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Le 15 septembre dernier, l’équipe de Kraken investissait le Grand Rex, à Paris, pour une avant-première devant une salle comble. Tourné dans le quartier de la Grande Borne, à Grigny, ce film d’horreur aux accents de comédie réunit notamment Alassane Diong, Lucie Charles-Alfred et les rappeurs Gazo et La Mano 1.9. Une proposition singulière dans le paysage du cinéma français, qui puise une partie de son horreur dans des réalités sociales bien concrètes.

Au lendemain de cette projection, Manon Bresch, l’une des têtes d’affiche du film, a rencontré le Bondy Blog. L’occasion de revenir sur cette expérience de tournage, mais aussi d’évoquer les sujets qui lui tiennent à cœur, de la lutte contre le mal-logement à la représentation des femmes noires à l’écran. Entretien. 

Tu as présenté Kraken au Grand Rex devant une salle comble. Quel souvenir gardes-tu de cette avant-première ?

Manon Bresch : Particulièrement fière ! J’ai pu revoir le film hier dans des conditions incroyables, au Grand Rex, dans une salle pleine à craquer et en présence de toute l’équipe. En tant que comédienne, je suis assez satisfaite d’avoir relevé ce défi : participer à un film d’horreur qui est en même temps une comédie, un film à voir entre potes.

Qu’est-ce qui t’a séduite lorsque tu as entendu parler de ce projet ?

C’est Guillaume Thevenin, l’un des producteurs, qui m’a parlé de ce film en premier. Ma rencontre avec ce projet s’est faite avant même qu’il y ait un scénario terminé et une équipe constituée. Elle s’est faite sur une envie. Ça nous a permis de créer ce petit groupe. Théo et Mohamed, les réalisateurs, ont ensuite écrit en fonction de ce qu’ils voyaient lors des auditions et de la manière dont notre petit groupe se comportait. Ce processus m’a séduite et c’était assez exceptionnel de travailler de cette manière.

En tant que spectatrice, est-ce un genre qui t’était familier ?

Je pense qu’on est tous familiers du genre de l’horreur (rires) ! Quand tu me parles de films d’horreur, je pense tout de suite à Esther ! C’est un film que j’ai vu au cinéma avec ma mère. Je sais qu’il a traumatisé énormément de gens, parce qu’il est inspiré de faits réels.

Mais je pense qu’on a tous été choqués par certaines images lorsqu’on était petits, par des films d’horreur interdits aux moins de 16 ans, mais qu’on a vus beaucoup trop tôt : La Colline a des yeux, Ça… Je me rappelle certains passages de ces films qui m’ont particulièrement marquée.

C’est un genre que j’ai redécouvert à l’âge adulte. Et j’ai eu la chance de le redécouvrir également en tant qu’actrice. Parce que le jouer me permet de le comprendre et de l’aimer. Je suis chanceuse de passer par cette porte-là, car ça me demande de mobiliser beaucoup plus de choses dans ma palette de jeu : l’intensité, le drame, le comique de situation.

Ce film d’épouvante se déroule dans le quartier de la Grande Borne, à Grigny. Est-ce que ce type de proposition artistique manquait au paysage cinématographique français, selon toi ?

Ce que j’aime dans ce film, c’est que l’horreur vient avant tout de la réalité. C’est ce que j’adore. J’avais envie de m’inscrire dans cette démarche pour mon tout premier rôle dans un film de genre. Si tu remarques bien, dans ce film, on a poussé le curseur de situations déjà existantes dans notre société, sans avoir besoin d’ajouter des choses horribles.

Dans ce film, le quartier est vraiment une toile de fond. Là où la proposition est intéressante, à mon avis, c’est dans la présence de Gazo et de La Mano 1.9. Lorsque des rappeurs arrivent au cinéma, c’est souvent pour des films autour de la drogue ou des braquages. Qu’ils se soient tous les deux prêtés à un film d’horreur comme celui-ci est assez intéressant.

En dehors des plateaux, tu es une actrice engagée dans plusieurs causes, notamment auprès d’associations. Est-ce que tes engagements comptent dans le choix de tes rôles ?

J’ai la chance de faire un métier qui me plaît et dans lequel je m’épanouis aussi en tant qu’être humain. C’est assez important pour moi de trouver des projets qui me permettent, un tant soit peu, de montrer mes engagements et les sujets qui m’intéressent.

C’est le cas de Kraken, car je pense que la toile de fond de ce film est une situation que beaucoup de Français vivent actuellement. Dans le nord de Paris, je sais que des gens sont déplacés de logements insalubres en logements insalubres. Il est également question de ça dans le film. Je suis contente de pouvoir évoquer ce sujet à travers le cinéma. C’est assez rare qu’on en parle et on ne peut pas fermer les yeux là-dessus.

La force que me donne ce métier doit être mise à profit, donc j’essaie de le faire du mieux que je peux.

Tu avais raconté sur France Inter avoir été interpellée par plusieurs femmes noires après ton passage dans Plus belle la vie. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur la représentation des femmes racisées dans le cinéma français ?

Il y aura toujours du boulot à faire. Il y a deux jours, lors d’une interview, une journaliste m’a fait remarquer que notre casting comptait plusieurs personnes noires en tête d’affiche. Je me suis posé la question et je ne m’en étais même pas rendu compte !

Le casting s’est fait au mérite, à l’opportunité. On avait chacun ce qu’il fallait pour être considérés comme des têtes d’affiche. On est une sorte de photographie du moment. Je ne dis pas qu’on y est totalement arrivés, mais nous sommes quelque part. Petit à petit, les choses se font.

Estimes-tu qu’une artiste de ta génération doit aujourd’hui prendre position sur les sujets de société ?

Pour moi, c’est normal. Mais un engagement reste personnel, donc libre à chacun de le matérialiser ou de le mettre en avant. Notre génération parle énormément, mais elle n’est pas entendue.

À titre personnel, je suis engagée depuis environ sept ans auprès de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, aux côtés de personnes qui m’ont toujours considérée et qui ont donné de l’importance à ma parole. J’ai donc beaucoup plus de facilité à la prendre quand il le faut.

Il y a des moments qui nécessitent qu’on se mobilise tous, comme ce sera le cas l’année prochaine. Tant que chacun peut se regarder dans la glace, c’est tout ce qui m’importe.

Propos recueillis par Félix Mubenga

Crédit photo : Virginie Khateeb / Netflix

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