C’est dans leur pays natal que Jean-Pierre et Luc Dardenne ont décidé de situer leur dernière réalisation, donnant un écho plus important à une triste réalité qu’est la radicalisation de jeunes musulmans. Nos voisins ont ainsi vu bon nombre de leurs ressortissants rejoindre les rangs de Daech pour mener une soi-disant guerre sainte.

C’est dans un pareil contexte que nous suivons Ahmed, un jeune adolescent de 13 ans dont l’unique centre d’intérêt est l’islam. Tout au long du film, le jeune homme s’efforce d’être « un bon musulman » comme il le dit, en tentant d’apprendre au mot près les sourates du livre saint, en effectuant ses cinq prières quotidiennes ou encore en évitant tout contact physique avec les femmes de son entourage extra-familial.

Dès le départ, le spectateur comprend immédiatement les raisons qui ont poussé l’adolescent à sombrer dans les méandres de l’islam radical : un père absent, une mère en proie avec l’alcool et qui redoute que son fils prenne la trajectoire du djihad comme l’un des cousins d’Ahmed, un grand frère et une grande sœur qui ne partagent pas ses convictions. Ahmed est désespérément seul. Son imam semble venir combler son vide ainsi que Mme Inès, sa professeur particulière, « une apostat » qu’il va tenter d’assassiner tout le long du film.

Ahmed et son imam

Pas de BO et une interprétation de haut-niveau

Les frères Dardenne ont fait le choix de montrer la radicalisation du point de vue du radicalisé, ce choix est payant car le personnage d’Ahmed sublimé par l’interprétation du jeune Idir Ben Addi ne laisse pas le spectateur indifférent. Tour à tour détestable et gênant, Ahmed arrive par moment à provoquer une pointe d’empathie. Le spectateur perçoit rapidement le mal-être d’Ahmed : un visage souvent pointé vers le sol et difficilement visible, un léger embonpoint qui l’empêche d’exceller dans le sport.

Seule l’affection que lui porte la jeune Louise, interprétée par Victoria Bruck, qu’il rencontrera lorsqu’il sera placé en centre pour jeunes semble l’adoucir et remettre en cause ses idéaux barbares. Malgré l’amour que lui porte sa mère et l’attention particulière des adultes du centre dont il fera l’objet, rien ne semble stopper Ahmed dans son entreprise meurtrière. Sans sombrer dans le pathos, le duo belge déjà primé à Cannes en 1999 et 2005 dépeint, caméra à l’épaule et au travers de plans séquences saisissants le radicalisme religieux et ses dangers.

Comme à leur habitude, leur récit se démarque par des scènes de vives tensions, l’absence de bande originale et l’interprétation de chaque acteur. Reconnus mondialement pour leurs films dépeignant le quotidien des classes moyennes, les frères Dardenne font une nouvelle fois preuve d’une justesse bluffante en s’attaquant à un sujet épineux et ô combien ancré dans l’actualité. De quoi convaincre le jury du festival ? Réponse ce samedi lors de la cérémonie de clôture.

Félix MUBENGA

Crédit photo : Diaphana Distribution

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