35ème jour de grève des agents de nettoyage : les négociations avancent, syndicats et salariés souhaitent poursuivre le mouvement

C'EST CHAUD mercredi 6 décembre 2017

Par Mohammed Bensaber @m_bensaber ET Nassira El Moaddem @NassiraELM

Lors de la sixième réunion de négociation ce mercredi 6 décembre, la direction de H. Reiner, filiale d’Onet, a fait des concessions sur certaines revendications des agents de nettoyage. Insuffisant pour les syndicats et les salariés contactés qui souhaitent poursuivre la grève

“La directrice régionale des services juridiques du groupe Onet était présente pour la première fois. Faut-il y voir une preuve de notre volonté de fer ?” s’interroge Diadie Diakhité, responsable CFDT manutention ferroviaire à la SNCF, présent durant les discussions avec H. Reiner. Au 35e jour de grève des agents de nettoyage de la zone Paris Nord, syndicats et direction de la filiale du groupe Onet se sont retrouvés ce mercredi 6 décembre pour une sixième réunion de négociations à Aulnay-sous-Bois.

Depuis le 2 novembre, la très grande majorité des salariés ont interrompu leur travail pour revendiquer de meilleures conditions de travail. Selon le décompte des syndicats, 95% des salariés étaient encore en grève ce mercredi.

La direction annule les convocations de salariés pour licenciements éventuels

Selon nos informations, la direction de H. Reiner a, en préambule des discussions, accepté de retirer les convocations envoyées à un certain nombre de salariés. “Nous avons accepté de lever les procédures à l’égard des salariés ayant reçu un courrier de convocation”, nous indique, par mail, le porte-parole de H. Reiner. C’est une grande victoire collective à mettre au nom de tous les salariés qui font grève depuis plus d’un mois”, réagit Patrick Liboux, délégué Sud Rail.

Comme nous vous le révélions lundi 4 décembre, trente salariés au moins ont reçu des courriers en recommandé les convoquant à des entretiens pour licenciements éventuels. La direction de H. Reiner nous confirmait lundi 4 décembre au soir l’envoi de ces courriers mais parlait d’un simple “rappel sur les conditions d’exercice du droit de grève, ceci afin de permettre aux salariés non grévistes d’accéder aux gares occupées, pour prévenir au maximum les risques liés à la salubrité et à la sécurité”. 

Avancées sur le panier-repas, la convention collective et la clause de mobilité

S’agissant du contenu des négociations, les syndicats parlent tous d’avancées sur un certain nombre de points notamment sur le panier repas, une des revendications clés des salariés en grève. La direction propose que la prime de panier-repas passe à 4 euros pour les agents travaillant plus de 130 heures par mois. Pour les autres, à savoir ceux qui sont à temps partiel, la prime panier-repas se fera au prorata du temps travaillé“, rapporte Norredine Toumi, secrétaire général FO des personnels de nettoyage des trains et gares d’Ile-de-France et partie prenante des négociations.

“Au cours de cette réunion, nous avons formulé une dernière proposition pour aboutir à un accord sur la revendication portant sur le montant des paniers repas, fait savoir la direction de H. Reiner par mail. Les représentants des salariés grévistes n’ont, à ce stade, formulé aucune réponse définitive à cette proposition”. Les délégués syndicaux nous affirment que cette avancée pourrait être acceptée si la direction accepte de céder sur les autres points de blocage.

Autre avancée pour les représentants syndicaux : selon leurs témoignages, la direction a accepté le changement de convention collective au 15 février 2018. Jusqu’à présent, H. Reiner plaidait pour un passage progressif sur 12 mois. Actuellement, les salariés sont liés à la convention collective nationale des entreprises de propreté moins avantageuse, selon les syndicats, que la convention manutention ferroviaire.

“Nous avons également obtenu que la clause de mobilité soit retirée des contrats de travail et ce quelque soit leur nature, qu’il s’agisse de CDD et de CDI“, rapporte Diadie Diakhité, témoignage confirmé par deux autres représentants syndicaux. Dorénavant, la mobilité se fera en concertation avec le salarié et les organisations syndicales et ne sera pas imposée statutairement”.

Points de blocage : prime-vacances, catégories professionnelles et effectifs

Restent des points de blocage selon les syndicats, notamment sur la prime-vacances. “Onet refuse catégoriquement d’entendre parler de l’augmentation de cette prime qui figure pourtant sur le cahier des revendications des salariés, fait savoir Patrick Liboux. Ces 20% d’augmentation sont importants aux yeux des grévistes. Nous avons même proposé aux dirigeants de la mettre en place progressivement par pallier de 5 points”. 

Onet ne souhaiterait pas répondre non plus positivement au déblocage des catégories professionnelles selon les délégués syndicaux. “C’est bien dommage, estime Diadie Diakhité, car cela donnerait des perspectives d’évolution très intéressantes pour les salariés. Les représentants du groupe Onet arguent du fait que cela ne figure pas dans les conventions collectives. Soit, mais la direction peut très bien le faire dans le cadre d’un accord d’entreprise. C’est dans ses cordes mais elle le refuse”. 

Enfin, selon Norredine Toumi, ce que confirment les deux autres délégués syndicaux, la direction ne souhaite pas pour l’instant entendre parler de transformation de CDD en CDI comme revendiqué par les grévistes. “C’est important que ces personnes soient reprises dans le cadre d’un CDI, pour eux mais aussi pour la charge de travail supplémentaire que cela va représenter pour les autres lorsque leur contrat s’arrêtera. Il faut que la direction fasse un pas supplémentaire à ce sujet”.

Les représentants syndicaux, favorables à une reconduction de la grève, appellent de nouveau les salariés à une assemblée générale, demain matin, en gare de Saint-Denis. “Nous allons leur remonter tous ces points et la décision leur reviendra“, indique Norredine Toumi. Les salariés que nous avons contactés souhaitent tous poursuivre le mouvement social, comme Ousmane : “Ces premiers retours sont positifs mais ce n’est pas assez. On est en grève pour que nos conditions de travail changent réellement”. 

Pour la direction, qui nous a fait parvenir un simple communiqué en guise de réaction à cette réunion de discussion, “les négociations avec les salariés grévistes demeurent la priorité afin de trouver dans les meilleurs délais une solution menant à une fin de conflit et à une reprise du travail”.

Mohammed BENSABER avec Nassira EL MOADDEM

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