À Sevran, jeunes et policiers transpirent pour plus de dialogue

AMBIANCE jeudi 13 avril 2017

Par Niang Kab

Pour la deuxième année consécutive, les policiers bénévoles de l’association Prox’Aventure ont proposé le temps d’une journée, ce mercredi 12 avril, différentes activités sportives et des ateliers de découverte de leur métier aux jeunes habitants de Sevran (Seine-Saint-Denis). Objectif de cette initiative lancée par le service jeunesse de la ville : créer du dialogue et effacer les préjugés et les barrières qui peuvent exister entre les deux parties, souvent en confrontation. Reportage.

Il est 13h, ce mercredi, place Gaston Bussière à Sevran, à quelques mètres des tours HLM. Ils sont déjà nombreux à patienter sous le soleil et sur des notes de musique. On ne peut pas les manquer avec leur t-shirt jaunes fluo floqués du nom de l’association à l’origine de cette journée sportive et citoyenne, l’association Prox’Aventure. Près de deux cents jeunes garçons et jeunes filles, minoritaires, ont eu une matinée bien chargée, entre la découverte des institutions et des lieux symboliques de leur ville comme le commissariat de police et la mairie. La moyenne d’âge : 15 ans.

L’après-midi fait place aux activités sportives. Au programme : escalade, football, boxe, laser game, mais aussi initiation aux gestes de premiers secours et aux technique de police. La particularité ici, c’est que les jeunes sont accompagnés par des policiers bénévoles de Prox’Aventure. L’occasion de créer des échanges entre adolescents et gardiens de la paix autour des valeurs de la citoyenneté.

“Les journalistes doivent aussi venir quand il se passe des choses positives dans nos quartiers. Tout n’est pas mauvais ici”

L’ambiance est paisible et conviviale. Certains parents sont venus accompagner leurs enfants. Afid Djadaouni, responsable du pôle animations sportives de la ville et principal organisateur de cette journée citoyenne, veille au grain. C’est la deuxième année qu’un tel événement se déroule à Sevran. Les jeunes sont divisés en groupe. Chaque groupe est dirigé par un éducateur, qui les oriente entre les nombreux ateliers. Celui qui aura terminé en premier tous les ateliers aura gagné le plus de points et sortira vainqueur de cette édition. Malgré la fatigue, la joie se lit sur les visages. Certains oublient même que ce sont des policiers qui animent les activités. “On s’amuse avec mes potes, on est en vacances, on en profite ! Les policiers sont gentils. Regarde, ils jouent même avec nous !” s’étonne Moussa Diakité, âgé de 13 ans et en classe de 5ème. Il découvre le matériel et le véhicule des policiers de la Compagnie de Sécurisation et d’Intervention de Paris de la Préfecture de Police.

“Je suis ému, poursuit son camarade à ses côtés. Même si je n’ai jamais eu de problèmes avec la police, je n’imaginais pas qu’un jour je passerais ce genre de moments avec des policiers”. Frangela, qui est en classe de 4ème, en veut à ces médias qui opposent systématiquement jeunes et flics : “Les journalistes doivent aussi venir quand il se passe des choses positives dans nos quartiers. Tout n’est pas mauvais ici”.

Un peu plus loin, deux amis se chamaillent. “Non, je ne suis pas venu pour la police mais pour être avec mes potes. Je n’aime pas la police”, lâche Issa Cissokho, lycéen. Ils disent qu’ils nous protègent, mais c’est pas vrai. Ils nous tapent alors qu’on ne font rien”. Derrière ses longs cheveux bruns en bataille, Éric, qui semble un peu plus âgé, tente de le faire changer d’avis. “Écoute, tu as tort, ils ne sont pas tous mauvais même s’ils portent le même uniforme. Je les kiffe, moi ! Il faut faire la part des choses”. Les deux jeunes ne tomberont pas d’accord aujourd’hui.

C’est grâce à ce genre d’activités qu’on a l’occasion de parler avec les jeunes”

Les divergences existent entre police et habitants des quartiers populaires. C’est le point de départ de la réflexion menée par l’association Prox’Aventure. D’où cette journée privilégiée pour répondre aux interrogations de chacun et lever les malentendus chez certains. “C’est parfois difficile d’être compris par la population parce que le climat peut être tendu. Il faut que les habitants comprennent que la police, c’est un métier comme un autre. On est présent sur le terrain quand il y a un danger. On est gardiens de la paix, c’est notre seul but dans les quartiers”, explique un policier bénévole

Maïva Hamadouche, avec sa double casquette de policière et championne du monde de boxe, est la marraine de cette deuxième édition. Évoluant dans la Compagnie de Sécurisation et d’Intervention de Paris, elle tenait à être présente pour faire partager son expérience professionnelle, sportive et de vie avec les jeunes Sevranais. “C’est grâce à ce genre d’activités qu’on a l’occasion de parler avec les jeunes. Il y a juste un manque de compréhension des deux côtés, reconnaît-elle. Les jeunes ont du mal à nous comprendre quand on procède à des contrôles d’identité. Ils ne voient que le coté répressif de la police nationale alors que nous, on est là pour protéger la population, on est là pour eux”. Elle ne nie pas les tensions qui peuvent persister entre policiers et habitants ni la méfiance de ces derniers. Et poursuit : “Le dialogue s’est tendu parce qu’on a supprimé la police de proximité. Parfois, forcément dans nos missions, on peut se montrer sévères. C’est pourquoi, en dehors du travail, Prox’Aventure veut révéler une autre facette des policiers. Et Sevran, c’est une ville dynamique qui bouge. Ces jeunes-là sont les adultes de demain”.

Son collègue Dimitri enfonce le clou. Il a grandi dans un quartier populaire et travaille dans le XIXème arrondissement de Paris. “Chaque policier a sa façon de faire et chaque jeune a aussi son caractère. Parfois, ça ce passe bien, parfois mal. C’est une relation particulière entre policiers et habitants, pas seulement les jeunes”. Il souligne l’importance de ne pas généraliser les tensions entre les deux parties. “Ce qu’on voit à la télé n’est pas forcément à l’image de la police, avance-t-il, en faisant référence à l’affaire Théo. Les médias aussi ont leur part de responsabilité dans l’image qu’ils donnent de la police”.

Les activités se terminent les unes après les autres. Le sport était à l’honneur. “C’est le moyen qui peut nous regrouper et nous permettre d’échanger sur des sujets qui pourraient rendre la vie plus conviviale entre policiers et jeunes“, justifie Amine, fonctionnaire de la ville de Sevran. “L’idée, c’était de faire passer un message aux enfants, leur dire qu’on peut vivre avec la police”, conclut Jean-Marie, éducateur de sport à Sevran. La journée prend fin, les gagnants retirent leur prix, en présence du commissariat de Sevran et du directeur des sports de la ville. Policiers et éducateurs se félicitent de la réussite de cette deuxième édition et se promettent de renouveler l’expérience.

Kab NIANG

Crédit photos : Yelena FEDOTOVA