Stainsbeaupays : « Ce n’est pas une classe mais une famille »

AMBIANCE jeudi 5 décembre 2013

Par Hana Ferroudj

Stainsbeaupays c’est l’histoire d’une classe, les 3,3, qui pendant une année ont filmé, monté, écrit, joué dans un web-documentaire désormais en ligne dans son intégralité. Hana a assisté à la soirée de lancement, à Stains (93).

Mardi soir, les élèves de la classe « 3.3 » du collège Joliot Curie de Stains étaient à l’honneur. La cérémonie a eu lieu à « la Maison du Temps libre » près d’une cinquantaine de personnes étaient présentes. Les anciens collégiens se sont mis sur leur trente-et-un, l’un d’eux avait même sorti le costume. La joie de se retrouver se lissait sur les visages des élèves, mais aussi de la production et des deux professeurs Johanna Lerena et Cécile Dulucq qui ont participé au projet. Tout le monde a pris place sur les sièges, impatients de voir le web-documentaire réalisé par Simon Bouisson et Elliot Lepers.

Vingt collégiens âgés de 14 ans se sont lancés dans l’aventure d’un web-documentaire. Les vedettes de ce projet sont : Ptissem, Mariam, Yacine, Ludwing, Chris, Ilies, Maeva et bien d’autres qui étaient présents dans la salle. L’expérience a duré une année. Une année pendant laquelle les réalisateurs se sont imprégnés de Stains en côtoyant au quotidien ces collégiens. Pour faire ce web-documentaire, les « 3.3 » ont fait référence à leurs vies, leurs rêves, leurs inspirations… La drague, l’image négative que Stains et plus généralement une ville de Seine-Saint-Denis peut renvoyer, ont été des thèmes de prédilection. Ce web documentaire est avant tout une aventure humaine et une démarche citoyenne.

IMG_8619IMG_8619Il met en lumière la créativité et l’imagination des jeunes élèves qui se sont pris au jeu. Ils se sont essayés à différents métiers : caméraman, comédien, preneur de son, scénariste… Ce web documentaire leur a permis de se révéler à eux-mêmes, mais également auprès de leurs professeurs. Une vraie complicité s’est créée au fil des mois entre l’équipe du tournage, les collégiens, les professeurs, mais aussi avec les intervenants. Comme le souligne l’un des réalisateurs, Elliot Lepers : « Nous avons toujours été étonné de voir la qualité de la classe. Moi, je n’avais pas ressenti ça quand j’étais élève au collège, car en fait ce qui était précieux, c’est qu’il y avait un projet qui fédérait et donc tout le monde avançait en même temps et tous partent du même niveau et ça, c’est rare… En fait, tout le monde a été à égalité et a pu avoir son moment, a pu s’exprimer et exister. On s’est souvent dit en rentrant de Stains après nos après-midis, ‘c’est fou il y a des stars dans ce film’. Tout le monde a apporté énormément et avait une personnalité forte ».

Dans la salle, Ilies prend la parole pour donner son avis sur l’esprit du tournage : « ce n’est pas une classe, mais une famille, on n’avait pas l’impression de travailler, mais plutôt de s’amuser tous ensemble ». Ce web-documentaire a demandé beaucoup de travail à tous les acteurs de ce projet, notamment pour élèves sachant que pour eux c’était une année charnière, car ils passaient leur brevet et devait choisir leur orientation en fin d’année. Mais tout a été organisé pour que les élèves durant l’année aient leurs cours et les révisions pour qu’ils préparent leur examen dans de bonnes conditions. L’originalité de Stainsbeaupays est le concept de l’interface développé en HTML 5, un format libre utilisé par les réalisateurs pour créer le cercle afin que le spectateur puisse choisir les séries fictions ou documentaires qu’il souhaite visionner et refaire donc son propre web-doc.

IMG_8576Le cercle est composé de deux couleurs : le jaune (12 courts métrages créés par les collégiens) et le noir (ceux de la production). L’idée du cercle vient des collégiens. Le but est aussi par la suite de mettre à disposition le cercle interactif à d’autres établissements afin qu’ils puissent eux aussi faire leur propre projet web-documentaire avec leurs classes. Azzedine Taïbi (Conseiller général du canton de Stains, Vice-président du Conseil général, délégué au Sport) et Julien Le Glou adjoint au maire chargé des sports, ont tenu à être présents aux côtés des élèves et des professeurs. Ayant vu auparavant des extraits de web documentaire, ils sont impressionnés par le travail des élèves.

Julien Le Glou précise l’intérêt de ce projet en s’adressant directement aux jeunes élèves : « Avec cette expérience, vous avez su faire parler de Stains autrement qu’à travers les clichés qu’on peut entendre et que vous subissez parfois lors de vos recherches de stages ou d’écoles… Dans la société française malheureusement, quand on parle de banlieue ou de jeunes de banlieue, on colle tout de suite des étiquettes. En tout de cas de ce que j’ai entendu ce soir, dans ce web documentaire, décolle pas mal d’étiquettes. Et c’est très important que cela vienne de jeunes car il y a un enjeu et une bataille à mener, on le sent bien ». Avant d’ajouter : « On ne prend pas toujours le temps quand on parle de la banlieue de s’y poser, de rester, de vivre avec ces jeunes-là. C’est une belle expérience que vous montrez là et que quand on reste et qu’on s’attache à regarder, avec du temps, ce qui se passe dans les banlieues on découvre des choses différentes de celles que l’on nous rabâche à longueur de temps dans les médias ».

