Comme chaque année, c’est un public nombreux qui est venu samedi 17 novembre assister à la nouvelle édition du Snipes Battle Of The Year International (BOTY) à l’Arena de Montpellier. Au cours de la soirée, 18 équipes de danseurs venues du monde entier ont enchaîné chorégraphies de haut vol et battles endiablés, pour le grand bonheur du public, très nombreux à assister à l’événement.  

Cette nouvelle édition du Snipes Battle Of The Year International a marqué le point culminant du festival «  A change of direction  », qui a débuté samedi dernier dans la ville occitane. Ce festival a accueilli de nombreux spectacles de breakdance et rencontres.

Vendredi soir, veille de la Battle Of The Year, à l’Opéra sur la place de la Comédie, c’est l’édition junior qui a vu l’équipe belge des «  Battle Droids Kids  » l’emporter face au crew russe des « Breakonniers  ». Durant la soirée également s’est déroulée une compétition individuelle, au cours de laquelle la japonaise Bgirl Ayane a remporté le titre suprême dans la catégorie femme, tandis que le français Bboy Dany, membre du Vagabond Crew, a été sacré chez les hommes.

Le samedi, dans une Arena quasi-complète, le show animé par les MCs Maleek et Trix a débuté par des shows chorégraphiques : 18 crews de danseurs se sont succédés sur la scène de l’Arena. Les cinq juges devaient ensuite élire les meilleures représentations pour permettre aux crews qualifiées de s’affronter lors des battles.

Une première participation pour le Sénégal

Cet édition restera singulière : pour la première fois dans l’histoire des Battles Of The Year, le Sénégal, représenté par «  le Power Crew  » – et qui a dans le passé été contraint de renoncer trois fois à la compétition, pour des raisons politiques et religieuses – était présent à Montpellier, pour le grand plaisir du leader de l’équipe Bboy Xavier originaire de Dakar  : «  C’est la première fois qu’on fait une compétition internationale, ça été très dur d’y accéder. De nombreux pays rêvent de venir ici et cette chance n’est pas donnée à tout le monde, c’est vraiment quelque chose de grand de pouvoir participer à ça ! » se réjouit-il. A l’issue de la soirée, Xavier et son équipe sont repartis sous l’ovation du public avec le prix de la meilleure vidéo promotionnelle.

Power Crew représentant le Sénégal sur la scène de l’Arena de Montpellier pour la Battle of the Year, Novembre 2018.

Dans certains crews figuraient également des enfants, qui ont surpris le public et le jury par leur maîtrise et leur sens du spectacle, comme les américains du Zoologic Break Ninjaz venus tout droit de Las Vegas. Une grande majorité des membres de l’équipe sont venus accompagnés de leurs parents, comme nous l’explique Bboy Steeve, fondateur et leader du crew  : « Lorsqu’on a créé le crew, mon partenaire et moi, la scène de Las Vegas était plutôt pauvre, il n’y avait pas assez de danseurs. On s’est dit qu’on allait créer un programme qui permettrait à quiconque voulant danser de trouver forcément un partenaire avec qui le faire. Après quelques sessions, on s’est rendu compte que les enfants venaient en plus grand nombre que les adultes ! » raconte-t-il. « Lors d’une session, on a démarré une battle entre enfants, puis nous nous sommes mis à danser contre eux, et de là ça été un véritable effet boule de neige puisque de plus en plus d’enfants et de parents sont venus à nos entraînements. Aujourd’hui dans notre équipe, sur 40 membres, nous avons 26 enfants qui dansent. »

Zoologic Break Ninjaz représentant les Etats-Unis d’Amérique sur la scène de l’Arena de Montpellier pour la Battle of the Year, Novembre 2018.

Suite à leur show chorégraphique, les Américains ont atteint les sommets de l’applaudimètre et ont été longuement ovationnés par le public. Après avoir accédé aux battles, le crew de Las Vegas s’est incliné face aux Français du Vagabond Crew, qui faisaient figure de grands favoris pour le titre.

Vagabond Crew représentant la France sur la scène de l’Arena de Montpellier pour la Battle of the Year, Novembre 2018.

