Il en est un qui se lâche à sa manière sur les planches dans son spectacle « 75% familles nombreuses ». C’est Ali Djilali. L’humoriste met en lumière un mixage de trois cultures : maghrébine, française et alsacienne. Dans cette première mise en scène, l’artiste n’a pas besoin de plus qu’une chaise et deux projecteurs pour raconter avec précision comment dans les années 60, lui, ses parents et ses frères et sœurs ont débarqué en Alsace. De leur arrivée à la gare de Strasbourg à leur vie quotidienne au sein d’une cité HLM, il parle de sa mère, la « Mama » méditerranéenne par excellence, qui se débrouille pour demander la direction ne parlant pas un mot de français, la découverte de la « Kronenbourg », l’échange du couscous et de la choucroute entre voisins. En somme, une famille maghrébine qui se fond dans le décor entremêlé des familles Alsaciennes et des gitans. Tout cela avec des intonations, gestes et mimiques, ponctués de patois alsacien et de dialecte algérien. À la fin de la représentation, j’ai eu l’occasion de demander à Ali Djilali son avis sur certaines questions qui tiraillent les banlieues françaises.

Qu’est-ce que ça fait d’appartenir à la culture alsaco-franco-maghrébine ?

A.D. : J’ai la chance de maîtriser trois langues à la fois. Mon regard sur la société est diversifié. Je retourne en Algérie régulièrement pour connaître la culture de mes parents. Ainsi, j’ai pu faire mon propre choix. J’aime l’humour qu’on retrouve au bled. Je crois que c’est à chacun de trouver son équilibre dans le mélange des cultures et tracer son chemin identitaire.

Actuellement, vous vivez dans une cité à Grenoble. Quand on dit banlieue = immigrés, qu’en pensez-vous ?

A.D. : Je vis dans une cité de 12000 habitants. C’est une ville dans la ville. Les immigrés sont la partie visible de l’iceberg. Le fait de voir une majorité d’enfants d’étrangers devant les halls d’immeubles ne veut pas forcément dire qu’il n’y a que cette catégorie de population. Il faut savoir que, par exemple, chez les Maghrébins, il est de coutume que les hommes se rencontrent dehors et les femmes se retrouvent à la maison. Chez les Français, ce n’est pas le même ordre social. Ceux-ci se retrouvent dans les cafés, restos, ciné, etc. Et puis, certaines familles sont trop nombreuses pour la surface des appartements qu’elles occupent. Alors les garçons les plus âgés sortent.

Que veut dire pour vous le terme intégration ?

A.D. : Je n’aime pas ce mot. J’avais 3 ans quand je suis arrivé en France. A cet âge, j’ai appris les langues française et allemande naturellement comme tous les autres enfants. En tant que fils de Maghrébin, je connais mieux la culture française que les Français de souche ne connaissent celle de mes parents. Je détiens plus de richesse. Parfois, j’ai envie de dire : à vous Français de faire un effort pour comprendre la culture des autres.

Propos recueillis par Nadia Boudaoud

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