L’affaire Salah Hamouri : un documentaire retrace son histoire

AMBIANCE dimanche 26 avril 2015

Par Rouguyata Sall @rouguyata

Réalisé par le journaliste Nadir Dendoune, ce film revient sur le sort de ce jeune franco-palestinien emprisonné près de sept ans en Israël. Affaire peu connue, le journaliste a essayé de comprendre le silence des médias et politiques français. Rouguyata a assisté à l’avant-première mardi dernier.

La salle Jean Dame est comble. Près de 300 personnes sont venues dans le 2ème arrondissement de Paris pour assister à l’avant-première du documentaire sur le sort du prisonnier franco-palestinien.

Salah Hamouri a passé près de sept ans dans les prisons israéliennes. Il a été soupçonné d’appartenir au FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) et d’avoir eu l’intention d’assassiner le rabbin Ovadia Yossef, un chef du Shass (parti ultra-orthodoxe israélien) en 2005. Même s’il a toujours clamé son innocence, le jeune étudiant en sociologie de 19 ans aurait avoué devant le tribunal militaire, pour réduire sa peine de moitié à sept ans de prison.

affiche docPour la réalisation de ce documentaire, le journaliste indépendant a opté pour le crowfunding, financement participatif, plutôt que de faire appel aux boîtes de production. Les participants sont sûrement dans la salle, les 245 Kissbankers ayant remporté une invitation pour leur contribution financière au projet. Nadir Dendoune a ainsi collecté 10 452 € pour financer matériel, montage, mixage, étalonnage ou encore achat d’archives à l’INA. Avec le financement participatif, il voulait « être libre dans la manière de faire son documentaire. Et la meilleure façon d’être libre, c’est d’être indépendant ». Le “Kiss Kiss Bank Bank” aura aussi permis de faire connaître le film avant qu’il ne sorte.

Ce documentaire, Nadir Dendoune voulait le réaliser parce qu’il n’a pas compris pourquoi l’affaire de ce citoyen français résidant à Jérusalem, a suscité peu d’intérêt chez ses confrères. Pour lui, « il n’y a pas de sujet tabou. J’ai voulu faire ce film pour qu’on puisse débattre sur cette affaire. C’est une invitation au débat ». Il s’est attelé pendant deux ans à l’investigation retranscrite dans ces trente minutes de documentaire, où il interroge les personnes concernées de près ou de loin par cette affaire, pour comprendre pourquoi le sort de Salah Hamouri n’a intéressé personne en France.

Lui-même n’avait jamais entendu parler du prisonnier, avant de tomber sur l’acteur François Cluzet au JT de France 2 en novembre 2009, qui s’insurge que personne n’en parle, alors que le franco-palestinien était emprisonné depuis quatre ans déjà. Et c’est ce passage télévisé qu’il a choisi pour démarrer son documentaire.

La projection est animée par Raphäl Yem, animateur de télévision et journaliste, qui introduit les deux invités du débat qui suivra le documentaire : Gwenaëlle Lenoir, grand reporter indépendante, et Dominique Vidal, journaliste, ancien rédacteur en chef adjoint du Monde Diplomatique.

On les retrouve ensuite à l’écran, parmi d’autres personnalités médiatiques et experts du Proche-Orient, à l’instar d’Alain Gresh (journaliste), Charles Enderlin (journaliste), Benjamin Barthe (journaliste correspondant au Monde) ou encore Patrick Le Hyaric (journaliste et député européen). Nadir Dendoune a aussi donné la parole à Richard Prasquier, alors président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). La mère de Salah Hamouri et son avocate apparaissent également pour raconter le calvaire judiciaire et la détention du jeune prisonnier.

Tous déclinent au cours du documentaire les raisons pour lesquelles Salah Hamouri n’aurait pas reçu de soutien médiatique et politique au cours de son incarcération.

Du côté des hommes politiques, on y voit avec Gérard Longuet, ministre de la Défense en 2011, apprenant à l’époque l’existence de Salah Hamouri de la bouche d’un auditeur de France Inter. D’autres n’auraient pas voulu parler de cette affaire avec Nadir Dendoune. Notamment les ministres des affaires étrangères sous Nicolas Sarkozy : Bernard Kouchner puis Alain Juppé. Il a vainement tenté de les joindre par mail ou téléphone car il voulait s’entretenir avec les chefs de la diplomatie. Mais ils n’ont pas souhaité lui répondre sur le sujet, selon le journaliste.

