ILS FILMENT LA BANLIEUE. Ahllem Bendroh, 24 ans, vient de remporter avec son premier court-métrage sur les relations conflictuelles père/fils, Chemin de Traverse, le prix Talents en Court du festival Cinébanlieue et le Prix du Jury de l’édition locale du festival Génération Court 2013. Portrait.

Regard sincère, sourire timide, Ahllem Bendroh se confond en excuse « Je ne suis pas très à l’aise avec les interviews ». Double vainqueur de l’édition locale du festival Génération Court et du festival Cinébanlieue 2013, la jeune pontoisienne a néanmoins accepté de nous parler de son parcours qui l’a menée jusqu’à son premier film, Chemin de Traverse.

Réalisé à Auvers-sur-Oise (95) avec l’Office municipal de la jeunesse d’Aubervilliers (93), Chemin de Traverse a été une expérience « hyper flippante » : « le tournage était une énorme souffrance pour moi qui suis plutôt réservée. J’ai dû me faire violence mais c’était jouissif. Il faut être très fort psychologiquement et physiquement pour faire ce genre de métier : gérer les problèmes, rassurer l’équipe, avoir confiance en soi et surtout, ne pas lâcher l’idée qu’on a en tête ».

L’idée lui est justement venue en observant des relations complexes entre pères et fils : « Je me sentais muette devant ce genre de situation. Étant donné que je n’avais pas d’autre canal pour exprimer ce genre de tension, j’ai écrit un synopsis pour Génération Court et j’ai été retenue pour le réaliser ». Pour parfaire son expérience cinématographique, Ahllem participe l’été dernier aux Ateliers Egalité des Chances de l’école de cinéma La Fémis mais ne se sent pas prête pour vivre du cinéma à temps plein : « Je ne veux pas être dans la posture où il faut que mes films marchent pour manger».

Sa passion cinématographique, elle la doit à son père, « boulimique de ciné », qui la formait enfant aux films de genre tout en la préservant des films commerciaux et de la télé-réalité. Pour cette aînée d’une famille de quatre enfants, Louis de Funès, Lino Ventura ou Jean Gabin sont des références, tout comme Dumbo et Jurassic Park côtoient, dans ses coups de cœur, La Traversée de Paris et Les folles années du twist. Elle cite aujourd’hui Lars Von Trier (« audacieux, même si ces films sont sujets à discussion ») et sauvegarde dans son téléphone les titres des œuvres qu’elle aime.

Née à Pontoise, « beau contraste entre une ville médiévale et une population très jeune », en 1988 d’une mère couturière et d’un père conducteur de car venus d’Algérie, Ahllem connaît « une très belle enfance » auprès d’une famille « aimante ». Accro à la télé dès son plus jeune âge, « le weekend, je pouvais me lever à 6h du mat’ pour regarder des dessins animés », elle s’intéresse très vite au septième art mais refoule ce rêve qui lui paraît interdit : « Je ne me sentais pas légitime, je n’avais pas fait d’études de cinéma ».

Elève « très juste » par peur « de se donner à fond et d’être déçue », Ahllem passe un Bac ES et décroche un BTS Communication des Entreprises avant d’intégrer une Licence Information et Communication puis un Master Culture et Médias à l’Université Paris 13. C’est là qu’elle fait la rencontre d’Aurélie Cardin, professeur de cinéma qui l’engage en 2011 comme stagiaire sur le festival Cinébanlieue qu’elle a fondé.

Hormis le cinéma, les études et expériences professionnelles d’Ahllem la dépriment : « C’est frustrant de travailler au pourtour de la création quand on a envie d’être au cœur». Faisant table rase du passé, elle décide de repartir vers une autre voie : un CAP Pâtisserie. « Ça me paraissait plus facile d’accès que le cinéma et c’est de la création pure. De A à Z, on maîtrise toutes les chaînes de production ».

Sans chercher à se reconnaître dans le cinéma français contemporain, Ahllem souhaite avant tout « être transportée comme les personnages » des films qu’elle regarde. Regrettant les films à clichés, « mais tout est cliché, les clichés existent aussi », cette ancienne étudiante en communication a été « dégoûtée » par l’influence et la position de légitimité de la presse : « à force de répéter certaines choses, on l’intègre. C’est une sorte de miroir très dangereux. Je ne sais pas si les médias ont conscience de l’impact que ça a ».

Demandez-lui comment elle filme la banlieue, Ahllem vous répondra : « Je ne me pose même pas cette question. J’essaie de filmer mon idée ». Avant de conclure, dans un demi-sourire : « Je trouve que la campagne est une belle banlieue».

Claire Diao

Articles liés

  • Amandine Gay, ‘une histoire à soi’ pour raconter les non-dits de l’adoption

    Dans son dernier film ‘Une histoire à soi’, la réalisatrice Amandine Gay propose cinq récits intimes de personnes adoptées à l'international. Sur fond d'archives personnelles, les protagonistes livrent leurs questionnements tout au long de leur parcours de vie, au sujet de leur adoption. Des témoignages forts qui ouvrent une discussion plus large sur la famille, la parentalité, l'acculturation ou encore la quête identitaire. Entretien. 

    Par Louise Aurat
    Le 13/07/2021
  • « Gagarine », cité céleste sur grand écran

    Une cité devenue film. Le premier long métrage de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh sort ce mercredi 23 juin au cinéma. À quelques jours de sa sortie nationale, le film était projeté en avant-première au cinéma le Luxy, situé à quelques mètres de l'ancienne cité Gagarine (Ivry-sur-Seine), au centre de cette histoire étonnante et poétique. Reportage et témoignages.

    Par Louise Aurat
    Le 23/06/2021
  • Kery James à l’INA pour guider les jeunes vers le « show-business »

    Accéder aux métiers de l’audiovisuel, sans diplôme, ni réseau : c’est la promesse de la classe Alpha, une promotion de 100 jeunes guidés par l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Et pour les aider à garder la motivation, qui de mieux que Kery James pour animer une master class attendue par tous. Le dramaturge, réalisateur et artiste a pu échanger avec ses jeunes sur son expérience et son parcours.

    Par Nolwenn Bihan
    Le 02/06/2021