C’est dans les rues proches de Châtelet, à la galerie Nicolas Flamel  que je rencontre Ali Jamshidi, un samedi après-midi. Aujourd’hui, il y expose les œuvres de Nasser Ovissi, peintre Iranien, résidant en Virginie aux Etats-Unis. De renommée internationale, ses œuvres s’exposent à travers le monde.

Le vernissage de son exposition vient de commencer, les gens arrivent timidement au début, en couple, seul, en famille. Les couleurs des tableaux à dominance rouge, bleu, ocre attirent les regards à l’extérieur de la galerie et les curieux à l’intérieur pour admirer les peintures, les prendre en photos avec iPad et téléphones. Ali Jamshidi décroche volontiers les œuvres du mur pour être admirées de plus près sans être gêné par les reflets extérieurs. L’occasion aussi pour cet artiste peintre de revenir sur son parcours.

Né en 1963 à Wich Town en Iran, Ali Jamshidi baigne dans la peinture depuis son enfance: «  J’ai suivi pas mal de cours de dessin, de calligraphie. Plus j’ai avancé, plus je me suis intéressé. J’ai eu de grands professeurs qui m’ont permis de progresser et de me professionnaliser ».

Ali fréquente dès son plus jeune âge le fameux « Kanoon » (club) pour le développement intellectuel des enfants et jeunes adultes à Téhéran. Plus tard, il étudie l’art traditionnel iranien dans les domaines de la dorure, la miniature et les motifs des tapis persans tout en poursuivant ses recherches sur la conception des peintures islamiques. Cette passion et cette persévérance dans l’art, il les a construites tout étant  influencé par « des artistes iraniens très modernistes » qui ont beaucoup travaillé sur la culture iranienne.

Il  poursuit sa carrière en enseignant le croquis-dessin traditionnel à l’Université d’Art de Téhéran. En 2005, il ouvre sa propre galerie d’art la « Shams Art Gallery » à Teheran. Depuis, il sillonne le monde avec ses œuvres, l’Europe, les Etats-Unis, le Moyen-Orient,  tout en promouvant celles d’autres artistes, donnant sa chance aux moins connus.

« J’ai reçu un accueil très favorable sur le marché de l’art international»

Sur le plan politique, les relations de l’Iran avec le monde occidental et les Etats-Unis ne sont pas au beau fixe. A contrario, ce n’est pas le cas dans le domaine de l’artistique « l’art iranien a un très bon accueil au niveau international, notamment en France. L’Iran est très réputé dans l’art pour ses photographies, le cinéma,  les peintures. Il rencontre du succès car il est très mélangé avec notre culture, les légendes iraniennes, la poésie ». Ali Jamshidi en profite pour me le montrer sur les œuvres de Nasser Ovissi. « Vous voyez ici ce sont des poèmes » dit-il tout en me présentant les inscriptions perses sur les tableaux. Ces mêmes œuvres dominées par la présence de la femme, du cheval et des grenades.

La femme est très présente dans l’art Iranien. Dans cette exposition, elle est toute en beauté, sans forcément dissimuler sa chevelure contrairement aux clichés que l’on peut en avoir dans l’inconscient collectif. «  La femme iranienne est belle, sous son tchador aussi. Dans les différentes époques de l’art iranien, la femme a changé d’apparence. Dans les peintures précédant la révolution de 1979, elles étaient représentées en miniature et non voilées ».

A côté, les visiteurs se font plus nombreux à la galerie Nicolas Flamel. Parmi eux, une mère de famille: «Je connais le peintre, j’aime bien ce qu’il fait, l’art iranien,  c’est coloré, original »,. Sa fille aussi est conquise: «J’aime beaucoup c’est très original ».

D’autres projets attendent Ali Jamshidi, un projet en cours pour aider les artistes inconnus du grand public, une exposition photo et une autre sur la calligraphie à Paris. Un emploi du temps bien chargé.

Imane Youssfi

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