Avant de voir les séries fictions ou les documentaires, des portraits de collégiens sont réalisés pour permettre aux spectateurs de mieux les connaître. Durant la soirée les réalisateurs ont diffusé certaines séries fictions pour les présenter au public. Les réalisateurs n’ont bien sûr montré que trois ou quatre séries pour donner envie aux personnes de se rendre sur internet pour voir ce web documentaire en intégralité.

A l’instar du « Stains Swag », un défilé des acteurs avec leur propre de tenue vestimentaire dans l’ancienne usine de peinture qui est devenue leur QG tout au long du tournage. Ils ne se prennent pas au sérieux. Dans la salle, les élèves rigolent d’eux-mêmes surtout sur la manière dont ils défilent. Autre série fiction réalisée par Mariam qui met en scène, Ptissem amoureuse de Dan. Tout se passe bien entre eux depuis 2 ans. Jusqu’au jour de l’anniversaire de Dan, elle lui achète un cadeau. Ptissem lui a donné rendez-vous pour justement lui offrir, elle se rend donc au parc. Mais un événement va tout bouleverser. Sur le chemin, elle se fait agresser par un jeune qui lui vole son sac.

IMG_8541Dans la rubrique « Stains Humain », est présenté le portrait de Yacine surnommé « Le Moustic ». Il est parfois considéré comme un élément perturbateur en classe, mais il est devenu au fil du tournage un élément essentiel car Yacine s’était investi totalement dans le projet. Chacun se distingue par sa personnalité : entre le charmeur, la timide, le turbulent, la meneuse, mais tous sont aussi attachants les uns que les autres. Leur point commun est l’humour qui est la ligne de fond de ce web-doc. A l’écran, leur complicité et la joie d’être ensemble crevent l’écran. Pour la conception de ce projet, les réalisateurs et les élèves se sont vus près de 8o heures parfois une fois par semaine (le vendredi) et par moments, plusieurs jours dans la semaine.

L’organisation pour créer ces séries fictions était la suivante : les jeunes choisissaient le thème, mais rédigeaient le scénario en ayant dans leur équipe un intervenant extérieur qui les guidait dans leur démarche. Ce projet a beaucoup apporté aux élèves, l’un des professeurs qui a participé à cette aventure confie : « Ils étaient fiers de se sentir considérés et que les adultes gravitent autour d’eux avec un projet. Ils étaient heureux que l’on s’intéresse à eux et qu’on prenne du temps en dehors des heures scolaires et même durant les vacances scolaires. La classe a évolué à ce moment-là. Cela a changé toute la dynamique pédagogique de cette année de 3e qui est hyper déterminante ».

Nelly Leite, autre professeur, se confie : « Je les connais depuis qu’ils sont tout petits, pour certains, car j’étais leur professeur de français en classe de 6e. Et de les voir aujourd’hui grand et dans ce dans projet ça m’a beaucoup touché ». Pour beaucoup ce projet leur a permis de se révéler : « Certains étaient très turbulents et ils ont trouvé une façon de montrer cette facette de leur personnalité dans la classe et d’exister dans le système scolaire avec leur personnalité qui souvent déborde du cadre de ce qu’attends dans une classe où il faut être assis derrière des bureaux où on demande d’écouter les professeurs. En fait, cela nous a permis de sortir de ce système et c’est ça qui a été formidable. Des élèves qui ne sont pas très scolaires pouvaient sortir et exister, car ils avaient une grande aisance à l’oral et d’autres avaient des idées de cadre ou des idées de sujet. Alors que ceux qui étaient très scolaires pouvaient s’illustrer d’une autre manière en sortant de leur réserve » conclut Johanna, émue aux larmes en voyant arriver Iles vers elle au moment ou elle me parle d’Iles, de son évolution et de son implication dans ce projet.

Pour elle, Ilies est un personnage émouvant et à la fois quelqu’un de très complexe, mais de très sensible. Ptissem a évoqué son envie de faire du théâtre. Quant à Marvin s’est confirmée son envie de devenir ingénieur du son et pour d’autres, ils ont découvert le milieu du cinéma. En tout cas, ce projet aura fait naître des vocations et ouvert de nouvelles perspectives pour tous ces collégiens. Derniers mots de la fin, la roue tourne.

Hana Ferroudj

Au mois de janvier 2014, le web documentaire sera diffusé dans 3 salles de cinéma : le Trianon à Romainville, Jacques Tati à Tremblay-en France et à l’Ecran à Saint-Denis .

Crédit photos : Guillaume Colrat / Narrative production