« Quand on a une carte de presse, on peut parler de tout »

DebatGilad Shalit est un franco-israélien emprisonné par le Hamas pendant cinq ans, capturé alors qu’il était soldat dans l’armée israélienne. La médiatisation de l’emprisonnement du militaire Gilad Shalit est mise en face de l’invisibilité du civil Salah Hamouri. Gilad Shalit est aussi à l’origine de la libération de Salah Hamouri. Fin 2011, il a retrouvé la liberté en échange de la libération d’un millier de prisonniers palestiniens, dont Salah Hamouri, qui avait presque purgé sa peine.

Après la projection, les spectateurs sont invités à débattre avec le réalisateur, Gwenaëlle Lenoir et Dominique Vidal. Pour Nadir Dendoune, ce documentaire sert aussi à parler du malaise qu’il peut y avoir dans certains médias à parler de la Palestine. Pour lui, « quand on a une carte de presse, on peut parler de tout ». Les échanges se poursuivent sur les difficultés rencontrées par certains professionnels pour traiter le conflit israélo-palestinien, « le seul conflit au monde où on demande aux journalistes d’être équilibrés ».

Au milieu des interventions, un spectateur ne manque pas de rappeler l’actualité de Salah Hamouri : depuis le 27 mars, il est soumis à un ordre militaire qui lui interdit de circuler pendant six mois dans les territoires palestiniens occupés, au motif de « raisons de sécurité pour l’État et les citoyens d’Israël ». Il ne pourra vraisemblablement pas se rendre à Ramallah en juillet prochain, pour son examen final qui devait faire de lui un avocat.

Le documentaire sera diffusé le 28 mai en ouverture des 5èmes rencontres nationales des médias libres et du journalisme de résistance à Meymac en Corrèze. D’autres projections en cours de programmation devraient avoir lieu au sein de réseaux militants, à Nevers le 12 juin et à Bourg-en-Bresse le 7 novembre, la ville où Salah Hamouri est né.

Pour une diffusion plus large, Nadir Dendoune songe aussi aux chaînes de télévision ou peut-être un site internet. A suivre.

 

Rouguyata Sall

 

 

 

 

Les réactions des internautes

  1. lundi 4 mai 2015 12:13 sabirato

    SH, c'est pas ce membre du FPLP - organisation reconnue terroriste par le canada, les EU et l'UE - qui devait commettre un attentat en Israël ? 20% de la population Israélienne est arabe. Pourquoi il a été arrêté lui. Question nadir dendoune, il apporte pas son soutient aux organisation comme l'OCML VP qui réclame notamment la libération de terroristes comme GI abdallah. Comme quoi il a de la constance dans les idées
    • mardi 5 mai 2015 21:22 rosebonbon

      Il faut que la paix s'installe dans cette région c'est vitale pour les deux peuples et pour la région entière. Les instances internationales doivent tout faire en ce sens. Il n'est plus possible de laisser la situation comme ça des millions de morts, de blessés, d'orphelins et d'handicapés... La paix doit être imposée de force, "on ne peut pas dire vouloir la paix et continuer la colonisation des territoires, construire un mur, en plus de l'embargo..La paix doit être un des enjeux principaux.
  2. vendredi 1 mai 2015 18:37 rosebonbon

    Motti: En écrivant ce que vous écrivez, vous confirmer l'idée qu’Israël n'est pas un pays comme le sont les centaines d'autres pays à travers le monde, ce pays est une démocratie il me semble et pas une dictature pour que vous souhaitiez que personne ne s'y intéresse. Ne pas en parler c'est une forme "d'exclusion" dangereuse pour tous pays démocratique. Vous souhaitez que personne n'en parle, que personne n'y fasse référence, vous ne voulez aucune critiques, on ne doit rien dire sur sa politique... c'est étonnant comme réaction, êtes vous un "anti Charli ". Exclure ce pays de toute critique, c'est pas très républicain, ni démocratique. De plus faire l'amalgame et le lien permanent entre la communauté juive française et Israël c'est importer et entretenir en permanence le conflit israélo-palestiniens sur notre territoire. Les juifs de France sont d'abord et avant tout des citoyen français, Israël ne doit pas s’immiscer en permanence dans notre pays et doit faire comme le font tout les autres pays.
  3. mardi 28 avril 2015 18:38 rosebonbon