Malgré la défaite, l’essentiel est ailleurs pour Steeve, qui espère que les plus jeunes continueront de transmettre cette passion de la danse aux novices, comme il l’a fait en son temps  : « Nous avons créé le crew il y a maintenant cinq ans, certains enfants de notre équipe ont 9 ans aujourd’hui et nous rejoints lorsqu’ils avaient 4 ans. D’une certaine façon, ce sont mes enfants puisque je les ai éduqués. Je n’ai pas pris le rôle de leurs parents bien sûr, mais tous les jours j’étais avec eux, » raconte-t-il. « Le plus dur est de les motiver au départ, mais dès qu’ils commencent à prendre goût, ils sont motivés  ! Nous avons pris des mois pour monter le show de ce soir, j’ai dû les pousser avec l’aide de leurs parents, à qui je disais ‘Lorsque votre enfant rentre à la maison, il doit enchaîner les séries de pompes et travailler la chorégraphie !’.  Notre équipe a déjà cinq ans et compte parmi ses rangs des enfants de huit ans qui d’ici 15-20 ans prendront ma place et continueront le travail qu’on a commencé. » 

Un long travail de préparation

La préparation pour la compétition finale a demandé des mois à chaque équipe, qui avant d’atteindre Montpellier devait remporter les phases de qualification nationales. Dans le cas de certains crews, les répétitions n’ont pas été chose simple.

C’est le cas des Japonais de la Found Nation : malgré leur place en finale de cette édition, les danseurs ont connu de nombreuses difficultés du fait qu’ils habitent aux quatre coins de l’archipel  : « Certains membres de notre team sont de la province, d’autres de Tokyo, donc nous ne sommes pas vraiment au même endroit. C’est difficile de se voir tout le temps, mais on essaie de se voir, la grosse partie de l’équipe, trois fois par semaine. D’une semaine à l’autre, vous pouvez trouver tout le monde ou quelques danseurs aux entraînements, » raconte le leader du crew. Ce gros handicap ne les pas empêchés de se hisser en finale, aux détriments du Vagabond Crew, favori qui aura échoué aux portes de l’ultime battle sur décision unanime des juges.

Found Nation représentant le Japon, demi-finaliste à l’Arena de Montpellier pour la Battle of the Year, Novembre 2018.

Une victoire de la Corée du Sud

Lors de la finale opposant les Sud-Coréens du Jinjo Crew aux Japonais, les deux équipes ont livré une bataille âpre durant laquelle les danseurs de chaque équipe ont enchaîné leurs meilleurs pas sous l’œil attentif des juges. Dans une Arena surchauffée, les deux équipes se sont rendu coup pour coup durant 15 minutes sous les encouragements des deux MCs de la soirée et au rythme des DJs Tajmahal Leanrock et H.

Il est un peu plus de 23H30 lorsque le verdict tombe : après cette dernière battle, le Jury donne la victoire à la Corée du Sud pour cette édition 2018.

Jinjo Crew représentant la Corée du Sud, gagnant de la compétition Battle of the Year, à l’Arena de Montpellier, Novembre 2018.

Thomas Raymond, directeur de l’association Attitude qui a permis l’organisation de la battle à Montpellier, s’est félicité du succès de l’événement : « Ce retour est une opportunité pour l’ensemble du mouvement hip-hop régional de franchir encore un cap dans son développement – notamment grâce au projet Réseau Hip-Hop Occitanie, un modèle unique de développement au niveau national de la culture hip-hop. »

Félix MUBENGA

Crédit photo : © Elsa GOUDENEGE

Articles liés

  • Amandine Gay, ‘une histoire à soi’ pour raconter les non-dits de l’adoption

    Dans son dernier film ‘Une histoire à soi’, la réalisatrice Amandine Gay propose cinq récits intimes de personnes adoptées à l'international. Sur fond d'archives personnelles, les protagonistes livrent leurs questionnements tout au long de leur parcours de vie, au sujet de leur adoption. Des témoignages forts qui ouvrent une discussion plus large sur la famille, la parentalité, l'acculturation ou encore la quête identitaire. Entretien. 

    Par Louise Aurat
    Le 13/07/2021
  • « Gagarine », cité céleste sur grand écran

    Une cité devenue film. Le premier long métrage de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh sort ce mercredi 23 juin au cinéma. À quelques jours de sa sortie nationale, le film était projeté en avant-première au cinéma le Luxy, situé à quelques mètres de l'ancienne cité Gagarine (Ivry-sur-Seine), au centre de cette histoire étonnante et poétique. Reportage et témoignages.

    Par Louise Aurat
    Le 23/06/2021
  • Kery James à l’INA pour guider les jeunes vers le « show-business »

    Accéder aux métiers de l’audiovisuel, sans diplôme, ni réseau : c’est la promesse de la classe Alpha, une promotion de 100 jeunes guidés par l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Et pour les aider à garder la motivation, qui de mieux que Kery James pour animer une master class attendue par tous. Le dramaturge, réalisateur et artiste a pu échanger avec ses jeunes sur son expérience et son parcours.

    Par Nolwenn Bihan
    Le 02/06/2021