« Mon téléphone est devenu fou ; je ne décrochais plus » explique d’emblée Abd al-Malik. « Très tôt lundi matin, mon manager, Fabien Coste m’a fait part de l’interview qu’avait accordée Hatem Ben Arfa à L’Equipe ».

« J’étais à Gare du Nord. Je devais prendre le train» raconte F. Coste. « Entre mon départ de Paris et mon arrivée à Londres, la toile s’est déchaînée ; les propos de H. Ben Arfa étaient partout sur l’Internet. »

Les textes qui dérangent Abd al Malik et F. Coste ? Un entretien accordé au journal l’Equipe dans laquelle l’on apprend notamment que Hatem Ben Arfa,  était “vulnérable“ en 2007. « A cette époque, j’étais mal, j’étais à la recherche de bien-être. Je lisais beaucoup d’ouvrages sur le soufisme, de belles choses qui m’attiraient. Et comme Abd al-Malik s’y intéressait, je l’avais contacté.» Hatem Ben Arfa parle alors d’un ‘système comme dans une secte‘. “Je faisais partie d’un mouvement avec un chef spirituel, un cheikh (…) Il fallait que je lui baise les pieds. C’était obligatoire. Heureusement, ce jour-là, mon ego m’a sauvé. Je ne pouvais accepter ça», rapporte Jérôme Cazadieu de L’Equipe.

A la table du café parisien, Abd al-Malik et son manager, L’Equipe à la main, relisent à haute voix ces passages de l’article. Cette longue interview-confession les accuse nommément et pointe du doigt leur spiritualité. « Comment aurions-nous pu le “couper du monde“, le faire entrer dans une “sorte de secte“ alors que nous ne l’avons ni vu, ni lui avons parlé depuis 2008 ! » s’exclame Abd al Malik. « Comment parler d’endoctrinement avec si peu de contacts?  A chaque fois, c’est lui qui est venu vers moi. »

Tous deux reconnaissent avoir fréquenté le joueur. De son côté, Abd al-Malik affirme ne l’avoir rencontré que  « 3 ou 4 fois ». Il y a également eu des contacts téléphoniques qui ont cessé il y a plusieurs années. En été 2008. A l’époque, il vivait alors une situation assez complexe avec son club d’alors. Dans ce dossier, il y avait des enjeux classiques de clubs. Lui voulait partir. Il a demandé de l’aide ; je l’ai donc conseillé et accompagné. Dans son intérêt et sans aucune somme perçue » précise le manager du slammeur en rajoutant que dans le football, « les montants brassés sont importants. Je ne suis pas agent sportif, je l’ai conseillé comme j’aurai pu le faire avec une autre personne. C’était un peu notre petit frère. Par souci de transparence, c’est un avocat qui s’est occupé de son dossier de transfert. C’était limpide de bout en bout».

Abd al Malik se rappelle de l’insistance avec laquelle H. Ben Arfa avait, selon lui,  souhaité le rencontrer. « J’avais écrit un livre qui lui avait plu. Il était en pleine quête spirituelle et avait essayé de me joindre pendant plusieurs mois. Nous nous sommes rencontrés. Il a très vite exprimé le souhait de nous accompagner à Oujda, à l’Est du Maroc. Il s’agissait pour Fabien et moi, d’une simple visite de 3-4 jours ; une visite de disciples à maître comme nous en faisons régulièrement. »

D’après Fabien Coste, Hatem Ben Arfa semblait « ravi de son séjour. Il n’avait pas l’air traumatisé ». « A aucun moment, il n’a eu à embrasser les pieds de quiconque. Hatem Ben Arfa dit des mensonges » soutient catégoriquement Abd al Malik.

Le ton du slammeur change lorsqu’il parle de son cheikh et de ce passage de l’article. Il ne supporte pas cette « injustice » faite à sa spiritualité et à son maître. « Comment parler de mystique soufie en ces termes ? » Abd al-Malik cite des auteurs comme Jalal din Rumi, René Guénon, Ibn Arabi, l’Emir Abd al-Kader l’Algérien mais aussi Samarcande ou l’Andalousie. Le soufisme est traditionnellement présent depuis des siècles au Maghreb, en Orient, en Afrique et en Asie ; même en Tunisie, le pays dont est originaire H. Ben Arfa !» ironise Abd al Malik.

Quand on soupçonne Abd al Malik de prêcher au travers de ses textes, il s’en défend et parle de son « raz-le-bol de l’amalgame fait entre islam et terrorisme.  Oui, je parle souvent de ma religion, de ma conversion dans mes différentes œuvres. Ma raison : le 11 septembre 2001. J’en avais assez de la stigmatisation des musulmans.  C’est important de savoir ce qu’est l’islam. Tous les jours nous entendons parler de cette religion mais uniquement en termes politiques, géopolitiques mais cela n’est pas l’islam que je pratique.  J’ai ressenti le besoin de parler de cette religion en termes de spiritualité, d’ouverture, de tolérance. S’il n’y avait pas eu le 11 septembre, ma foi relèverait encore du domaine du privé et de l’intime. »

Abd al-Malik tient à rappeler qu’il n’a jamais caché son appartenance au soufisme ainsi que son amour pour son chef spirituel. « Quand l’écrivain Georges Bernanos parle de sa spiritualité, de l’exaltation, c’est sa vie qu’il retranscrit. Pour moi, c’est la même chose. Au plan artistique, ma matière première c’est moi, mon vécu ».

Le slammeur rappelle son engagement en tant qu’artiste. Sa mission : montrer qu’en France, l’islam est « en phase avec le modèle républicain et que les musulmans ne le rejettent pas. Cela s’inscrit dans une démarche militante et citoyenne et c’est la France et la laïcité qui me permettent de vivre tout cela. »

En tant que slammeur et auteur, Abd-al-Malik dit défendre l’importance du sens des mots. « En France, nous ne pouvons pas utiliser le mot « secte » et accuser un individu dans la presse impunément ; cela s’appelle de la diffamation et c’est pour cette raison que nous avons déposé plainte » explique Abd al-Malik. « D’ailleurs, il existe une mission parlementaire, la Miviludes, dont le rôle est de dresser la liste des sectes en France ; les critères qui permettent de définir une secte sont très précis et le soufisme n’est pas concerné ».

Le joueur de Newcastle conclut dans l’article de L’Equipe, ne pas en vouloir à Abd al-Malik et à son manager, prétextant qu’il est le seul fautif : «Je suis responsable d’avoir cru à ce qu’ils me disaient.»
« Avec Abd al-Malik, nous nous demandons dans quel but H. Ben Arfa à tenu de tels propos. Il me semble qu’en tant que professionnel du football, il devrait consacrer son temps à son travail et à sa famille » dit  Fabien Coste.

Latifa Zerrouki

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