    _Actuellement notre pays met tout en oeuvre pour défendre Mr Atlaoui accusé de trafic de drogue c'est tout à son honneur. La France menace l’Indonésie de rompre les relations diplomatique, de "représailles"... je crois. Notre pays remet en cause la justice indonésienne, ses compétences... Pourquoi la France ne fait- elle pas la m^me chose avec tout ces ressortissants, deux poids, deux mesure ce n'est pas très équitable... Mr Salah Hamouri est-il citoyen français, si c'est le cas et à ce titre il doit être défendu, soutenu par notre pays avec la m^me force et la m^me conviction... L'égalité et la solidarité de traitement pour tous, c'est ce que nous citoyen de France attendons de notre pays, de nos politiques et de nos dirigeants.
  4. mardi 28 avril 2015 09:53 semantique

    Les choses ont bien changé en France depuis 2007. Le racisme est exprimé en toute liberté. Et même revendiqué. D'où la montée du FN qui consolide son emprise tant et si bien que les autres partis courtisent l'électorat frontiste. Quelle hérésie pour les prétendus démocrates qui s'humilient dans un discours racoleur de bas étage. L'initiative de monsieur Dendoune est louable parce qu'elle démontre que le Pouvoir, de droite ou de gauche, est INIQUE , traduisant ainsi un manque de courage politique pour ne pas dire une aversion ciblée. De l' injustice naissent toutes les dérives... et la perte de confiance en des responsables "irresponsables" élus aujourd'hui en s'appuyant sur des référents véhiculant une surenchère de la haine et de la peur.
  5. mardi 28 avril 2015 03:01 Bourdin Jean-Claude

    Travail salutaire et courageux qui peut-être arrivera à secouer la pesanteur de la diplomatie française et son parti pris scandaleux. Kouchner, Juppé ... leur silence et éloquent. Espérons que les actuels responsables de la diplomatie feront quelque chose pour aider Salah à sortir de l'enfermement intérieur auquel les autorités israéliennes le condamnent. D'un Etat voyou on n'attend rien d'autre. D'un Etat démocratique comme le nôtre, on attend le minimum: soutenir un citoyen en difficulté. Bon succès au documentaire et merci à tous ceux qui l'ont rendu possible.
  6. lundi 27 avril 2015 23:11 moi

    C'est pas Bondyblog, c'est Afrikblog... enfin, vous allez me dire, "c'est la même chose !"...
    • mardi 28 avril 2015 10:22 rosebonbon

      Vous êtes un "anti Charli " et en plus d'être un anti démocrate et un anti républicain au vu de vos propos. Le Bondy Blog est un site "Made in France" à à part entière ne vous en déplaise.
      • mardi 28 avril 2015 23:05 Exbondynoise

        Le Bondy Blog a été fondé par des journalistes suisses, lors des émeutes de2005. Ils se sont installés à Bondy, dans un rez-de -chaussée de la cité Blanqui. Pendant trois mois, quinze journalistes suisses de l'Hebdo ont écrit des articles qui donnaient la parole à différents Bondynois. Ils ont passé le relais à des blogueurs, qu'ils ont sélectionnés et dont certains ont été formés à Lausanne.Pourquoi cette école du Blog?-----------" Pour lutter contre le nihilisme et la posture de victime permanente( victime de la France, de la colonisation,du racisme, du chômage, etc) affichés par de nombreux jeunes que nous avons interrogés et côtoyés. En faisant d'eux des bloggers, c'est -à-dire des observateurs de leur propre réalité, nous espérons les aider à prendre du recul et à redevenir les auteurs de leur existence." (Serge Michel, journaliste, février 2006)
        • vendredi 1 mai 2015 18:23 jps

          Merci de ce rappel, les "journalistes" actuels devraient s'en imprégner. Vous avez cloué le bec à Rose bonbon qui est sans doute le xème avatar de KLM ou LKM.
          • samedi 2 mai 2015 22:52 rosebonbon

            Le but de vos intervention c'est de "clouer le bec" aux autres, c'est bizarre comme objectif.
  7. dimanche 26 avril 2015 19:47 jps

