Je trace comme un taré, de la Bastille au Réservoir. Défilent les bars aux terrasses remplies, les rayons de soleil n’y sont pas pour rien, les lunettes noires sont de sortie ! Ça fait du bien, profiter des beaux jours. Mais pas le temps de s’éterniser, je continue ma folle cavalcade. C’est peine perdue, quinze minutes de retard – grand merci à ma ligne 13 que j’aime pour ses imprévus insolites à la crédibilité zéro. Ouf, j’y suis ! Une fille chante sur scène, une voix pas mal, du bon son, quoi ! Mais pas le temps de s’extasier, Christophe Alévêque m’attend. Un salut à son assistante, qui le cherche. Un petit coup de fil, il apparaît.

Bonjour, avec franche poignée de main, a lui. L’humoriste-chroniqueur-chanteur est le fier organisateur d’un rassemblement pour fêter « les un an de connerie de Sarkozy », le 6 mai, devant le Fouquet’s à 20 heures. Tranquillement, les pieds qui traînent, on se dirige au café du coin. Un petit noir, une exclamation (« quelle fatigue ! »), et l’enregistreur bascule sur « REC ».

6 mai 2008, devant le Fouquet’s, rendez-vous à 20 heures ?

Il faut y être un peu avant, à 19h50, parce qu’on va faire un décompte.

Ah oui le fameux « 4, 3, 2,1, Sarko » ?

Eh non, « 4, 3, 2,1, Zébulon » ! On refera cette soirée historique et pathétique du 6 mai 2007, dans l’ordre.

Pourquoi l’appelez-vous Zébulon, le président ?

C’était un personnage du Manège enchanté, qui disait « tounicoti, tournicoton ». Il parlait en brassant de l’air. Il ne servait pas à grand-chose mais il était fascinant car il tournoyait. C’est sur scène que l’idée de l’appeler Zébulon m’est venue naturellement. Et ça a été pareil pour Ségolène Royal, c’est Jeanne d’Arc.

Le 6 mai avec Alévêque, on s’amusera autant que le 6 mai avec Mireille Mathieu ?

C’est-à-dire que ça, ça va être difficile ! Mais cette soirée est tout de même le résumé de l’année 2007, c’est le cirque politico-médiatico-pipolo-bling-bling ! Donc nous, c’est là-dessus qu’on veut mettre le doigt. C’était annoncé avec le discours de gourou qu’a fait Zébulon ce soir-là, c’était absolument terrassant ! Depuis, il n’a jamais été dans son costume de président et ne l’est pas encore.

Il l’a été jeudi dernier face à PPDA et Pujadas !

Oui, la télé c’est son élément, et encore ! C’est une bête médiatique et tout le monde le sait.

Le 6 mai avec Alévêque, il y aura du monde ?

Oui, j’espère ! On a fait ça il y a un an, c’était une réaction épidermique parce qu’on a été tous choqués, certains d’entre nous sont toujours dans le coma depuis ce jour là ! Mais c’est une façon de leur rappeler ce qu’ils ont fait !

Fêter une soirée pathétique, c’est de l’humour ?

Evidemment, le mot d’ordre c’est « Venez fêter les un an du petit ! ». A mon avis, même dans le camp des vainqueurs, ils ont tous assez mal vécu cette soirée. Alors, c’est un peu leur madeleine de Proust pourrie, qu’on leur refait manger!

Il a du talent, on a hérité d’un bon, c’est sûr !

Je ne jugerai pas le suffrage universel qui a toujours raison puisque nous sommes en démocratie. C’est la soirée elle-même qui était pathétique, avec Zébulon, le Fouquet’s, avec Ségolène Royal qui est hilare alors qu’elle a perdu, avec Johnny Hallyday bourré dont on demande l’avis sur toutes les chaînes de télé et ce concert de la place de la Concorde, qui nous a laissé à tous un souvenir impérissable…

Mais le petit Zébulon hyperactif, il en fait des choses pour la France, pour que ça avance, non ?

Nous ne sommes ni syndicalistes, ni encartés. Ce n’est pas une manifestation pour juger de l’action du gouvernement ! Pour le fond, il y a des éditorialistes, des spécialistes politiques qui se préoccupent de faire des analyses. Nous, nous l’attaquons sur l’enveloppe, l’arnaque politique, l’arnaque intellectuelle, la méthode sur « gouverner autrement » qui se transforme en « gouverner en short ». Au bout d’un an, l’arnaque est avérée. On préfère en rire !

Pourtant, la forme sarkozyenne est plus tonique que la chiraquienne !

Chirac c’est un autre problème, il ne faisait rien, on ne pouvait pas se plaindre de son action ! Il a été le garant de la République et de la laïcité, ce qui n’est pas toujours le cas de notre président Zébulon, il y a des dérives !

