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Cette année j’ai décidé de faire les soldes. Pas en tant que cliente, non, mes chèques du Bondy Blog sont insuffisants pour assouvir mes goûts de luxe. Du coup, me voilà vendeuse ou plutôt, plieuse… Premier jour de soldes, les femmes salivent dès l’aube sur les trottoirs avant l’ouverture des magasins. Boulevard Haussmann, c’est la cohue. Ni neige ni verglas par ici. J’entre dans ma boutique et prends mon poste. Les managers sont très clairs, on ne doit pas laisser traîner quoi que ce soit, chaque vendeur a une zone bien précise et se doit de la garder la mieux rangée possible ; moi qui ne range jamais ma chambre, c’est du gâteau ! Je suis prête.

Ouverture ! Les premières clientes sont les plus brutales, de vrais taz ambulants. Elles défont les piles de vêtements les unes après les autres sans ménagement, à la recherche de la bonne affaire. Ces piles sont pour elles des tours de Babel qu’il faut détruire le plus vite possible, sans pitié pour la vendeuse qui doit les remonter encore et encore. Par-dessus le marché, cette vendeuse – bibi – doit de surcroît faire preuve d’une incroyable patience face à dix furies assoiffées de sang s’arrachant leur victime. A croire que le magasin est vide de marchandises, alors qu’il est plein !

Les heures tournent et se ressemblent : plier, plier, toujours plier, telle est la devise. Il suffit que je tourne le regard un dixième de seconde pour que les pulls que je venais de ranger soient tourneboulés par les clientes. Si j’étais dans un dessin animé, de la fumée sortirait par mes oreilles. Je suis fatiguée, rincée, laminée. Et surtout remontée contre ces femmes qui prennent un jean au fond du magasin pour le poser sur MON comptoir de pulls qui se trouve à l’opposé. C’est sûr, elles m’en veulent en personne !

Les vendeurs et les vendeuses ne sont pas les seules victimes des soldes. Il y a pire situation. J’ai nommé l’accompagnateur de l’acheteuse : l’ami, le conjoint, le mari, qui, par politesse, a accepté d’embarquer pour cette traversée des enfers. A chaque fois qu’un couple se présente devant moi, toujours la même phrase : « Ça te plaît, chéri ? » Et les hommes de répondre, invariablement : « Bah, tu sais, c’est pas moi qui le porte. » Cette réplique tout en diplomatie veut dire : « J’en ai rien a faire de tes vêtements, si tu savais » ; ou : « De toutes façon, tu m’intéresses que quand t’es nue » ; ou encore : « Tu la fermes jamais ! Prends tes fringues qu’on se tire d’ici ! » Les hommes peuvent être très directs dans leur tête.

Des centaines de fausses copines à carte bleue se sont donc succédé dans la boutique où je travaille, avec un seul et unique but, me rendre dingue. En voyant toutes ces femmes au bord de l’hystérie, et parfois plongée dedans, ma collègue me dit : « Mais elles sont folles, les femmes. On dirait que si elles n’achètent rien aujourd’hui, elles se retrouveront nues demain. » Un autre collègue, lessivé par sa journée, me glisse : « Elles sont pas éduquées, ces femmes c’est pas possible… »

J’avoue qu’à certains moments, je me suis aussi posé la question. Entre celle qui mets ses chaussures sur les pulls, celle qui déplie les vêtements et te les jette limite sur le visage, et celle, cerise sur le cageot, qui sort de la cabine en string pour aller chercher une autre taille de jean, oui, oui, je vous le dis, les soldes ça rend fou!

Widad Kefti

Widad Kefti –

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