Bande de filles, une bande à part

AMBIANCE, CULTURE lundi 27 octobre 2014

Par Inès El laboudy @InesLabou

Après la Naissance des pieuvres et Tomboy, la jeune réalisatrice Céline Sciamma revient avec un film qui met en scène un groupe d’adolescentes et une histoire d’amitié. Inès était dans la salle.

Samedi 24 octobre, salle 9 du cinéma UGC de Rosny-sous-Bois (93). A l’écran, Bande de filles de Céline Sciamma, qui a fait sensation sur la croisette en mai dernier, va commencer. La salle est presque pleine. Parmi les spectateurs, un groupe d’une trentaine de jeunes de banlieue. Ils bavardent pendant toute les bandes-annonces, j’espère qu’ils seront silencieux pendant le film. Ça y est, ça commence. Première scène, un match de football américain entre des filles de cité. Elles sont presque toutes d’origine africaine et ressemblent à ces filles dans la salle et dans les quartiers. Piercings, tissages, bruyantes mais qui se taisent quand elles passent devant les grands de la cité, elles font rire le groupe qui s’y reconnaît. Je comprends que le silence ne régnera pas.

Au fur et à mesure que le film avance, les grandes lignes tombent : une jeune fille africaine qui se fait battre par son grand frère parfois sans raison et dont la mère fait les ménages de nuit, les filles blacks qui traînent en bande vers Châtelet et provoquent des “groupes adverses”, les bastons entre meufs des cités rivales qui sont filmées et balancées sur le net ou encore le racket des “plus faibles” et les vols… Tout y est. Dans la salle, les réactions fusent, j’ai l’impression de regarder le film en bas de mon immeuble avec les petites du quartier. “Wesh ils ont cru que les filles noires étaient des zoulous ?” balance une jeune fille dans la salle. Les autres ricanent, et un garçon répond : “Arrête de faire genre, t’as le même anneau au nez et tu parles fort comme l’autre avec son corps de bonhomme”. Les éclats de rire résonnent.

Mais quand Mariam alias Vic se rapproche de l’ami de son grand-frère, le peuple UGC Rosny craque : “Eh elle cherche les problèmes elle. Elle va se faire goumer par son frère !”, visiblement les spectatrices savent ce qu’elle risque en agissant ainsi. Vécu similaire ? Exemples autour d’elles ? Qu’importe, elles avaient raison… Elle finira par se prendre une gifle et se faire étrangler. Dès lors, le film pourtant drôle et tout en lumière, devient sombre. Le monde de la nuit, la vente de drogue, la prostitution, “Vas-y c’est quoi ce film chelou là” lâche la jeune femme assise derrière moi avec sa fille de 7 ans. Finalement, les rires laissent place à l’incompréhension. “Mais dans la vraie vie une fille noire de son âge part pas de la maison comme ça”, “genre elles dorment à l’hôtel à 4 dans le même lit ?”, “elles ont pas de parents les trois autres filles ?”, les jeunes pas très discrets s’expriment à haute voix pendant la projection.

Générique de fin, les réactions sont claires : “le film est drôle, souvent vrai, mais c’est trop… Dans la vie c’est pas comme ça”. Sur les réseaux sociaux, les remarques varient, “Très beau film, intelligent, qui se comprend très facilement, mais qui devrait susciter beaucoup de polémiques venant des jeunes africaines de banlieue. Mais je trouve que ce film est un peu ce que l’on voit dans nos quartiers !”, confie Sam. Et je suis d’accord, moi fille d’une cité du 93 depuis la naissance. Bien entendu, il ne faut surtout pas généraliser. Cette bande de filles existe en vrai et probablement dans de nombreuses cités de banlieue parisienne, mais le film en lui même est dur. C’est encore et toujours la même image de la banlieue qui est exploitée et mise en avant : le restaurant kebab de la cité, les gangs, la violence, les vols, le racket, le sexisme profondément ancré dans les moeurs…

Sur Facebook, celles qui se considèrent comme “les soeurs” crient au boycott : “pourquoi aller voir un film qui sali notre image ? C’est une honte pour la fille africaine, on en revient toujours à l’image de la noire qui gueule dans le métro et emmerde tout le monde”. Pas faux… Et si on avait parlé de ces filles africaines qui, malgré un quotidien compliqué réussissent à intégrer Sciences-Po ? Pas sûre que cela cartonne autant au cinéma… Je retiendrai une chose du film : il a en partie été tournée dans ma cité notamment le kebab de la grande dalle… Sympa.

