« C’est comme ça chez nous, d’abord on met bien nos invités, et ensuite on se sert », s’amuse Mohamed, 35 ans. Avec sa collection d’environ 100 000 diapositives, tirées de photographies du monde entier, ce collectionneur a réalisé des expositions sur divers pays et diverses thématiques. Mais la prochaine, intitulée « Terre shérifienne », a une valeur particulière à ses yeux, puisqu’elle sera entièrement consacrée à son pays d’origine. « MysticDiapo, c’est un projet ouvert sur le monde. Mais je pense qu’au bout de quatre ans, le moment est venu de mettre le Maroc à l’honneur ».

La découverte sera le maître-mot ce samedi à la Bellevilloise. La découverte de la diapositive, pour celles et ceux qui n’ont jamais eu affaire à ce support si particulier. La découverte de clichés sur le Maroc « authentique », pris dans les années 1960 et dénichés un peu partout par Mohamed. La découverte d’un pays, de sa culture et de son patrimoine.

Je voulais proposer un vrai voyage sensoriel : qu’on puisse entendre, sentir et goûter les saveurs du Maroc

Car cet événement ne ressemblera à aucun autre de ceux qui ont été organisés par MysticDiapo. « Me contenter d’une exposition ne me semblait pas suffisant », explique Mohamed, qui explique ressentir un « amour très fort » pour son pays d’origine, où il passait tous ses étés pendant sa jeunesse. « Je voulais proposer un vrai voyage sensoriel : qu’on puisse entendre les bruits du Maroc, sentir les odeurs du Maroc, goûter les saveurs du Maroc… Donc j’en ai parlé à mon amie Aïcha, qui m’assiste dans l’organisation d’événements. » Ce qui n’était à l’origine qu’une « idée très floue » s’est finalement concrétisée, en trois mois, pour devenir le festival Balad al-Ashraf (Terre des braves).

« Se sentir comme au bled »

Tout en profitant de l’exposition de diapositives, les visiteurs seront immergés dans un souk, le « Maroc des 5 sens » parfumé de bkhor et rythmé par les percussions de la dakka marrakchia. Une quinzaine d’exposants et d’exposantes, originaires des quatre coins du Maroc, ont été conviés pour faire vivre ce souk. Certains ont la vingtaine et sont nés en France, tandis que d’autres sont beaucoup plus âgés et ont grandi au bled. Mais toutes et tous partagent cet amour pour la culture marocaine. Des artisans confirmés en présenteront des incontournables, comme les caftans ou les jabadors, et des jeunes artistes feront découvrir leurs créations inspirées de cette culture, comme Sarazaade avec ses peintures ou Syncretical avec son art futuriste.

On ne peut pas se contenter d’en vendre sans rien expliquer derrière, il y aura donc aussi toute une dimension pédagogique

« On tient à ce que chaque exposant profite de l’occasion pour transmettre des choses sur le savoir-faire marocain », insiste Mohamed. « L’huile d’argan ou la tapisserie amazighe par exemple, on ne peut pas se contenter d’en vendre sans rien expliquer derrière, il y aura donc aussi toute une dimension pédagogique : qu’est-ce que c’est, comment ça se confectionne, pourquoi faut-il préserver et valoriser ces héritages ancestraux, etc. ».

Des seddaris (canapés marocains) seront également disposés dans la salle pour que les visiteurs puissent « se sentir comme au bled » : un verre d’atay dans une main, un msemmen dans l’autre, ils pourront assister aux différentes tables rondes qui ponctueront cette journée pour raconter le Maroc sous différents angles – histoire, arts, sports…

Membres de la diaspora amoureux de leur pays comme les non-Marocains désirant découvrir cette culture ; personnes âgées souhaitant retrouver un bout de chez eux comme les enfants d’immigrés en pleine construction de leur identité… Le mot d’ordre est clair et fait honneur à la célèbre hospitalité marocaine : « Tout le monde est le bienvenu ».

Ayoub Simour

Photo de Une ©DanielWanke

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