    Peut être y avait il une légère différence entre une personne condamnée par la justice d'un pays démocratique et souverain, pour tentative d'assassinat terroriste et un jeune soldat effectuant son service militaire kidnappé et emprisonné pendant plusieurs années. Si la France n'a pas réagi peut être avait elle des doutes sur l'innocence de ce monsieur. On peut évidemment se poser la question de la lourdeur de la peine infligée par le tribunal, mais maintenant que nous connaissons nous aussi des actes terroristes sur notre territoire, notre regard est sans doute différent.
    • mardi 28 avril 2015 10:48 rosebonbon

      Actuellement notre pays met tout en oeuvre pour défendre Mr Atlaoui accusé de trafic de drogue c'est tout à son honneur. La France menace l’Indonésie de rompre les relations diplomatique, de "représailles"... je crois. Notre pays remet en cause la justice indonésienne, ses compétences... Pourquoi la France ne fait- elle pas la m^me chose avec tout ces ressortissants, deux poids, deux mesure ce n'est pas très équitable... Mr Salah Hamouri est-il citoyen français, si c'est le cas et à ce titre il doit être défendu, soutenu par notre pays avec la m^me force et la m^me conviction... L'égalité et la solidarité de traitement pour tous, c'est ce que nous citoyen de France attendons de notre pays, de nos politiques et de nos dirigeants.
  8. dimanche 26 avril 2015 12:54 rototo

    moralité vaut mieux etre kidnappeur au mexique ou traficant de drogue en indonesie que militant en israel quand on a un passeport français. Pourquoi je ne suis pas surpris ? ...
  9. dimanche 26 avril 2015 12:07 Luc Lepin

    Article sympa mais vraiment bizarre par ses oublis pour le moins incroyables. Patrick le Hyaric n'est pas "journaliste", il est directeur du journal l'Humanité qui a mené une longue et effectivement solitaire campagne pour sortie Hamouri des geôles israéliennes, une campagne également portée durant des années par les Jeunes communistes, et d'autres organisation de solidarité avec les Palestiniens en particulier par Jean-Claude Lefort, président de l'Association France-Palestine Solidarité, coordinateur du comité national de soutien à Salah Hamouri, C'est si compliqué de dire les choses simplement ? Ou cet article a t-il été écrit sans une seule minute de recherche d'archives ou en tapant "Salah Hamouri" sur Google ou n'importe quel moteur de recherche ce qui aurait conduit directement aux informations ci-dessus. Luc Lepin
  10. dimanche 26 avril 2015 11:15 MORSI

    Très bien l'opposition entre l'immense médiatisation du soldat franco israélien Gilad Shalit et la construction de invisibilité du franco palestinien Salah Hamouri ! Invisibilité entérinée par "nos" ministres : Longuet, Kouchner etc...qui démontre bien l'absence d'égalité entre ces deux personnes. Aucune mobilisation des médias, des politiques pour un franco palestinien alors qu'elle a eu lieu pour le franco israélien !!!
    • dimanche 26 avril 2015 19:24 Motti

      Décidément défendre un terroriste visant à tuer des juifs est votre credo. Israël se défend comme toute autre démocratie et il doit purger sa peine comme les daeshman de France alors allez bloguer en Irak en iran en Arabie saoudite au Qatar en Syrie, la ou des milliers de civils perdent leurs viés sont décapités égorgés massacrés. La ou il y a des millions de réfugiés, d'esclaves.... Lâchez la grappe à Israël !!!
      • mardi 28 avril 2015 11:18 rosebonbon

        En écrivant ce que vous écrivez, vous confirmer l'idée qu’Israël n'est pas un pays comme le sont les centaines d'autres pays à travers le monde, ce pays est une démocratie il me semble et pas une dictature pour que vous souhaitiez que personne ne s'y intéresse. Ne pas en parler c'est une forme "d'exclusion" dangereuse. Vous souhaitez que personne n'en parle, que personne n'y fasse référence, vous ne voulez aucune critiques, on ne doit rien dire sur sa politique... c'est étonnant comme réaction, vous êtes un "anti Charli". Exclure ce pays de toute critique, c'est pas très républicain, ni démocratique. De plus faire l'amalgame et le lien permanent entre la communauté juive française et Israël c'est importer en permanence le conflit israélo-palestiniens en France. Les juifs de France d'abord et avant tout des citoyen français, israel ne doit pas s’immiscer en permanence dans notre pays.