L’espace est grand, le décor industriel et les lumières traversent la salle. Ce samedi soir, le festival Release yourself ! met à l’honneur la danse et particulièrement le breakdance. L’édition automnale de cet évènement, qui se tient tous les trois mois au même endroit, annonce le thème : Funk et Disco.

Les aficionados de la danse sont venus de toute l’Île-de-France et d’ailleurs pour converger à l’Atelier, à Bagnolet. Un atelier au sens propre, comme figuré. On y trouve un établi pour la menuiserie ou du matériel de réparation de moto. « Mon frère est menuisier, il travaille ici », indique l’organisateur de l’évènement, Martin A.K.A Big Daddy the Dude.

DJ, danseur et professeur de BreakDance, Martin organise ces soirées depuis deux ans. Habitant de Bagnolet, c’est avec son crew et sa famille qu’il met en place ces soirées.

 

Des soirées faites pour professionnels et débutants

La soirée, justement, démarre sous les hauts plafonds du hangar. Un cours de danse facultatif ouvre les festivités. Deux lignes de danseurs se forment et Francesca, pleine d’énergie, nous embarque dans son univers Funk et Lock. Un style de danse pratiqué sur de la musique Funk, né dans les années 1970. Le lock consiste à enchaîner des mouvements rapidement puis à les “bloquer” (“lock” en anglais).

Des pas de danse accessibles aux débutants comme aux confirmés. Ces cours initiatiques sont inspirés de ce qu’il fait dans les soirées Salsa. De quoi poser une ambiance bienveillante et permettre à toutes et tous de démarrer l’événement avec un set de pas de danse pour se sentir à l’aise.

Au bar, Faiza, Baptiste et parfois Thomas confectionnent des cocktails faits-maison. À carte, le Lemongrass préparé par Baptiste, le grand-frère de l’organisateur, s’avère léger mais robuste. Plus loin, sur un stand, Azzis, le cuisinier en chef, propose des plats chauds et réconfortants pour remplir les estomacs creusés par des heures de danse.

Laure, une danseuse, performe au centre du Cypher © Ambre Couvin

Ambiance : « Je danse le MIA »

Sur la piste, « des cercles se formaient, des concours de danse un peu partout s’improvisaient. Je te propose un voyage dans le temps, via planète Marseille. Je danse le MIA ! » Ce soir à Bagnolet, ce sont des Cypher qui se forment. Des cercles de personnes au milieu desquels les danseurs se succèdent pour freestyler, tour à tour.

On y participe ou pas. Dans cette soirée, on est aussi libre de danser comme en boite, juste avec ses potes si on en a envie. Après l’échauffement, des battles de démos (battle exhibition) ont lieu, autour de trois styles de danse différent : le popping, le locking et le break.

Les danseurs virevoltent emportant avec leurs mouvements les acclamations de la foule. Aux platines, les DJ Big Daddy the Dude, Kakashi et Maestro T se succèdent. Leur répertoire musical reste à peu près le même, mais ils se distinguent et imposent leur style.

Quand je mixe, j’essaie de raconter une histoire. Là, j’ai l’impression d’avoir vraiment embarqué les gens avec moi

« Quand je mixe, j’essaie de raconter une histoire. Là, j’ai l’impression d’avoir vraiment embarqué les gens avec moi. C’était fou ! », s’enthousiasme Téo A.K.A Maestro T.

« Le festival Release, je pense que c’était une des meilleures expériences de DJ de ma vie, nous dit Téo. Je m’étais beaucoup mis la pression pour cette soirée, mais je vois tout ce monde, les lumières partout… Au final, ça se passe trop bien. »

Aux platines, à gauche Kakashi et à droite Maestro T © Ambre Couvin

Le Breakdance, un style par et pour la Streetzer

Le concept de ce festival est de mélanger danseurs de tous horizons et amateurs. Il s’agit de perpétuer l’esprit originel du Breakdance, un style qui a lui-même émergé dans des soirées de ce type. Plus précisément, le Breakdance est né dans les block parties, notamment celles du DJ Kool Herc. On installait alors des sound systems aux deux extrémités d’une rue, qui se retrouvait ainsi “bloquée” et devenait pour toutes les personnes du quartier un lieu éphémère de fête et de danse.

À l’ancienne, les DJ passaient principalement des morceaux de Funk. Ceux-ci ont remarqué que les moments plébiscités par les danseurs était le break musical : la partie d’un morceau où les paroles et la mélodie s’effacent au profit d’un moment plus rythmique. Forts de ce constat, les DJs ont allongé les parties rythmiques dans leurs sons, en mixant les breaks de différents morceaux. C’est ce qu’on appelle le break beat.

Aujourd’hui, les danseurs ont l’habitude de se retrouver à différents évènements, qu’ils soient compétitifs (battles) ou plus festifs et axés sur le partage (jams). Des événements très populaires et appréciés des différentes communautés de danseurs. Ils sont souvent répertoriés par styles musicaux, plus que par style de danse (exemple : battle all style sur tel ou tel type de musique).

« On voulait aussi créer une ambiance safe, en particulier pour les femmes »

Pour les non initiés, ce type d’événements peut paraître intimidant. D’où l’importance des soirées tout public qui ne sont pas réservées aux danseurs professionnels. C’est l’idée qui a irrigué la création du festival Release Yourself ! « On voulait aussi créer une ambiance safe, en particulier pour les femmes. Une tolérance zéro est appliquée aux comportements irrespectueux », précise Martin.

La veille et l’avant-veille, les préparatifs sont allés bon train. Ça prépare, ça rit, ça danse. Différents groupes s’attèlent à différentes tâches. Au bout du premier soir de préparation, l’atelier est déblayé, les motos sont déplacées, le sol nettoyé, les lumières installées.

C’est un événement qui m’a beaucoup apporté, l’idée de s’exprimer, de se libérer, m’a donné confiance

Jenny, de Romainville, danseuse de break, sera une des photographes de la soirée. Elle est amie avec Martin depuis plusieurs années. Ils se sont rencontrés grâce à la danse. Pour elle, Release Yourself !, c’est bien plus qu’une soirée : « C’est un événement qui m’a beaucoup apporté, l’idée de s’exprimer, de se libérer, m’a donné confiance. Pour danser, il faut beaucoup s’assumer, le fait de rencontrer des gens qui dansent pour le plaisir, de partager ces moments, c’est incroyable » 

« L’événement est devenu le petit bébé de tout le monde » 

Jenny apprécie aussi de s’impliquer dans l’organisation de l’événement. « On y met notre coeur, notre temps, l’événement est devenu le petit bébé de tout le monde. On aimerait forcément que ça soit encore plus grand, que ça brille encore plus, mais on est heureux. Je développe aussi mes skills (compétences) en photographie et c’est vraiment cool », se réjouit-elle. 

La soirée touche à sa fin. Ça range, ça nettoie, ça débriefe. La soirée s’est passée sans accroc et a démarré à l’heure (une première, selon l’organisateur). L’ambiance était au rendez-vous et tout le monde y a trouvé son compte. On rentre épuisé, mais ravi. Martin nous livre ses impressions de fin de soirée : « Franchement j’ai trouvé ça très très lourd ! Même sur un plan personnel, j’ai vu mes deux parents, séparés depuis mon enfance, danser ensemble avec moi, et ça, ça n’a pas de prix, t’imagine même pas ». Vivement la prochaine édition, à suivre ici.

Ambre Couvin

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