Comme après une course effrénée, Harlem reprend son souffle. La vie retrouve ses traces. Sandy, passée telle une furie, a fait flancher des arbres et des barricades. Des voitures ont été mangées par la force des vents. Les rues sont envahies par les branches, amassées dès l’aube par des employés de la ville. Il fallait faire comme si de rien n’était. Comme si, rien ne s’était passé. Et pourtant.

Près de la 129e rue, le Saint Nicholas Park est ravagé. Les branches s’emmêlent, les arbres s’éventrent. Une voiture est broyée. Et, au loin, les sirènes laissent penser que quelques voisins, peut-être seuls, peut-être âgés, ont toujours des difficultés. Une dame du quartier se rassure : « Ça aurait pu être pire, dix fois pire ». Sandy a fait des ravages. Et ses pluies torrentielles, et ses vents emportants ont causé des dégâts. Maintenant, tout ça n’est plus qu’un terrible spectacle aux milliers de spectateurs.

Tout le monde déambule, la rue est devenu un musée vivant. Avec sa beauté et ses natures mortes. Un voisin prend en photo sa femme, devant un arbre couché. Un photographe a ramené son appareil pour immortaliser l’instant détruit. Une famille de touristes français pose devant un arbre qui a brisé une voiture. La maman : « Aujourd’hui, tout le monde se sent un peu journaliste ». Et dès ce soir, toutes les photos se dilueront sur les réseaux.

 

Sandy est devenue celle qu’on veut prendre pour dire « j’y étais ». Déjà, hier, beaucoup d’amateurs bravaient le vent pour faire des photos de l’ouragan. A leurs risques, à leurs périls. « J’ai été choquée par l’inconscience de certaines personnes », ajoute une touriste française.

 

Désormais, Sandy n’est qu’un mauvais souvenir. La vie reprend lentement. Et pendant ce temps, tout le monde a oublié l’élection. Les médias ont été enroulé dans l’ouragan. A Harlem, la rue a zappé la politique. La campagne n’a plus qu’à faire des merveilles pour qu’on s’intéresse à elle. Ou des dégâts.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Articles liés

  • Amandine Gay, ‘une histoire à soi’ pour raconter les non-dits de l’adoption

    Dans son dernier film ‘Une histoire à soi’, la réalisatrice Amandine Gay propose cinq récits intimes de personnes adoptées à l'international. Sur fond d'archives personnelles, les protagonistes livrent leurs questionnements tout au long de leur parcours de vie, au sujet de leur adoption. Des témoignages forts qui ouvrent une discussion plus large sur la famille, la parentalité, l'acculturation ou encore la quête identitaire. Entretien. 

    Par Louise Aurat
    Le 13/07/2021
  • « Gagarine », cité céleste sur grand écran

    Une cité devenue film. Le premier long métrage de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh sort ce mercredi 23 juin au cinéma. À quelques jours de sa sortie nationale, le film était projeté en avant-première au cinéma le Luxy, situé à quelques mètres de l'ancienne cité Gagarine (Ivry-sur-Seine), au centre de cette histoire étonnante et poétique. Reportage et témoignages.

    Par Louise Aurat
    Le 23/06/2021
  • Kery James à l’INA pour guider les jeunes vers le « show-business »

    Accéder aux métiers de l’audiovisuel, sans diplôme, ni réseau : c’est la promesse de la classe Alpha, une promotion de 100 jeunes guidés par l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Et pour les aider à garder la motivation, qui de mieux que Kery James pour animer une master class attendue par tous. Le dramaturge, réalisateur et artiste a pu échanger avec ses jeunes sur son expérience et son parcours.

    Par Nolwenn Bihan
    Le 02/06/2021