Il ne vous plaît pas, hein ?

Non, mais ça fait déjà très longtemps que je trouve qu’il n’est pas à la hauteur de la charge. Les idées qu’il défend ne sont pas les miennes mais après, à chacun ses convictions. Et puis, pour moi, ce mec est une arnaque ! Il n’est pas le garant des valeurs de la France, même psychologiquement, c’est un poste à haute responsabilité et il n’a pas les capacités entières.

C’est aussi votre président à vous, Christophe Alévêque !

Euh… eh bien oui ! Et quand je l’entends parler en mon nom, j’ai des remontées !

Vous lui serreriez la main ?

Dans la vie, c’est peut-être un mec tout à fait charmant. Moi, c’est à l’homme politique que je m’attaque, ce n’est pas au personnage. D’ailleurs, les hommes politiques, en général, se révèlent être d’autres personnes dans la vie normale. Moi, j’en ai rien à foutre, ce n’est pas mon copain, ce n’est pas une relation, non, c’est un président de la République !

Ça pourrait devenir votre pote un jour ?

Faut tout de même pas abuser !

Un président drôle ou pathétique ?

Pour moi, il est pathétique et c’est du pain béni, j’ai eu un an de boulot. Par contre, à un moment donné, je suis tombé dans le piège, comme les journalistes, avec la revue de presse de mon spectacle. Je me suis aperçu qu’il y avait une connerie par jour (eux appellent ça « une idée »), et la connerie du mardi fait oublier celle du lundi, celle du jeudi celle du mercredi. A la fin de la semaine, on ne sait plus et le lundi suivant ça recommence. Alors, il y avait trop d’infos, ce qui tue l’info !

Il reste quatre ans de sarkozysme, vous savez ?

J’ai l’impression que ça fait déjà quarante ans, moi !

Elle aurait été meilleure, la Jeanne d’Arc ?

Ça, on ne saura jamais ! Je pense qu’on se serait aussi beaucoup amusé.

Devant le Fouquet’s, le 6 mai prochain, ce n’est pas trop risqué ?

C’est une fête, qui ne durera pas longtemps. On n’est pas là pour insulter, on est là pour tourner en ridicule ce qui s’est passé. On est là pour se marrer. C’est tout ! Moi, si je sens que ça dégénère, j’arrête tout !

On se boit un verre au Fouquet’s après ?

Je ne pense pas que l’on sera les bienvenus et on risque d’être nombreux, on ira alors dans un endroit un peu moins cher !

Carla viendra-t-elle ?

Ça ne m’intéresse pas, elle et le président, c’est leur vie privée ! C’est l’arbre qui cache la forêt, parlons d’eux et oublions le pouvoir d’achat… Mais on chantera, en hommage, une petite chanson de la première dame.

Christophe Alévêque prend congé de ma petite personne : « Vous me donnerez un Ricard, s’il vous plaît », commande-t-il, avant de retrouver la scène, avec « Le Groupo ». Oui, l’Alévêque chanteur, c’est le 23 mai au Réservoir. L’Alévêque organisateur, c’est le 6 mai devant le Fouquet’s. L’Alévêque, c’est un esprit à adopter tout le temps !

Propos recueillis par Mehdi Meklat

Articles liés

  • « Reconnaître le 17 octobre 1961 c’est reconnaître les autres combats contre un système d’impunité »

    Le massacre des Algériens le 17 octobre 1961 n'est toujours pas reconnu comme un crime d'État. Malgré les déclarations d'Emmanuel Macron, la France ne se considère toujours pas responsable d'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Fabrice Riceputi, historien, revient sur cette nuit sanglante et rappelle les enjeux d'une reconnaissance encore loin d'être gagnée. Entretien.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 17/10/2021
  • 007 : les femmes ne sont pas qu’un matricule

    Sorti cette semaine, Mourir peut attendre est le 25ème opus de la série James Bond. Le dernier avec Daniel Craig dans le rôle éponyme d'une série qui a alimenté la polémique sur les questions de représentation ethnique et de genre. Félix Mubenga a vu le film, et salue la place des héroïnes jouées par Lashana Lynch et Ana De Armas. Critique.

    Par Félix Mubenga
    Le 07/10/2021
  • Swag Dance Studio : l’école des profs de danse étrangers

    Créé en janvier dernier, le Swag Dance Studio emploie des personnes immigrées : expatriés, exilés avec ou sans papiers dans le cadre de cours ouverts aux adultes débutants. Une initiative qui a pour but de démocratiser l’accès à la danse, tout en changeant le regard porté sur la migration. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 29/09/2021