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Il fut un temps où les concerts gratuits rythmaient les étés des quartiers populaires. Dans les parcs, on retrouvait voisins, cousins et copains. Les parents arrivaient avec une glacière bleue pour éviter de dépenser trop d’argent à la buvette. Les enfants couraient entre les arbres, pendant que des techniciens aux pantalons à mille poches montaient une immense scène où se produisaient jeunes talents et grandes têtes d’affiche.

Plus qu’un rendez-vous musical, ces soirées étaient une certaine idée de la culture : populaire, accessible, ouverte à tous. À l’heure où le prix des billets de concert flambe et où les budgets culturels se resserrent, ces événements deviennent plus rares.

C’est pourtant cet esprit qu’a ravivé DJ Kore le week-end dernier au parc Georges-Valbon, à La Courneuve. Au programme : une soirée Rai’n’B Fever, organisée par Canal 93 dans le cadre du Bel Été, porté par le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. Pour le Bondy Blog, le producteur revient sur son parcours, ses souvenirs d’enfance, le retour de Rai’n’B Fever et l’urgence de se retrouver.

Ce concert rappelle une époque où les concerts gratuits rythmaient les étés. Ça te replonge aussi dans des souvenirs ?

DJ Kore : C’est marrant que tu me poses cette question parce que je me le disais justement tout à l’heure, pendant les balances. Je repensais vraiment au petit que j’étais. Avant, j’étais derrière les barrières. Ces concerts gratuits, c’était l’occasion de voir des gens qu’on voyait à la télé, qu’on entendait à la radio. Aujourd’hui, c’est moi qui suis sur scène.

Ce qui me fait kiffer dans un concert comme celui-ci, en plein été et gratuit, c’est que je suis là pour tous ceux qui n’ont pas pu partir en vacances. Quand j’étais petit, ces soirées, c’était aussi une façon de s’évader. On venait voir des artistes qu’on n’aurait peut-être jamais eu l’occasion de voir autrement.

Je trouve ça chanmé. C’est important de revenir ici, de redonner. Franchement, c’est un vrai kiff.

À quoi rêvait le futur DJ Kore à cette époque-là ?

J’ai eu une éducation assez stricte. Moi, je rêvais juste de bouger un peu, d’aller jusqu’à la Croix-de-Chavaux ou à Vincennes. Je voulais simplement m’évader.

La musique m’a beaucoup aidé. J’avais un petit Walkman Sony extra-plat, avec les petits écouteurs en mousse. Dedans, il y avait des mixtapes de funk que mes oncles me faisaient. Je montais sur mon vélo et je faisais le tour de la cité avec ça dans les oreilles.

Et puis il y avait ces concerts gratuits. Quand la mairie de Montreuil faisait venir de grands artistes comme Youssou N’Dour, c’était énorme.

Tu dis souvent que le Montreuil de ton enfance ressemblait à « un petit New York ». Que veux-tu dire par là ?

Pour moi, le 93 a toujours été un peu différent des autres départements, et Montreuil encore plus. On vivait tous ensemble. Au deuxième étage, il y avait Madame Berda, une Juive tunisienne. À côté, il y avait mon pote Thomas, qui avait un Atari 520 ST et chez qui j’allais jouer. Il y avait aussi ma copine Melody, dont le père était photographe.

Tout ce mélange m’a construit. C’est aussi ça qui explique pourquoi le raï a trouvé une place ici.

Le raï fête cette année ses 40 ans en France. Qu’est-ce que cette musique raconte encore aujourd’hui ?

Le raï raconte nos histoires, nos familles, nos cultures, nos quartiers.

Ce qui est beau aujourd’hui, c’est que cette musique dépasse largement celles et ceux qui l’ont fait connaître au départ. Les jeunes la redécouvrent, la mélangent à d’autres influences, et elle continue de vivre.

Comment expliques-tu le succès de Rai’n’B Fever, vingt ans après ?

Je n’ai jamais arrêté de produire de la musique. En réalité, ce n’était pas un retour à la musique, c’était un retour sur scène. Puis, je me suis rendu compte qu’il y avait une vraie nostalgie. Les gens avaient envie de revivre des émotions, de retrouver cette époque où on était tous ensemble.

Si on compte Marseille, la semaine dernière, on a fait bouger près de 140 000 personnes. Ça montre bien qu’il se passe quelque chose. Je pense que les gens viennent chercher la vraie vie. Aujourd’hui, on passe beaucoup de temps sur les réseaux, chacun derrière son écran. Là, on est ensemble. Il y a une dimension familiale. Dans le public, tu vois les parents, les enfants, les cousins… Tout le monde connaît les chansons.

Propos recueillis par Sarah Ichou

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