Samedi dernier, l’association « Stop harcèlement de rue » a organisé un après-midi street art pour sensibiliser au harcèlement. Graff, discussions avec le public et tractage étaient au cœur de l’événement.
À quelque pas de la station de métro Maison Blanche mais sans Potus 44 des bombes explosent à l’initiative de l’association «Stop harcèlement de rue » dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes avec l’association ARBP. Le 14 mars, un mois après la Saint Valentin jour pour jour, l’association traque les princes pas très charmants, ceux qu’ils nomment communément : les relous.
fresque« Stop harcèlement de rue est à la base un collectif qui a commencé en février 2014. Pour la petite histoire, c’est deux jeunes femmes qui en avaient marre d’être victimes de harcèlement… Elles se sont rencontrées dans un bar, au début elles étaient deux, la deuxième fois elles étaient 20, la troisième fois elles étaient 40. Ces femmes ont envisagé de monter quelque chose. Le groupe n’a pas cessé de croitre. On a vraiment l’attention médiatique, l’attention du public et des pouvoirs publics. Le harcèlement de rue, les gens commencent à comprendre ce que c’est ! Ils commencent à se dire que se faire insulter, se faire critiquer, se faire juger, se faire arrêter n’est pas des choses normales. L’histoire a commencé à Paris, elle s’est propagée après à Rennes, Nantes, Lyon, Lille » explique Mathilde, une référente de l’association. Les membres de l’association tiennent un stand à l’angle de la Place de Rungis et la rue Bobillot dans le 13e arrondissement. Des messages placardés sur le sol accueillent les passants, donnant le ton de l’action qui se déroule : « Je ne suis pas ta jolie ! » « Me siffler n’est pas un compliment ! » Les militants se mobilisent, tractent et bombent de peinture en main, sourire aux lèvres. Une fresque prend forme grâce au graffeur présent.
« Ça fait longtemps que je graff, mais j’ai vraiment active été en 1998. J’ai pris connaissance de cette action par le biais d’un ami qui est secrétaire de mon association artistique qui se nomme “Un rêve dans ma ville”. Comme chaque année je fais une bonne action pour les femmes, je me suis donc mise à graffer pour l’action Stop harcèlement de rue. Cette association me parle forcément, car j’ai été victime de harcèlement comme beaucoup de femme » raconte Lady K. Elle poursuit, et me raconte une anecdote : « Un soir je vais à la gare, un groupe de 5 ou 6 garçons arrivent, je marche, mais ils ne veulent pas s’écarter, me laisser passer et il y en a un qui me prend dans ses bras. Pour qu’il me lâche, j’ai dû lui crier si fort dans l’oreille des choses que personne n’aimerait entendre ! »
« Ici #zone sans relou »
Non loin de la fresque qui se distingue au gré des minutes une table, est posée avec divers documents aux cotées d’une collation. Autour de ce bureau improvisée en pleine rue l’espace est délimité ironiquement par des pancartes amusantes : « ici #zone sans relou ».
Alice, une des membres de l’association, cours après des pigeons s’invitant au pourparler en les interpellant : « relou, relou, relou ! » des éclats de rire se font entendre dans l’assemblée. Elle se lance dans un débat avec homme d’un certain âge du nom de Tshibamba : « Qu’est-ce que vous pensez du harcèlement de rue et de la fresque ? Car vous m’aviez dit que c’était difficile à comprendre. Tout dépend de là où on vient et la façon de voir les choses… On peut percevoir du harcèlement là où il n’y en a pas ».  
relouAlice et Tshibamba continuent de croiser le fer dans un climat bon enfant avec leurs convictions personnelles, pendant que Marie pose sa définition du relou : « Le relou c’est celui qui vient te voir, sans se soucier si tu en as vraiment envie. Il t’impose sa présence, son regard, ses compliments qui sont des jugements. Genre « De mon point de vue subjectif j’ai décidé que toi je te trouve bonne et que toi je te trouve moche ». Il y a des gens qui se prennent à longueur de journée la réflexion : toi t’es moche ».  J’ai rencontrée une fille à une réunion qui m’a sorti : “en général quand on me parle c’est pour dire ‘t’es moche’.” Je m’interdis de porter des vêtements trop courts sans collant, même avec un collant épais ça craint. Il y a de gens qui te disent ne t’étonne pas si on te met la main au cul si tu portes un leggings avec un short. Cette situation m’est déjà arrivée dans le métro et quand je m’en plains c’est normal regarde comment tu t’habilles… Cela s’appelle du Slut-shaming, c’est mettre la faute sur la personne qui subit la personne. »
Cette jeune association n’est pas à son coup essai, grâce à leur intervention elle permet à des femmes de mettre des mots sur ces agressions chroniques. Elles leur prodiguent des conseils par la même occasion pour qu’elles évitent de se mettre dans l’embarras. « Les relous sont dans la rue nous aussi ! » est le leitmotiv de ces militants pour faire reculer ces incivilités.
Lansala Delcielo 

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