, les restaurants tenus par des fidèles d’Allah font salle vide.

Pour justifier le boycott, certains se cachent derrière des prétextes. A l’image de cet adolescent, rencontré sur les rives du Lac Inle, au nord-est du pays qui prétend prendre part au boycott avant tout parce que les musulmans pratiquent des prix déraisonnables. Le résultat est le même. Et apporte de l’eau au moulin de la haine. Et celle-ci devient aveugle.

Lac Inle toujours. Région où les musulmans ne sont pas légion. Je discute avec une restauratrice.  “Les musulmans je ne les aime pas. Ils m’effraient“. Pourquoi ? ” Je ne sais pas“. L’endoctrinement prend le pas sur la raison. Puis, me parlant d’un client occidental qu’elle avait reçu quelque temps auparavant : « Il était barbu et ressemblait à un musulman. J’étais méfiante ».

Birmanie3Méfiants, les musulmans le sont aussi. So Pyay est étudiant en ingénierie à Yangon. Brillant, il a un tort, il est musulman. Il raconte son dernier entretien d’embauche : « Les examinateurs prennent mon CV, y jettent un coup d’œil et me disent : ‘si tu étais bouddhiste c’était bon, on te prenait‘ ». La violence, il la vit au quotidien, trahi par sa barbe naissante dans les transports en commun.

« Chaque fois que je prends le bus, les gens me regardent d’un œil mauvais ». Pour lui, le gouvernement actuel attise le feu, tenant avec l’islam un bouc émissaire, camouflet idéal pour détourner le regard de ses propres actions. Et l’État qui cherche à assouvir sa faim pousse ses musulmans vers la fin. Et vers l’exil. So Pyay dit avoir « peur pour demain. Je voudrais quitter ce pays. »

Autre élément d’inquiétude, le quasi mutisme d’Aung San Suu Kyi. Coincée dans des calculs politiques en vue des élections législatives de 2015 où elle est candidate, la dame de Rangoon n’a pas condamné les violences de peur de se mettre une partie de son électorat bouddhiste à dos. Pour les 6 millions de musulmans que compte la Birmanie, l’espoir de voir de meilleurs lendemains est voilé.

Il est midi à Yangon et la pluie a repris.

Hugo Nazarenko-Sas

Les réactions des internautes

  1. mercredi 18 septembre 2013 12:15 SY Moussa

    Merci de signer et de faire tourner la pétition en faveur des Rohingyas : http://www.change.org/fr/pétitions/au-gouvernement-birman-et-à-la-communauté-bouddhiste-arrêtez-le-massacre-des-rohingyas-en-birmanie
  2. lundi 16 septembre 2013 16:13 AbouAdem

    Les plus persécutés au monde selon l’ONU. Ce qui me désole, c'est que le sort de nos frères Rohingya ne suscite pas beaucoup d’intérêt. Moi-même, je n’ai "découvert" leurs existence que l'an dernier ! Pourquoi nous nous enflammons pour le sort des palestiniens (à raison) mais sommes nous peu intéressé par le sort d'autres sur cette terre. J'ai honte et je demande pardon à nos frères Rohingya.
    • mardi 17 septembre 2013 10:06 talleyrand

      On peut aussi s'interroger aussi sur le sort des bouddhiste de Bali que les islamistes de Jakarta voudraient empêcher de pratiquer leur culte et imposer la charia sur toute l'île. Ceci n'excusant pas cela.
  3. dimanche 15 septembre 2013 13:23 hop HOPE

    N'est-ce pas une façon plus ou moins" connue" d'opérer Les ennemis montrés du doigt ,désignés comme tels ,Ceux qu'il faut "réformer"ou amener à penser autrement Ceux que l'on peut tuer ou détruire de quelque façon que ce soit ETC..ETC..Cela ne se se pratique pas qu'en Birmanie Chaque individu maltraité , lèsé dans son corps ,ses biens ou envers sa famille voire tué de quelque façon que ce soit EST UN ACTE CRIMINEL qui devrait être puni sévèrement afin d'éradiquer cette façon d'opérer dans quelque lieu sur cette planète ou il se produise N'est-il pas dit diviser pour mieux rêgner , comme cela existe à tous les échelons de la société point n'est besoin de rêver à un changement de fonctionnement éventuel
  4. dimanche 15 septembre 2013 12:18 l'observer

    Ne vous focalisez pas sur les musulmants, le Myanmar c'est plus de 50 millions d'habitants pour 135 ethnies !! La situation est bien plus complexe que cela. Toutefois, vos 2 articles sur la "Birmanie" sont plaisants à lire
  5. dimanche 15 septembre 2013 09:33 doste remtoula

    Ces musulmans sont avant tout des Indiens et des bengladais, par consèquent ces 2 pays devraient intervenir militairement en Birmanie aux lieu de rester les bras croisés, honte à eux surtout à l'Inde pour avoir reçu Aung san shu ki.
    • lundi 16 septembre 2013 13:10 Bof

      Les Rohingyas ne sont ni indiens ni bengalis. Les Rohingyas sont des Rakhines convertis de gré ou de force à l'islam par l'empire Mogol. Ils se sont métissés avec des perses, des arabes et des portugais. L'Inde n’interviendra jamais, elle a déjà suffisamment de problèmes avec les musulmans d'Inde, le Bangladesh et le Cachemire. Quant à une intervention du Bangladesh au prétexte que les birmans massacrent les Rohingyas alors cela légitimerait une intervention birmane au Bangladesh qui eux massacrent les Rakhines. La réalité est que même si le Bangladesh finance certains Rohingyas pour "embêter" la Birmanie, ni le Bangladesh, ni la Birmanie ne veulent entendre parler de l'indépendance de l'Arakan (terre historique des Rohingyas et des Rakhines). Le problème religieux dans la région est comme du sucre glace sur un gâteau, c'est beau mais ce n'est pas l'essentiel de la recette. Il s'agit ici d'une guerre politico-ethnique. Les birmans détestent tout ce qui n'est pas birman d'un point de vue ethnique et les massacrent. Ce n'est pas nouveau. Ils ont massacré les Môns pourtant ce sont les Môns qui ont converti les birmans au Bouddhisme. Ils ont massacré (le père de Aung San Suu Kyi quant il était le grand patron de la junte militaire) les Karens (chrétiens). Il y a un point commun entre les Môns, les Karens, les Rakhines et les Rohingyas. Ils sont tous des autochtones (des De Souche) sur cette région et les birmans sont des envahisseurs venus du Sud-Est de la Chine.
      • lundi 16 septembre 2013 16:15 AbouAdem

        Merci pour ce complément d'infos qui mets en exergue le profond racisme des birmans incarné notamment par ce moine extrémiste Wirahatu
    • dimanche 15 septembre 2013 11:20 commandant minos

      et pourquoi pas appeler au jihad pour aider les frères birmans pendant que vous y êtes !
      • mercredi 18 septembre 2013 07:20 orsomani

        Chrétiens et Alaouites en Syrie sont égorgés aussi dans un grand silence des pays occidentaux . Mieux ,ils sont menacés de bombardements aux Tomawaks .Allez svoir pourquoi les chrétiens ,en Egypte comme au Liban et en Syrie ,doivent disparaitre