« Je suis content de voir entrer le rap dans une librairie, ou un libraire à un concert de rap », s’amuse l’artiste lyonnais, Kacem Wapalek, l’un des 18 artistes qui a participé à l’œuvre collective, Au nom du rap, imaginée par Elena Copsidas. « Ce livre crée cette rencontre, il crée des ponts. A l’époque des murs et des frontières, c’est bien d’avoir des ponts » poursuit-il.

Un livre pour toucher les « gamins » comme les « darons »

C’était bien l’objectif visé par Elena Copsidas lorsque l’idée de se livre émerge il y a 2 ans. « Le but c’est de toucher à la fois un gamin qui ne s’intéresse pas forcément à l’écriture et à la littérature, qui va y accéder parce que c’est des artistes qu’il aime bien, et à la fois un daron de 50 ans qui n’écoute pas de rap et du coup va aller s’y intéresser grâce à un bouquin, et de créer un pont entre les deux mondes », argumente l’autrice.

Mettre en avant ceux qui ont fondé le rap, et ceux qui le représentent aujourd’hui.

De Rémy, Jok’Air, Chilla à Akhenathon ou Kacem Wapalek, elle a aussi réconcilié les générations d’adeptes du rap en réunissant dans la même œuvre des rappeur·se·s émergent·e·s, de la nouvelle génération, et de l’ancienne école : « Je voulais mettre en avant ceux qui ont fondé le rap, et ceux qui le représentent aujourd’hui. Les évidents comme Kacem Wapalek ou Akhenathon, et toute la nouvelle génération à laquelle on ne s’attend pas du tout dans un bouquin et qui peut surprendre.»

Le rappeur Kacem Wapalek qui a sorti en 2015 l’album, Je vous salis ma rue, du titre éponyme d’un poème de Jacques Prévert, est habitué de cette exercice d’écriture qu’est la poésie : « Je viens de l’écriture à la base. Ma musique je la veux comme des petits poèmes mis en musique, et j’aime aussi avoir dans mon album, les pochettes avec toutes les paroles, comme un mini livre ».

La meilleure réponse à ceux qui disaient que le rap est une mode qui durerait 6 mois.

Pour lui aujourd’hui dans le rap il y a une « vraie effervescence qu’il n’y avait pas à une époque. Je le vois comme une rue, avec pleins de petits restaus, de base c’est une richesse, ça veut dire qu’il y en a pour tous les goûts, ce n’est pas vieillissant. Et c’est la meilleure réponse à ceux qui disaient que le rap est une mode qui durerait 6 mois. » Une belle revanche pour le rap qui a débuté en France il y a plus de 40 ans.

Depuis, une grande diversité d’artistes s’est essayée à ce genre musical avec différentes approches, pour en faire aujourd’hui la musique la plus écoutée en France. C’est le cas du rappeur Jok’Air qui participe aussi projet. Contrairement à Kacem Wapalek, il a expliqué dans une interview ne jamais écrire ses paroles : « Petit, avec Davidson il nous payait les heures de studio, il ne fallait pas perdre de temps, on devait connaître nos textes par cœur. On peut m’envoyer une prod’ et j’écris chez moi, quand je dis écrire, c’est vraiment écrire dans ma tête. Pour moi la musique c’est un rythme et la bouche c’est une percussion, il faut essayer de se fondre en apportant de l’émotion, et sans écrire je garde cette émotion. »

Le meilleur conseil au lecteur que je peux donner c’est de le lire à haute voix.

 

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Interview du rappeur Jok’Air dans le cadre de la sortie du livre « Au nom du rap ». 

C’est donc avec des méthodes très diverses que les artistes ont écrits leurs textes. Parmi les nombreux poèmes, c’est le jeune rappeur d’Aubervilliers, Rémy – le premier à accepter de participer au projet – qui a particulièrement touché Elena Copsidas : « Rémy qui ne répond pas aux codes de la poésie, tu le lis et tu es émue ». C’est aussi l’un des poèmes qui a particulièrement retenu mon attention. Les deux premiers vers annoncent la couleur :

On n’échappera pas à la mort
donc on s’échappe à la vie.

Pour La grosse griffe, graphiste du livre, et aussi illustrateur des poèmes de Chilla, Georgio et du second poème de Kacem Wapalek, c’est ce dernier qui l’a particulièrement marqué. C’est un poème codé qu’il faut lire à haute voix pour le comprendre, comme le conseille le rappeur lyonnais : « C’est un livre écrit par des gens de l’oralité. Le meilleur conseil au lecteur que je peux donner c’est de le lire à haute voix. Il ne faut pas hésiter à prononcer, parfois on se rend beaucoup plus compte lorsque l’on entend. Par exemple celui avec les chiffres, il est fait pour être épelé d’une certaine manière avec des pièges à décoder, comme de l’argot. »

 

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Illustration du poème de Chilla, La musique, par La grosse griffe.

Ce livre, la créatrice a aussi voulu en faire un objet d’art, dont l’illustration – qui donne un autre angle de lecture aux textes – fait partie intégrante : « Je voulais que ce soit un projet ludique et qu’il soit agréable à regarder, d’où les illustrations. En faire un objet d’art, qu’on aime regarder, pas juste lire, mais regarder, feuilleter, exposer », c’est ce qui a attiré dans le projet,  l’illustrateur de 26 ans, La grosse griffe : « Ça mêle illustration et rap, mes deux passions ».

« C’était une belle surprise quand je l’ai reçu, c’est comme si j’avais joué un petit rôle dans un film et que voyais pour la première fois le film en entier », image Kacem Wapalek, qui compare aussi le livre à une mixtape hip-hop, un projet commun autour duquel plusieurs artistes se réunissent.

Du hip-hop à la poésie, il n’y avait donc qu’un pas pour les réunir dans un livre. Un pas franchi avec succès dans cette œuvre collective qui rassemble l’art des mots, la créativité, la découverte de nouveaux talents, et la transmission du flambeau du rap français.

Anissa Rami

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