Le zouk est mort, vive le zouk. Avec l’ambition de « ressusciter cette musique », le show Zouk All Stars prend la scène au festival Yardland. Fanny J, Kim, Perle Lama, Lynnsha, Lylah des Déesses… La programmation XXL et 100 % féminine se compose des figures emblématiques du genre.
En face, la foule chante toutes les paroles par cœur, sous une marée de drapeaux guyanais, martiniquais, haïtiens. Des duos se créent alors entre fans et artistes qui leur tendent le micro. Le concert se termine sur les paroles du classique « Ancrée à ton port ». D’une seule et même voix, le public crie « Que je t’aaaaaaaaaime ». Et non, le zouk n’est pas mort. Il est même bien vivant.
J’écoutais ces musiques quand j’étais enfant, ça fait tellement plaisir de les rechanter des années après dans un festival de grande ampleur
« J’ai déjà presque plus de voix », souffle Jade à la fin du concert. Avec son amie Marine, elles ont agrémenté leurs tenues de touches de tissu madras pour faire écho à leurs origines guadeloupéennes. « Le zouk est éternel et c’est de la nostalgie », explique Marine, émue. « J’écoutais ces musiques quand j’étais enfant, ça fait tellement plaisir de les rechanter des années après dans un festival de grande ampleur comme celui-ci. »
Jade, Marine et leur amie au festival Yardland ©LiliaAoudia
Le zouk retrouve ses lettres de noblesse
La star du zouk Fanny J a été agréablement surprise par l’accueil et le monde réuni autour de la scène principale. « Je me sens bénie », sourit-elle. « Je n’aurais jamais cru me retrouver sur de grands festivals aux côtés d’artistes qui ne font pas du tout des musiques de niche comme moi. »
L’interprète guyanaise partage sa passion pour le zouk devant un public conquis. « C’est toute ma vie, c’est ma culture, c’est l’amour, c’est l’espoir et surtout l’union », décrit l’artiste. Sur place, les voix des chanteuses se mêlent à celles du public, qui reprend chaque refrain. Pendant quelques instants, la scène et les gradins ne font plus qu’un.
Fanny J sur la scène du festival Yardland ©LiliaAoudia
À l’époque, ces artistes n’ont pas eu l’écho médiatique qu’elles devaient avoir, donc on essaie de rattraper ce temps-là
Longtemps réduit à une image caricaturale, le zouk a vu son histoire et sa richesse largement ignorées. Ainsi, les héritières du zouk ont été absentes des événements comme Yardland. Yasmine Mady, rédactrice en chef du festival, a participé à la curation du Zouk All Stars. Pour elle, cette programmation est une réparation légitime.
« Il y a quelque chose de presque salvateur dans le fait de les voir performer », analyse la journaliste. « À l’époque, ces artistes n’ont pas eu l’écho médiatique qu’elles devaient avoir, donc on essaie de rattraper ce temps-là et de leur redonner la couronne qu’elles méritent avec une main stage, parce que c’est là leur place. »
Réparer l’invisibilisation des cultures afro-caribéennes
Depuis le lancement du festival, il y a trois ans, Yardland a à cœur de représenter les cultures afro-caribéennes dans leur diversité. Cette année, en plus du Zouk All Stars, le festival a organisé, le même jour, un Caribbean World Show avec des artistes très attendus comme 1T1, Miimii KDS, Aknose, N’Ken. « Aujourd’hui, nous sommes venus rendre les lettres de noblesse aux Caraïbes », s’est exclamé DJKillerz, l’animateur du show, au micro.
Le festival a misé aussi bien sur des têtes d’affiche que sur des noms plus méconnus. « En général, dans les festivals, on va retrouver les rares artistes originaires des Caraïbes qui ont réussi à percer un plafond de verre parce qu’ils vendent », expose Yasmine Mady. Mais Yardland a voulu aller au-delà des quelques artistes déjà reconnus, avec une programmation pensée pour refléter davantage la diversité des scènes caribéennes..
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Des événements comme celui-là aident à donner de la lumière à nos artistes
Cette intention a son importance pour beaucoup d’Antillais venus spécialement pour ces scènes. Stephen a 30 ans, il est guadeloupéen et a directement pris un pass deux jours pour Yardland quand il a vu qu’un soundclash Afrique versus Antilles était organisé.
Les rythmes bouyon ou shatta connaissent un succès grandissant. Pour autant, leur appropriation par certains artistes non-antillais donne au public caribéen le sentiment de se faire déposséder de son histoire. « On utilise notre culture mais on n’a pas forcément de crédit, donc des événements comme celui-là aident à donner de la lumière à nos artistes, à faire découvrir nos musiques, c’est important pour les Antilles », souligne Stephen.
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Une musique qui dépasse les frontières
Yardland propose également des temps d’échange. “+590 indicatif mainstream, quand les Caraïbes inspirent la culture mondiale : comment préserver la mémoire ?”, a ainsi réuni Crystallmess, Rudy Jean-Baptiste et Samira Curier autour de la protection du patrimoine musical des îles.
C’est au tour de la musique caribéenne de rayonner
Fanny J se réjouit de voir cette nouvelle génération faire rayonner le bouyon, le shatta, le konpa ou le zouk à l’international. « J’aime dire que la musique, c’est un cycle et aujourd’hui je pense que c’est au tour de la musique caribéenne de rayonner », déclare-t-elle, un brin de fierté dans les yeux. « On n’est plus dans des cases, on fait maintenant des musiques qui sont sur le point de devenir reconnues pour ce qu’elles sont et ça c’est extraordinaire. »
Lilia Aoudia