“Sur la route de papa” est le premier long métrage d’Olivier Dacourt, un film co-réalisé avec Nabil Aitakkaouali. C’est l’histoire du périple vers le Maroc entrepris par Kamel (Redouane Bougheraba) et sa famille à bord de la vieille Renault 21 de son père décédé il y a peu. Entre rires, rancœurs enfouis, et nostalgie, ce voyage ne laissera pas le spectateur indifférent. Olivier Dacourt, ancien international français s’est entretenu avec le Bondy Blog afin d’évoquer la genèse de ce périple fou qu’il a entrepris lui-même en compagnie de son comparse, avant le début du tournage. Interview.
Qu’est-ce qui vous a motivé à passer derrière la caméra après votre riche carrière de footballeur ?
Après ma carrière, j’ai travaillé pour Telefoot. Quand j’étais joueur je remarquais que les journalistes parlaient au sportif mais pas à l’homme. Je me disais que si j’avais l’occasion de faire des interviews, je voudrais découvrir l’homme derrière le sportif. Avec son lot de souffrance, de doutes et de difficultés. J’ai commencé par des interviews, puis des court-métrages avec Eurosport. Ensuite Canal + et Maxime Saada m’ont donné l’opportunité de faire des documentaires.
Depuis enfant, j’entends : « C’est impossible ». Ça m’a motivé à montrer qu’avec de la volonté et de la rigueur tout devient possible, même quand les portes se ferment devant nous.
Quand est-ce que cet amour du septième art vous est venu ?
Depuis toujours ! Je n’ai pris conscience de ça qu’après coup. Lorsque j’étais joueur, je me trimballais toujours avec une caméra. Je filmais nos tournées avec Rome, Leeds, les victoires avec l’Inter. L’un de mes films préférés est Cinéma Paradisio, j’ai également été marqué par Kramer Contre Kramer.
Dans ce film, Kamel entreprend un périple depuis Aulnay-Sous-Bois, jusqu’au Maroc en compagnie de sa famille. Pourquoi avoir choisi la thématique du retour pour cette première réalisation ?
À la base, Nabil était venu me voir pour un documentaire. Je sentais que j’avais fait le tour de ce format. En revanche, je lui ai fait part de mes envies de cinéma. Au cours d’une conversation, on se rend compte qu’un film sur le retour au bled n’a jamais été fait. Je lui ai directement rétorqué : « On va le faire ! ».
Ce film est un devoir de mémoire, car il résonne en des millions de personnes qui ont fait ce voyage au bled. En grandissant à Aulnay-Sous-Bois, aux Emmaüs, je voyais mes amis maghrébins, italiens, portugais, maliens, sénégalais prendre cette route vers le bled.
Je savais à quel point ce voyage était important pour eux et leur famille. Certes, je prenais l’avion pour aller aux Antilles, mais la préparation était la même pour tout le monde : le passage au Tati de Barbès pour acheter les cadeaux, l’envoi de la nourriture par fret. L’histoire du voyage va concerner même le gars qui retourne dans son village de province.
Pourquoi avoir choisi le Maroc comme destination finale du voyage entrepris par Kamel ?
Le voyage débute à Aulnay, là où j’ai grandi et se termine dans le village d’origine de Nabil. On s’est dit que la boucle serait bouclée. Je voulais rendre hommage à ma ville, c’est là-bas où j’ai passé mes plus belles années.
Tout au long du film, Kamel fait face à des problématiques familiales, identitaires et sociales. Avez-vous affronté des situations similaires par le passé ?
Évidemment ! Dans nos milieux, on n’est pas préparé à la réussite ni à avoir de l’argent aussi vite. Si l’entourage n’est pas solide, alors on sombre. Quand mes enfants étaient petits je les ai emmenés où j’ai grandi. Je me souviens de la réaction de l’un d’eux qui m’a dit : « Papa, tu veux nous faire peur ? ». C’était impensable pour eux que j’ai pu grandir dans un tel environnement (rires).
Chaque été, je les emmène en Guadeloupe où ils se douchent au tuyau ou avec une grosse bassine. Il y a la vie en tant qu’enfant de joueur de foot, mais dès qu’ils vont chez ma mère où d’autres membres de famille, il faut qu’ils se montrent respectueux. C’est le plus grand héritage que je puisse leur laisser.
L’une des grandes réussites de ce film est la justesse de ces personnages. Était-ce un écueil à éviter de filmer sans tomber dans le cliché ?
Je ne voulais pas voir ça ! Au cinéma ou à la télé je ne voyais jamais de grand-mères voilées intelligentes. L’important n’est pas ce que l’on porte mais la manière dont on se comporte. J’ai connu des femmes voilées brillantes, il faut qu’elles soient positivement représentées à l’écran.
Nous sommes obligés de vous poser cette question. En tant qu’ancien joueur de l’Inter, comment avez-vous vécu la finale de la Ligue des Champions ?
Avant d’être joueur de l’Inter, je suis Parisien (rires). J’ai joué à l’Inter et j’ai été champion d’Italie sous ce maillot, s’ils avaient gagné la finale j’aurais été content. Paris l’a emporté et je suis tout aussi heureux. J’ai vu mes enfants pleurer de joie. En tant que parent, voir ses enfants aussi heureux n’a pas de pris, donc je l’étais aussi. Et avec cette victoire on n’entendra un peu moins les Marseillais (rires).
Propos recueillis par Félix Mubenga