Inès el Laboudy

Bande de filles – Bande-annonce

Les réactions des internautes

  1. mardi 28 octobre 2014 18:19 Julia

    Jeunes africaines... On parle de françaises noires ou d'immigrées du continent africain ?
    • mardi 28 octobre 2014 22:30 ledaron

      Immigrées ? Alors que la plupart sont nées ici !!! Elles sont africaines d'origine et de citoyenneté française.
  2. lundi 27 octobre 2014 16:09 Bay

    Ce film est trés beau, sur les plans, l'histoire. Ne pas prendre ce film au 1er degré, mais regarder d'un point sociologique et de société. Qui parle de cliché ? N'est pas aussi la réalité ? La réalisatrice centre son scénario sur un point de la banlieu ( cette bande de filles ) et alors ? Les filles dans le films sont touchantes. Et si on parlait de " la Haine " de Mathieu Kassovitz ? N'est ce pas film plein de préjugés et de violence ? La scéne insoutenable ne choque pas ? Evidemment non, violence, viol, armes etc ... c'est les mecs et ça ne choque pas ! Bravo à la réalisatrice, beau film ! bravo aux actrices !
  3. lundi 27 octobre 2014 15:06 ledaron

    Ce film ne risque t-il pas de générer des vocations de mise en place de "gang" ( meme si cela peut déjà exister) comme ce fut le cas dans les années 80 avec le film "Warriors" et l'émergence sur Paris et sa région des Requins Vicieux,Black Dragoons et autres ? Dans quelles mesures la culture urbaine des USA impacte-t-elle une réalité française ? Ne sommes-nous pas dans le cercle vicieux de "montrer " et de risquer de susciter ? La question se pose.
  4. lundi 27 octobre 2014 14:10 Line

    Bonjour, Je n'ai pas vu le film, en tout cas pas encore... Après tout c'est une fiction et je me dis qu'elle a bien le droit de monter le film qu'elle veut. Qui sommes -nous pour lui dire : tu aurais dû montrer les choses de ce point de vue là, dépeindre les gens ainsi, ne pas utiliser ces termes là... Ce film dépeint une certaine réalité mais ce n'est pas un documentaire ! Et encore un documentaire répond à une problématique, une problématique est tout à fait personnelle. Ceci-dit, je comprends que ça soit difficile de voir certaines choses, la vérité brut, l'impuissance face à certaines pratiques etc... Si on veut faire un film sur Science-Po et les minorités, why not ? Ce n'est pas le propos, la réalisatrice souhaitait parler de ce sujet, elle n'est pas noire ( et quand bien même!) et ne souhaite pas faire de ce film un étendard publicitaire pour l'amélioration des banlieues. Après, il est vrai que les minorités ne sont pas bien représentées dans le cinéma (surtout les noirs, asiat et d'autres). Parlons-en aux réalisateurs, producteurs, cinéma.. PETIONNONS ! Quand même pour une fois que ce n'est pas cliché, essayons au moins ne pas dénigrer mais critiquer sereinement. C'est un film d'auteur, pas une comédie, pas un blockbuster, à mon avis il faut le traiter différemment.
    • jeudi 30 octobre 2014 10:11 marion

      vous n'avez pas tort. en même temps, la France des 15 derniers siècles n'a pas grand-chose à voir avec les kebabs, les jeunes arabo-africains des banlieues. la France c'est les rois de France, c'est la terre des paysans, c'est l'église catholique romaine, ce sont des blancs du Continent. La plupart des arabo-africains de banlieue se sentent déracinés et posent problème en France. Il faut les inviter à retourner dans leurs pays d'origine où ils trouveront la sérénité. Ce qui permettra aussi à la France de redevenir la France: culture classique, Montesquieu, Montaigne, Lully, Molière... loin de la sous-culture des NTM, Rn'B, tags, graffitis et youyous africains!