Gwenael Bourdon : « On sentait que des choses n’avaient pas été dites »

AMBIANCE vendredi 23 octobre 2015

Par Hugo Nazarenko-Sas

« Zyed-et-Bouna ». Dans la bouche des journalistes, des politiques, des observateurs, ces deux noms font la paire. Accrochés l’un à l’autre. Un symbole à deux têtes. Deux visages éternisés en noir et blanc. Presque dix ans après le drame qui a secoué Clichy-sous-Bois, Gwenael Bourdon, journaliste au Parisien, publie un livre en collaboration avec Siyhakha Traoré et Adel Benna, les grands frères de Bouna et Zyed. Une plongée dans le quotidien des familles, du jour du drame au procès du 18 mai dernier, qui a conduit à la relaxe des deux policiers. 

Le Bondy Blog : Pourquoi avez vous choisi d’écrire ce récit ?

Gwenael Bourdon : L’idée me trottait dans la tête depuis plus longtemps. Mais au moment du jugement, j’ai eu le sentiment que ca serait utile de raconter l’histoire depuis le jour du drame jusqu’au dénouement. Ça a toujours été difficile pour les familles de parler face aux caméras. On sentait que des choses n’avaient pas été dites et qu’il fallait creuser avec eux.

Comment avez-vous travaillé pour raconter ce drame ?

J’ai multiplié les longs entretiens avec Adel Benna et Siyhakha Traoré (les grands frères de Zyed et Bouna). On a du travailler vite en élargissant les entretiens à des acteurs de cette période là. Il fallait sortir le livre en octobre, au moment des dix ans du drame. Au-delà de cette date symbolique, c’était important pour les familles que ce livre existe. Cela va devenir difficile pour elles de continuer à raconter cette histoire encore et encore. Elles ont besoin de tourner la page.

Quelles difficultés avez-vous rencontré pour écrire ce livre ?

La première, bien sûr, c’était de se replonger dans ces évènements. Ça été un travail délicat pour Adel et Siyhakha de recollecter leurs souvenirs. Certaines versions ne collaient pas toujours, il fallait avoir de nouveaux témoins. Il y a eu un très gros travail de vérification. Pour les grands frères, il y avait aussi la crainte de savoir comment leur parole serait interprétée auprès des lecteurs. C’était très important que l’on ne pense pas qu’ils tiraient profit de ce drame. Cela leur faisait peur.

Vous aviez couvert les événements en 2005 pour le Parisien. Dix ans après qu’est ce que vous avez appris de nouveau ? 

Il y a eu une conclusion à ces dix années d’attente. Un procès qui s’est terminé par la relaxe. Ce que je retiens, c’est que pour les familles, il y a le sentiment d’avoir été oublié.

Au fil des pages, Zyed et Bouna deviennent humains. Ils ne sont plus uniquement des symboles…

On a essayé de comprendre qui ils étaient dès 2005. Mais le déferlement médiatique, les déclarations politiques, puis les émeutes… Les journalistes sont vite passés à autre chose. Il y avait une autre difficulté : c’était des adolescents. De ce fait, ils n’ont pas eu une existence très longue. Enfin, il y avait un dernier obstacle pour les comprendre, l’immense peine que traversaient les familles.

Mais c’était important de leur redonner de l’épaisseur. Et notamment pour dépasser les clichés.
Quand Estrosi fait la confusion avec les deux jeunes morts en 2007 à Villiers le Bel, cela veut dire que, pour lui, qu’ils sont interchangeables. Ce sont des jeunes de banlieue. Zyed n’avait pas vécu toute sa vie en banlieue. Il venait tout juste d’arriver à Clichy-sous-Bois.

C’est ce qui rend ce drame universel. Ce ne sont pas des jeunes de banlieue. Mais deux adolescents qui sont morts.

L’un des personnages forts du récit c’est Muhittin, le troisième adolescent, qui était avec Zyed et Bouna au moment du drame… 

Il n’a pas du tout collaboré à ce livre. On a eu aucun contact avec lui. Le récit a été construit avec ce qu’il a pu dire à l’époque, ce qu’il a dit au procès. Il a la volonté de se tenir à l’écart des médias, il n’a accordé qu’une interview récemment (à Society, NDLR). Ça n’était pas possible de ne pas parler de lui mais il fallait aussi respecter sa volonté de se tenir à distance de tout cela.

Ce qui ressort aussi du livre, c’est l’immense état de choc dans lequel a été plongé le Chêne Pointu, le quartier de Zyed et Bouna. 

Je me souviens quand je suis arrivé là-bas en 2005. J’y ai vu des adolescents pétrifiés. Ils ne pouvaient même pas parler. Ils avaient le sentiment de ne pas être entendus. D’autant que la version officielle niait l’idée qu’ils avaient été poursuivis par la police.

Quelles évolutions avez-vous observées à Clichy-sous-Bois, depuis dix ans ? 

C’est difficile de répondre à cette question. Sur un plan visuel, il y a eu des changements avec la rénovation urbaine. Sur certains aspects, la ville s’est transformée. Mais Clichy souffre encore. Il y a très peu de perspectives pour une partie de la jeunesse. Les transports (le futur métro du Grand Paris, T4) tardent à venir. Et sans transports, l’accès à l’emploi et aux formations est encore plus ténu.

