En contrebas de la station Pigalle, il y a une boutique loin de l’image décadente et sulfureuse de ce quartier. Le jour laisse place à un Pigalle beaucoup plus Rock’n’roll, plus jazzy qu’à son accoutumé. Les magasins de gratte et de saxophone prennent d’assaut les rues devenues à leur tour mélomane. Au milieu de tout ça, se tient une boutique qui se nomme Keur, au 39 rue Pigalle. Une femme avec une silhouette élancée et un afro vous accueille avec le sourire et Nina Simone en fond sonore.
« J’ai grandi à Dakar, je suis venu en France en 2001 à l’âge de mes 21 ans. Je suis venue seule j’avais envie de vivre une autre vie, de changer d’air, découvrir la France qui est un rêve pour plein de gens du pays. J’ai toujours travaillé avec ma mère depuis l’âge de 7 ans, car nous sommes une famille nombreuse. Elle avait un petit restaurant, un « bouiboui » dans un marché assez populaire à Dakar. Je l’aidais de 12 h à 14 h 30 puis je repartais à l’école pour reprendre mes études que j’ai arrêté en classe de terminal. » Grâce à cette petite expérience culinaire, Alfi prend goût pour la vente et le commerce. « À mon arrivée à Paris j’ai travaillé dans la restauration, j’en avais besoin, car j’aime le contact, discuter, échanger avec les gens. J’en ai fait jusqu’en 2005 et je me suis orientée dans le prêt-à-porter. Je travaillais pour des grandes marques parisiennes françaises jusqu’en 2011. »
Le curriculum vitae s’étoffe, mais toujours par la même veine, le relationnelle. « J’ai choisi ce nom KEUR pour ma boutique que j’ai ouverte en décembre 2013, car ce mot signifie : “maison” en Wolof. J’ai pensé à ce projet lorsque mon enfant est venu au monde… J’ai un petit garçon métis, son arrivée dans ma vie m’a bouleversée. Le métissage le fait de partager deux cultures m’a inspiré, m’a motivé à transmettre la mienne. La création d’une entreprise n’est pas une mince affaire, car beaucoup se heurtent à des déconvenues à la création de leur projet. « Lorsque j’ai voulu me lancer dans l’entrepreneuriat, il n’y avait pas d’obstacle… La tâche la plus importante c’était de présenter mon dossier à la banque, mais comme il était solide j’étais confiante. Au commencement de mon activité, je pense que le plus dur par la suite c’était vraiment d’avoir la tête sur les épaules et de savoir où l’on va ! Je me suis lancée dans le monde de la décoration, car la plupart des Européens adorent le wax. Certains ne peuvent pas le mettre, car ils ne savent pas comment le porter, ils trouvent que ça ne leur va pas par rapport à nous qui sommes nés dans cette culture. Je me suis dit pourquoi ne pas apporter le wax différemment, avec une housse de coussin, un petit sac, un pouf, une corbeille… Ce sont des produits qu’ils peuvent disposer pour égayer leur intérieur sans pour autant les porter. »
D’après la jeune entrepreuneuse parisienne, le Feng-shui se conjugue avec le pagne. Le concept de la jeune femme est de transformer des objets du quotidien pour leur donner une nouvelle identité et ainsi répondre à une demande. « J’ai des clients qui viennent de partout, certains connaissent bien l’Afrique, d’autres n’y sont jamais allés. Les produits que je commercialise chez KEUR sont à l’image de l’Afrique de l’Ouest, plus précisément le Sénégal, car mes fournisseurs viennent de Dakar. Je fais les choix avec mon mari, il est français et il connaît bien le goût et les attentes de notre clientèle qui est majoritairement européenne. J’ai aussi la chance de recevoir l’aide de notre décoratrice qui est également graphiste ».  
Tout ce travail, Alfi Brun le réalise minutieusement à l’aide de sa graphiste : « C’est bien réfléchi, on fait les choix ensemble on y rajoute parfois quelques touches. Il faut bien le dire c’est fabriqué, ce ne sont pas des produits finis qu’on achète. On travaille avec des personnes qui nous font découvrir les dernières tendances, on choisit les motifs, qui sont ensuite cousus selon nos cahiers des charges. Il y a par exemple les poufs qui sont faits par un garçon de mon quartier qui a grandi avec mes frères.»
C’est bien connu, petit à petit l’oiseau fait son nid. « Il y a quelques magazines de décoration qui parle de nous, mais il ne faut pas se leurrer ce n’est que le début nous sommes encore une jeune entreprise. J’aimerai dans un futur proche élargir ma gamme de produits avec des influences venant de l’Afrique du Sud, ainsi que la Tanzanie », conclue-t-elle.
Lansala Delcielo

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