Addicts c’est avant tout une web série. L’internet n’est pas seulement le support de diffusion, il permet aussi de visionner les 16 épisodes de la fiction de plusieurs façons. On peut suivre l’intrigue à travers le regard d’un personnage de notre choix, de façon linéaire, ou en retraçant les péripéties des protagonistes sur la carte interactive du site qui affiche les principaux lieux où se passe l’action. Mouais… Je me méfie un peu du futur. Que ce soit un site interactif ou Père Castor qui me raconte une histoire, tout ce que je veux c’est savoir si c’est bien narré. Addicts nous raconte quoi ?

 L’histoire d’un mec, Saad, qui sort de prison, retourne dans sa cité, dans la région de Bordeaux, et va petit à petit entraîner tout ses potes dans un caca noir format bison des plaines du Middle West. Monsieur va travailler au corps ses amis d’enfance, pour qu’ils l’aident à commettre un braquage. Honnêtement, j’ai eu un mal fou à entrer dans la série. Chaque épisode est divisé en plusieurs séquences de 3 à 5 minutes, centré sur un personnage ou sur un interrogatoire au commissariat. Le principe est que toutes ces petites pièces mises bout à bout forment le puzzle d’une grande fresque. Seulement, jouer au saut de mouton d’un personnage à un autre ne facilite pas l’immersion, en début de film. Mais j’ai persisté, deux trois quatre vidéos plus tard, la sauce a pris et au final j’ai regardé tous les épisodes de la série.

C’est filmé avec un effet camera qui bouge, donnant l’impression voulue que le réalisateur vient de tourner la vie de ses copains. Les dialogues sont truculents, les mecs de cité parlent comme ça dans la vraie vie. C’est presque aussi bon qu’En attendant demain, des petits courts métrages sur la vie des cités tournés dans la même région bordelaise, que je vous conseille aussi. Quant aux acteurs d’Addicts, ils ne sont pas au top niveau du septième art sur toutes les séquences, mais ils ont réussi à donner un je-ne-sais-quoi d’authenticité à leur jeu. Et pour cause, ils ne sont pas acteurs depuis longtemps. La plupart des interprètes sont des habitants du quartier des Aubiers.

Je suis passé un peu beaucoup pour un con quand j’ai demandé à une des têtes d’affiche s’ils avaient fait le cours Florence, Florian ou Florent, là je sais plus, l’endroit qui forme les acteurs en leur demandant de jouer des fourchettes : « Pas du tout,  me répond Cédric Seraline, j’ai eu un parcours plutôt chaotique. Ça a commencé la fois où on m’a mis 23 jours en mandat de dépôt pour un délit que je n’avais pas commis. Après mon non-lieu, je me suis dit, j’ai payé pour un truc que je n’ai pas fait, maintenant je vais faire des trucs. Mais ça heureusement c’est du passé. » Du coup l’authenticité de son jeu s’explique, Saad, le personnage qu’il joue est aussi un ancien prisonnier. Autre mise en abîme dans Addicts, une partie de la série raconte les difficultés rencontrées par une réalisatrice pour tourner un film dans la cité.

C’est tout le charme de cette série filmée dans un quartier, avec des gens du quartier. Le résultat est bon, authentique, aux antipodes de l’impression de faux qui se dégage des séries AB  100% tournées en studio, et je dis ça malgré la qualité de l’épisode 122 d’Helène et les garçons où Thomas Fava attrape le sida et va peut-être le refiler à toute la bande. Je vous rassure tout de suite, Hélène n’a pas eu le sida par Nicolas qui a couché avec Nathalie, qui a couché avec Thomas Fava. Je vous rassure aussi, le suspense est d’un tout autre niveau dans Addicts.

Idir Hocini

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