Propos recueillis par Hugo Nazarenko

Les réactions des internautes

  1. lundi 26 octobre 2015 20:36 JP

    Est-ce les familles irresponsables de ces deux voyous ont-ils remboursé le transfo EDF?
    • mercredi 28 octobre 2015 19:24 Tartenpion94

      Vous connaissez les jeunes en question pour les traiter de voyous ? Vous avez l'insulte facile et aucun respect pour les familles c'est triste pour vous ce manque de compassion face à ce drame.
  2. dimanche 25 octobre 2015 08:52 Talleyrand

    Encore un livre qui ne restera pas dans l'histoire, un livre pour rien, la justice a tranché, alors il faut bien semer le doute et etre grandiloquent (le drame universel ) je conseille a l'auteur de l article d'aler faire un tour dans le monde ,et apres il relativisera ces propos , par exemple les jeunes qui sont assassinés par la police israélienne ou aller en Afrique
  3. vendredi 23 octobre 2015 12:41 eric de saint estève

    bonjour, Pardonnez moi d'être cinglant mais "C’est ce qui rend ce drame universel. Ce ne sont pas des jeunes de banlieue. Mais deux adolescents qui sont morts.", dans quels autres endroits de France, des "jeunes" partent en courant à la vue de la police alors qu'ils n'ont rien à se reprocher, parce que l'explication d'Edwy Plenel dans le débat d'hier soir sur le fait qu'ils ne voulaient pas se "faire engueuler" pour un retard quand ils arriveraient à la maison, me semble plus que farfelue, si l'explication finale avait été un contrôle d'identité du à la police les familles les auraient "grondé" quand même, étonnant non???...c'est pile au début du débat hein dans l'intro......... https://www.youtube.com/watch?v=eyXqcAxCAEk .................
    • vendredi 23 octobre 2015 13:23 Tartenpion94

      Toujours les m^mes Bla bla bla......................d'Eric de ......................
      • vendredi 23 octobre 2015 13:47 eric de saint estève

        Oui oui Rose, vous avez raison....Enfin, visiblement les contrôles au faciès sont chose récurrente, les abus des policiers aussi, les tabassages seraient courants, et la peur de se "faire engueuler", alors que tous ces faits sont connus de toutes et tous, et subits par tous les jeunes de banlieue, me fait quand même me poser la question de l'incompréhension supposée de familles qui "gronderaient" des ados arrivés en retard, alors que leur excuse aurait été une règle immuable du vécu des "jeunes de banlieue" avec d'autant plus la certitude de leur honnêteté à rapporter ces faits puisque c'était des "jeunes biens", ça me parait bizarre comme explication, j'ai le droit non???
        • samedi 24 octobre 2015 17:19 Tartenpion94

          Vous êtes en permanence en train de justifier le racisme et les discriminations. Vous êtes en train de nier la réalité que vivent des milliers de personnes en france. Des milliers de femmes sont victimes de sexisme et de misogynie, idem pour les handicapés, les homosexuels, les berbères, les arabes et les noirs. Qui êtes vous pour nier leur réalité, qui êtes vous pour remettre en cause leur propos, vous êtes un anti républicain et par vos propos vous faites honte à notre pays et a nos valeurs que vous bafouer en même temps que vous bafouer vos concitoyen.
          • dimanche 25 octobre 2015 09:31 eric de saint estève

            re Rose, Vous ne savez visiblement pas lire, puisque j'accrédite les faits soulevés par "stop contrôle au faciès", "brigade anti négrophobie" et autres, et puisque ce sont des évènements récurrents, je me pose juste la question du pourquoi se seraient t-ils fait "gronder" ou "engueuler" comme le disent les intervenants, puisque ces phénomènes courants sont connus et dénoncés, l'excuse du contrôle de police pour le retard aurait donc été accepté sans sourciller. Arrêtez de monter sur vos grands chevaux avec toujours les mêmes textes copiés collés, et essayez de comprendre ce qu'il y a d'écrit avant de piocher le texte, qui semble correspondre aux remontrances dont vous aimeriez affubler les personnes qui se posent des questions.
        • vendredi 23 octobre 2015 15:55 Tartenpion94

          Nous ne pouvons lutter contre le racisme et les discriminations si ont passe sont temps à nier cet état de faits. Cette "négation" que vous préconiser en permanence est une insulte aux victimes. Car combien m^me il n'y aurait qu'une seule victime, vous, en tant que citoyen de france vous devriez être indigné. Mais, il semble que les valeurs de la république ne sont pas les votre, pauvre France.
          • vendredi 23 octobre 2015 20:44 El_Guinness

            @TARTEmPION94 - Nous ne pouvons lutter contre l'islam radical si ont passe sont temps à nier cet état de faits. Cette "négation" que vous préconiser en permanence est une insulte aux victimes. Car combien m^me il n'y aurait qu'une seule victime, vous, en tant que citoyen de france vous devriez être indigné. Mais, il semble que les valeurs de la république ne sont pas les votre, pauvre France.
          • vendredi 23 octobre 2015 19:35 eric de saint estève

            re Rose, "Nous ne pouvons lutter contre le racisme et les discriminations si ont passe sont temps à nier cet état de faits", quand "on" veut lutter contre le racisme et les discriminations, "on" fait constater des faits afin que: soit la presse s'en fasse l'écho pour porter la parole, soit "on" porte plainte sur la constatation de ces faits pour aller en justice faire reconnaitre ce racisme et ces discriminations, "on" peut aussi faire des manifestations puisqu'autant de personnes sont concernées par ces discriminations, cela aurait de l'écho, à partir du moment où c'est plutôt un accident malheureux, ça me peine pour les vies perdues inutilement et les familles, mais je ne suis pas indigné non. Et dans "ma république", quand les forces de l'ordre m'intiment l'ordre d'arrêt pour un contrôle, ben j'ai beau être cool et ne pas trop aimer les keufs, mon éducation fait que j'obtempère, plutôt que je me mette à courir pour m'échapper.....